Tunis-Paris - 

Photos - Les clichés orientalistes de Lehnert & Landrock

Hélios Molina - 
Collection
La sortie d’un livre et la ferveur pour l’orientalisme remettent d’actualité la photographie et les cartes postales de cette période. Lehnert & Landrock deux maîtres jusqu’ici discrets attisent la convoitise d’un nombre de collectionneurs français et étrangers.

« Je cherchais de la place pour stocker le surplus de marchandises… C’est alors que j’ai découvert une armoire remplie de boîtes contenant des plaques photographiques. Comme elles n’avaient aucune valeur commerciale, mon père m’a dit d’en disposer comme je voulais… Ces plaques étaient recouvertes par l’épaisse poussière égyptienne et n’importe qui passant par là pouvait ouvrir une boîte, retirer une plaque. » Sans cette redécouverte d’Edouard Lambelet au Caire au début des années 80, il n’y aurait pas eu un regain de passion de collection de cartes postales ou d’amoureux de photographies signées Lehnert & Landrock. Le premier de ces noms est photographe et le deuxième son associé, en fait commerce dès 1904 en Tunisie. Ce qui a éveillé aussi l’appétit des amateurs, c’est un article du journal Libération de 1985 qui révèle « les trésors du Caire » au grand public suivi d’une série d’expositions dans les Fnac de France. E. Lambelet n’est autre que le petit-fils par alliance de Landrock, géologue de formation qui vit à présent au Caire. Et parmi ces passionnés disséminés dans le monde entier, il y a le toulousain Michel Megnin,

 historien, connaisseur de l’Orient et de la Tunisie qui possède plus de 500 cartes postales et de nombreuses photographies. Il est aussi l’auteur d’un ouvrage sur la période tunisienne des deux hommes qui vient de voir le jour en novembre 2005(1). Pour lui, tout a commencé comme correspondant au journal régional la Dépêche du midi lorsqu’il recherchait dans les bacs de brocante, des cartes postales du village de sa circonscription. Mais Megnin n’en est pas resté comme bon nombre de collectionneurs à cette idée de retour aux sources.  Son approche est différente car l’homme s’intéresse au voyage, à la photographie et à l’histoire de ces deux signatures. Et c’est par le nom de l’éditeur de cartes postales (qui cache souvent un nom de photographe) qu’il aborde la collection d’images orientalistes.


L’un est photographe, l’autre est gestionnaire


Son intérêt est bien plus porté par l’échange culturel entre l’orient et l’occident que par la nostalgie, sentiment souvent présent chez la plupart des collectionneurs. « Lorsque j’ai découvert par hasard Lehnert et Landrock, je me suis aperçu que l’édition de cartes postales était nettement supérieure à tout ce qui se  faisait à l’époque ». Ces deux noms (Lehnert le photographe et Landrock le gestionnaire) produisaient des clichés en Algérie, Tunisie et Tripolitaine (Lybie) entre 1904 et 1914. Puis la guerre éclate et Lehnert est emprisonné pour espionnage en Algérie puis assigné avec son compère à résidence en Suisse. Les archives sont mises sous séquestre. En 1924 les deux hommes s’installent au Caire  avec femmes et enfants où ils ouvrent une boutique à présent propriété du petit-fils Edouard Lambelet. La production de photographies et cartes postales se complète par l’Egypte et la Palestine. Le travail de reportage est remarquable et notre Européen à peine dissimulé sous son burnous, part tel un missionnaire, dans le désert vers la ligne de l’infini. Ces aventuriers de la grande époque voyageaient très souvent à pied sans craindre la poussière et la chaleur des chemins défoncés. Lehnert aborde donc la ville, la rue Arabe, les souks,  les oasis, les petits métiers et les portraits. Il se concentre  sur la ville de Tunis ou d’Alger. Les clichés sont d’une étonnante beauté, les personnages ont souvent le regard juste et le cadrage n’a rien laissé au hasard. Et pour cause, Rudolf Lehnert a appris la photographie et la photogravure à la Graphische Lehre und  Versuchsanstalt qui n’est autre que la première école de photographie au monde à Vienne (Autriche) en 1888. A y voir de plus près, Lehnert possède l’art de la mise en scène des personnages sans tomber pour autant dans le cliché ou le kitch avec de faux décors en carton-pâte. L’homme est avant tout un  portraitiste des campagnes comme des villes à l’aise dans les situations les plus controversées. A cet éventail éloquent, il faut ajouter une production érotique de nus féminins (modèles souvent issus des maisons closes de Tunis ou d’Alger) qui est une infime part  de son travail même si ces images ont fait le tour du monde grâce aux troupes françaises ou touristes en mal d’orient. Bien souvent  le marché occidental demandeur de fantasmes inhérents aux hammams ou harems poussaient les artistes à produire à la demande, des nus orientalistes, un succès qui permettait de faire de la trésorerie vite et bien.

la couleur : une porte vers le rêve orientaliste


Mais loin de toute vulgarité, notre photographe est un fin connaisseur de culture et poésie érotique arabo-persanne qu’il tente d’approcher par l’objectif de son lourd appareillage de l’époque. « Lehnert était aussi un passionné de peinture. Dans son magasin de photographies de cartes postales, il exposait des toiles orientalistes de qualité. « Il a reproduit en héliogravure grand format des peintures… » clame notre collectionneur qui est parti enquêter autour du moindre indice. Certaines productions sont coloriées. L’auteur ne l’oublions, a été formé à l’école allemande de chromolithographie et obtient des tirages de grande qualité. L’amateur, lui, n’a pas hésité à collectionner des cartes postales coloriées. Voilà qui est une porte d’entrée vers  le rêve de l’orientalisme du XIXe siècle, dans un jardin paradisiaque. Le collectionneur Megnin et ses amis s’intéressent aussi au texte écrit au dos de la carte. Grâce a ces écrits succincts, l’on croise les mentalités de l’époque, un certain esprit colonial et la pensée dominante d’alors. Il y a même des cartes postales autographes de Rudolf Lehnert trouvées par hasard par un heureux collectionneur dans une brocante. « C’est un document extraordinaire qui donne des indications précises. En 1906, Lehnert patron de la firme qui porte son nom,  envoie à un client en France (sûrement un revendeur) le prix des cartes postales » ajoute Megnin. Pour tous ceux qui tentent de reconstituer la biographie des auteurs tous ces éléments sont déterminants. Car malheureusement, il n’y a pas suffisamment de matière à se mettre sous la dent lorsqu’on est un passionné. Les derniers témoins se font de plus en plus rares. Que sait-on au juste de Ernst Landrock, l’associé gestionnaire ? Peu de choses, excepté qu’il est né en Saxe en 1903 dans un famille modeste et qu’il ne connaissait pas la photographie. Comment se sont-ils rencontrés ? Le mystère reste entier. Toujours est-il que les deux hommes décident de partir en Tunisie pour tirer profit de la photographie exotique grâce à un emprunt fait à un fermier allemand. C’est lui qui prend contact avec les clients et organise les campagnes photographiques. Le marché de la photo semble apprécier l’univers de ces maîtres. L’expert de vente aux enchères en photographie Paul Benarroche y voit une qualité esthétique indéniable et un investissement sans risque. Le seul problème que pourrait rencontrer l’amateur est celui de la désignation. Est-ce une héliogravure ou un tirage argentique ? Un tirage vaut lui en moyenne 800 euros tandis qu’une héliogravure cote autour de 300 euros. Il peut arriver que la photo faite à partir d’une héliogravure ait le même format qu’un tirage original. Seul un compte-fil peut vous enlever toute suspicion. Quelques boutiques parisiennes bien connues jouent ainsi à escroquer des petits clients non avertis. Tandis que les ventes aux enchères sur internet peuvent  vous apporter bien des surprises. Notre expert a découvert une copie laser d’un cliché signé L & L. Mais pas de psychose pour l’instant, Lehnert et Landrock  révèlent encore de bien beaux rêve d’un Orient couleur sépia.

(1) Tunis 1900, Lehnert & Landrock photographes, Michel Mégnin éd. Apollonia et Paris Méditerranée. 192 pages, 49 euros.

Le marché, les prix ?

La carte postale Lehnert et Landrock s’internationalise. Tout récemment Michel Mégnin a vu sur le site ebay une carte éditée en Tunisie postée de Constantinople vers la Grande-Bretagne et proposée sur le site par un marchand de Calcutta. Mondialisation oblige ! La carte postale, c’est ce que l’on chine le plus souvent autour de 10 euros. Mais le collectionneur a aussi le choix entre tirages argentiques ou  héliogravures. Qu’est-ce qu’une héliogravure ? C’est un procédé  d’obtention par voie mécanique de formes d’impressions gravées en creux. L’on obtient ainsi une reproduction imprimée d’une photographie. Pour reconnaître une héliogravure, il faut se munir d’un compte-fil puis observer le sujet et voir s’il y a bien une trame dite à nid d’abeille. Dans ce cas, il s’agit bien d’une héliogravure et non pas d’un tirage qui vaut lui bien plus cher. Car s’il il n’y a pas de problèmes de faux, il y a parfois de mauvaises (volontairement ou pas !) désignations. Une héliogravure, nous déclare l’expert Paul Benarroche cote entre 150 et 500 euros (format 18 X 24 cm) tandis qu’un tirage vaut lui entre 500 et 1200 euros. Récemment deux magnifiques héliogravures du port de Naples format 24 X 30 cm se vendaient sur ebay à moins de 15 euros pièce.  Une exception toutefois, en 2002 s’est vendue chez Tajan une photo à un grand collectionneur français pour 4000 euros. Lehnert et Landrock ajoute l’expert est une valeur très intéressante, esthétique et décorative aux risques réduits. Les seules surprises peuvent être su ebay avec  y compris des reproductions au laser. »


Où chiner ?

Il faut aller chez les particuliers et les commerçants qui ne connaissent pas encore Lehnert & Landrock (de préférence loin de Paris).Viennent ensuite les salons spécialisés autour de la carte postale ou des vieux papiers comme à Champerêt à Paris. Le Carré Marigny de Paris est aussi une des pistes plausibles les fins de semaine. A Marseille, quelques marchands affichent des prix corrects. Ne pas négliger les marchés aux puces, les vide-greniers. Les bouquinistes des quais de Seine ont parfois quelques beaux spécimens. Les photographies se chinent en galeries dont celle de Nicole Canet, une incontournable professionnelle du IIe arrondissement parisien.


Lehenrt & Landrock en quelques dates

1878 Naissance de Rudolf Lehnert à Grossaupa en bohème de parents autrichiens. Naissance de Ernst Landrock en Allemagne.

1901 Lehnert s’en va parcourir l’Europe.

1903 Rencontre avec l’Allemand Ernst Landrock né dans un milieu rural la même année que Rudolf.

1904 Les associés s’installent à Tunis dans la médina.

1910-1914 La consécration internationale, l’entreprise prend de l’essor.

1914 Lehnert est emprisonné en Algérie car suspecté d’être un espion.  Les deux hommes sont envoyés en Suisse comme réfugiés sanitaires.

1924 Les deux hommes s’installent au Caire avec femmes et enfants et ouvrent un magasin.

1930 Séparation de Lehnert et Landrock.Landrock rachète les droits de Lehnert qui quitte l’Egypte.

1930 Lehnert retourne vivre à Tunis

1933 Il ouvre une boutique-studio à Tunis

1938 Landrock vend ses parts à Kurt Lambelet

1948 Mort de Rudolf Lehnert en Tunisie

1966 Mort de Landrock en Suisse.


Lire

Tunis 1900, Lehnert & Landrock photographes de Michel Mégnin, éd. Apollonia et Paris Méditerranée. 2005. 49 euros.

Rêve de papier, la photographie orientaliste 1860-1914. Alain Fleig. Ed. Ides et Calendes, 1977. Suisse.

Lehnert & Landrock, Orient 1904 – 1930, Favreau Rouvirel. Ed. Marvol, 1999. (épuisé).


Carnet d’adresses :

Site internet à consulter :  michel.megnin.free.fr

Nicole Canet, 11 rue Chabanais – 75002 – Paris. Tél. 01 43 96 58 64

Paul Benarroche, expert, 8 bd Alphonse Daudet, 13 090 – Sausset-les-Pins. Tél. 06 10 25 64 93

Carré Marigny, rendez-vous du timbre et cartes postales les jeudi, samedi

« Je cherchais de la place pour stocker le surplus de marchandises… C’est alors que j’ai découvert une armoire remplie de boîtes contenant des plaques photographiques. Comme elles n’avaient aucune valeur commerciale, mon père m’a dit d’en disposer comme je voulais… Ces plaques étaient recouvertes par l’épaisse poussière égyptienne et n’importe qui passant par là pouvait ouvrir une boîte, retirer une plaque. » Sans cette redécouverte d’Edouard Lambelet au Caire au début des années 80, il n’y aurait pas eu un regain de passion de collection de cartes postales ou d’amoureux de photographies signées Lehnert & Landrock. Le premier de ces noms est photographe et le deuxième son associé, en fait commerce dès 1904 en Tunisie. Ce qui a éveillé aussi l’appétit des amateurs, c’est un article du journal Libération de 1985 qui révèle « les trésors du Caire » au grand public suivi d’une série d’expositions dans les Fnac de France. E. Lambelet n’est autre que le petit-fils par alliance de Landrock, géologue de formation qui vit à présent au Caire. Et parmi ces passionnés disséminés dans le monde entier, il y a le toulousain Michel Megnin, historien, connaisseur de l’Orient et de la Tunisie qui possède plus de 500 cartes postales et de nombreuses photographies. Il est aussi l’auteur d’un ouvrage sur la période tunisienne des deux hommes qui vient de voir le jour en novembre 2005(1). Pour lui, tout a commencé comme correspondant au journal régional la Dépêche du midi lorsqu’il recherchait dans les bacs de brocante, des cartes postales du village de sa circonscription. Mais Megnin n’en est pas resté comme bon nombre de collectionneurs à cette idée de retour aux sources.  Son approche est différente car l’homme s’intéresse au voyage, à la photographie et à l’histoire de ces deux signatures. Et c’est par le nom de l’éditeur de cartes postales (qui cache souvent un nom de photographe) qu’il aborde la collection d’images orientalistes.


L’un est photographe, l’autre est gestionnaire


Son intérêt est bien plus porté par l’échange culturel entre l’orient et l’occident que par la nostalgie, sentiment souvent présent chez la plupart des collectionneurs. « Lorsque j’ai découvert par hasard Lehnert et Landrock, je me suis aperçu que l’édition de cartes postales était nettement supérieure à tout ce qui se  faisait à l’époque ». Ces deux noms (Lehnert le photographe et Landrock le gestionnaire) produisaient des clichés en Algérie, Tunisie et Tripolitaine (Lybie) entre 1904 et 1914. Puis la guerre éclate et Lehnert est emprisonné pour espionnage en Algérie puis assigné avec son compère à résidence en Suisse. Les archives sont mises sous séquestre. En 1924 les deux hommes s’installent au Caire  avec femmes et enfants où ils ouvrent une boutique à présent propriété du petit-fils Edouard Lambelet. La production de photographies et cartes postales se complète par l’Egypte et la Palestine. Le travail de reportage est remarquable et notre Européen à peine dissimulé sous son burnous, part tel un missionnaire, dans le désert vers la ligne de l’infini. Ces aventuriers de la grande époque voyageaient très souvent à pied sans craindre la poussière et la chaleur des chemins défoncés. Lehnert aborde donc la ville, la rue Arabe, les souks,  les oasis, les petits métiers et les portraits. Il se concentre  sur la ville de Tunis ou d’Alger. Les clichés sont d’une étonnante beauté, les personnages ont souvent le regard juste et le cadrage n’a rien laissé au hasard. Et pour cause, Rudolf Lehnert a appris la photographie et la photogravure à la Graphische Lehre und  Versuchsanstalt qui n’est autre que la première école de photographie au monde à Vienne (Autriche) en 1888. A y voir de plus près, Lehnert possède l’art de la mise en scène des personnages sans tomber pour autant dans le cliché ou le kitch avec de faux décors en carton-pâte. L’homme est avant tout un  portraitiste des campagnes comme des villes à l’aise dans les situations les plus controversées. A cet éventail éloquent, il faut ajouter une production érotique de nus féminins (modèles souvent issus des maisons closes de Tunis ou d’Alger) qui est une infime part  de son travail même si ces images ont fait le tour du monde grâce aux troupes françaises ou touristes en mal d’orient. Bien souvent  le marché occidental demandeur de fantasmes inhérents aux hammams ou harems poussaient les artistes à produire à la demande, des nus orientalistes, un succès qui permettait de faire de la trésorerie vite et bien.

la couleur : une porte vers le rêve orientaliste


Mais loin de toute vulgarité, notre photographe est un fin connaisseur de culture et poésie érotique arabo-persanne qu’il tente d’approcher par l’objectif de son lourd appareillage de l’époque. « Lehnert était aussi un passionné de peinture. Dans son magasin de photographies de cartes postales, il exposait des toiles orientalistes de qualité. « Il a reproduit en héliogravure grand format des peintures… » clame notre collectionneur qui est parti enquêter autour du moindre indice. Certaines productions sont coloriées. L’auteur ne l’oublions, a été formé à l’école allemande de chromolithographie et obtient des tirages de grande qualité. L’amateur, lui, n’a pas hésité à collectionner des cartes postales coloriées. Voilà qui est une porte d’entrée vers  le rêve de l’orientalisme du XIXe siècle, dans un jardin paradisiaque. Le collectionneur Megnin et ses amis s’intéressent aussi au texte écrit au dos de la carte. Grâce a ces écrits succincts, l’on croise les mentalités de l’époque, un certain esprit colonial et la pensée dominante d’alors. Il y a même des cartes postales autographes de Rudolf Lehnert trouvées par hasard par un heureux collectionneur dans une brocante. « C’est un document extraordinaire qui donne des indications précises. En 1906, Lehnert patron de la firme qui porte son nom,  envoie à un client en France (sûrement un revendeur) le prix des cartes postales » ajoute Megnin. Pour tous ceux qui tentent de reconstituer la biographie des auteurs tous ces éléments sont déterminants. Car malheureusement, il n’y a pas suffisamment de matière à se mettre sous la dent lorsqu’on est un passionné. Les derniers témoins se font de plus en plus rares. Que sait-on au juste de Ernst Landrock, l’associé gestionnaire ? Peu de choses, excepté qu’il est né en Saxe en 1903 dans un famille modeste et qu’il ne connaissait pas la photographie. Comment se sont-ils rencontrés ? Le mystère reste entier. Toujours est-il que les deux hommes décident de partir en Tunisie pour tirer profit de la photographie exotique grâce à un emprunt fait à un fermier allemand. C’est lui qui prend contact avec les clients et organise les campagnes photographiques. Le marché de la photo semble apprécier l’univers de ces maîtres. L’expert de vente aux enchères en photographie Paul Benarroche y voit une qualité esthétique indéniable et un investissement sans risque. Le seul problème que pourrait rencontrer l’amateur est celui de la désignation. Est-ce une héliogravure ou un tirage argentique ? Un tirage vaut lui en moyenne 800 euros tandis qu’une héliogravure cote autour de 300 euros. Il peut arriver que la photo faite à partir d’une héliogravure ait le même format qu’un tirage original. Seul un compte-fil peut vous enlever toute suspicion. Quelques boutiques parisiennes bien connues jouent ainsi à escroquer des petits clients non avertis. Tandis que les ventes aux enchères sur internet peuvent  vous apporter bien des surprises. Notre expert a découvert une copie laser d’un cliché signé L & L. Mais pas de psychose pour l’instant, Lehnert et Landrock  révèlent encore de bien beaux rêve d’un Orient couleur sépia.

(1) Tunis 1900, Lehnert & Landrock photographes, Michel Mégnin éd. Apollonia et Paris Méditerranée. 192 pages, 49 euros.

Le marché, les prix ?

La carte postale Lehnert et Landrock s’internationalise. Tout récemment Michel Mégnin a vu sur le site ebay une carte éditée en Tunisie postée de Constantinople vers la Grande-Bretagne et proposée sur le site par un marchand de Calcutta. Mondialisation oblige ! La carte postale, c’est ce que l’on chine le plus souvent autour de 10 euros. Mais le collectionneur a aussi le choix entre tirages argentiques ou  héliogravures. Qu’est-ce qu’une héliogravure ? C’est un procédé  d’obtention par voie mécanique de formes d’impressions gravées en creux. L’on obtient ainsi une reproduction imprimée d’une photographie. Pour reconnaître une héliogravure, il faut se munir d’un compte-fil puis observer le sujet et voir s’il y a bien une trame dite à nid d’abeille. Dans ce cas, il s’agit bien d’une héliogravure et non pas d’un tirage qui vaut lui bien plus cher. Car s’il il n’y a pas de problèmes de faux, il y a parfois de mauvaises (volontairement ou pas !) désignations. Une héliogravure, nous déclare l’expert Paul Benarroche cote entre 150 et 500 euros (format 18 X 24 cm) tandis qu’un tirage vaut lui entre 500 et 1200 euros. Récemment deux magnifiques héliogravures du port de Naples format 24 X 30 cm se vendaient sur ebay à moins de 15 euros pièce.  Une exception toutefois, en 2002 s’est vendue chez Tajan une photo à un grand collectionneur français pour 4000 euros. Lehnert et Landrock ajoute l’expert est une valeur très intéressante, esthétique et décorative aux risques réduits. Les seules surprises peuvent être su ebay avec  y compris des reproductions au laser. »


Où chiner ?

Il faut aller chez les particuliers et les commerçants qui ne connaissent pas encore Lehnert & Landrock (de préférence loin de Paris).Viennent ensuite les salons spécialisés autour de la carte postale ou des vieux papiers comme à Champerêt à Paris. Le Carré Marigny de Paris est aussi une des pistes plausibles les fins de semaine. A Marseille, quelques marchands affichent des prix corrects. Ne pas négliger les marchés aux puces, les vide-greniers. Les bouquinistes des quais de Seine ont parfois quelques beaux spécimens. Les photographies se chinent en galeries dont celle de Nicole Canet, une incontournable professionnelle du IIe arrondissement parisien.


Lehenrt & Landrock en quelques dates

1878 Naissance de Rudolf Lehnert à Grossaupa en bohème de parents autrichiens. Naissance de Ernst Landrock en Allemagne.

1901 Lehnert s’en va parcourir l’Europe.

1903 Rencontre avec l’Allemand Ernst Landrock né dans un milieu rural la même année que Rudolf.

1904 Les associés s’installent à Tunis dans la médina.

1910-1914 La consécration internationale, l’entreprise prend de l’essor.

1914 Lehnert est emprisonné en Algérie car suspecté d’être un espion.  Les deux hommes sont envoyés en Suisse comme réfugiés sanitaires.

1924 Les deux hommes s’installent au Caire avec femmes et enfants et ouvrent un magasin.

1930 Séparation de Lehnert et Landrock.Landrock rachète les droits de Lehnert qui quitte l’Egypte.

1930 Lehnert retourne vivre à Tunis

1933 Il ouvre une boutique-studio à Tunis

1938 Landrock vend ses parts à Kurt Lambelet

1948 Mort de Rudolf Lehnert en Tunisie

1966 Mort de Landrock en Suisse.


Lire

Tunis 1900, Lehnert & Landrock photographes de Michel Mégnin, éd. Apollonia et Paris Méditerranée. 2005. 49 euros.

Rêve de papier, la photographie orientaliste 1860-1914. Alain Fleig. Ed. Ides et Calendes, 1977. Suisse.

Lehnert & Landrock, Orient 1904 – 1930, Favreau Rouvirel. Ed. Marvol, 1999. (épuisé).


Carnet d’adresses :

Site internet à consulter :  michel.megnin.free.fr

Nicole Canet, 11 rue Chabanais – 75002 – Paris. Tél. 01 43 96 58 64

Paul Benarroche, expert, 8 bd Alphonse Daudet, 13 090 – Sausset-les-Pins. Tél. 06 10 25 64 93

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