Mons – Belgique - Arts

L’hommage de Gérard Garouste à Don Quichotte le fou

Élise Barry - 26 septembre 2016
Avec le roman de Cervantès en toile de fond, le musée des Beaux-Arts de Mons (Belgique) anime une centaine d’œuvres de Gérard Garouste, jusqu’au 29 janvier 2017. Aux sources de l’inspiration du peintre intranquille : la folie donquichottesque, le Talmud et le visage de Denis Lavant.


Le Théâtre de Don Quichotte, huile sur toile de 2012. © Galerie Daniel Templon, Paris/Bruxelles – Bertrand Huet, Tutti Image.

Hommage de Gérard Garouste à Don Quichotte et hommage montois à Gérard Garouste. Le musée des Beaux-Arts de Mons (BAM) rassemble une centaine d’œuvres – souvent monumentales et surtout figuratives – du peintre, décorateur, illustrateur et sculpteur. Lequel se félicite de la scénographie et d’un éclairage « qui fait la distinction entre les acryliques et la peinture à l’huile ».

Dans la dernière salle de l’exposition, l’ultime enfantement de Garouste d’avant l’été : un diptyque intitulé Raba Bar Bar’Hana en l’honneur d’un maître conteur du Talmud. Créativité et folie se conciliant mal, Gérard Garouste, hospitalisé et ralenti dans son travail, se soigne à la psychanalyse et de fil en aiguille, approche le Talmud, guidé par le rabbin Marc-Alain Ouaknin. Son trait, rarement abstrait, émeut jusqu'aux enfants.

À l’aune de ce nouvel éclairage et initié à l’hébreu depuis une vingtaine d’années, Gérard Garouste devine en Cervantès un marrane, (une analyse sujette à controverse). Et voue au cycle donquichottesque des huiles sur toile, des bronzes et un jeu de 150 gouaches, rassemblés pour l’occasion.

Il pousse l’audace jusqu’à inscrire l’écrivain dans la veine  du Rabbi Nahman de Bratslav, un pilier du hassidisme. Ce courant de régénérescence  du judaïsme, qualifié de « mystique », a vu le jour  pendant le XVIII e siècle. « Cervantès a une vraie intuition talmudique et cabaliste. Je trouve qu’il y a un vrai lien entre le chemin du Rabbi Nahman de Bratslav et le parcours de Don Quichotte. Je souhaitais les associer. » Le masque de la folie, revêtu en pleine Inquisition, permet à Cervantès d’instiller des messages cachés dans la trame de son récit.

Une installation en forme de labyrinthe

Le masque – titre du tableau servant d’affiche à l’exposition – évoque aussi la fête d’Esther (qui signifie « caché », en hébreu). Associé à une ambiance carnavalesque,  les enfants ayant coutume de se déguiser, ce rendez-vous de la liturgie juive s’intitule « Pourim » en hébreu.

Conçue sans trame chronologique, l’exposition dévoile le récit du livre d’Esther (Méguila), dans une salle entière, inscrit sur un rouleau de 4,50 mètres et orné de la main de Garouste : « C’est un fac-similé d’un original que j’ai fait pour la communauté Adath Shalom [de tendance libérale], à Paris. L’original est en cuir. Le texte est copié par un professionnel, un sofer, car écrire en hébreu est un métier. J’ai dessiné les enluminures. »

Baignée dans le Nouveau et L'Ancien Testament, la créativité du peintre sait puiser à des sources plus profanesLa Divine Comédie de Dante, les polissonneries rabelaisiennes. Denis Lavant a même prêté ses traits à son Joueur de flûte.

L'exposition propose aussi une installation temporaire en forme de labyrinthe, composée d'une trentaine de toiles de l'artiste et présentée dans la salle Saint-Georges. Si Gérard Garouste préconise, en citant le Rabbi Nahman de Bratslav :« Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît car tu ne pourrais pas t’égarer », cette recommandation est inutile pour aboutir à son labyrinthe. La salle Saint-Georges, à deux pas du BAM, jouxte la grand-place de Mons, point de ralliement des badauds du marché aux fleurs et des disciples de la Montoise, une bière du cru.




Gérard Garouste, Isaïe d’Issenheim, 2007. Huile sur toile. Diptyque.© Galerie Daniel Templon, Paris/Bruxelles – Bertrand Huet, Tutti Image.



Les carnets d'esquisses de Garouste croquent son cheminement intérieur. © BAM – Rino Noviello / Picturimage.



Cartons pour les vitraux de l'Église Notre-Dame de Talant, 1995. © Galerie Daniel Templon, Paris/Bruxelles – Bertrand Huet, Tutti Image.



La Méguila d'Esther copiée en hébreu par un scribe et enluminée par Gérard Garouste. © BAM – Rino Noviello / Picturimage.



Le labyrinthe présenté à la salle Saint-Georges. © BAM – Rino Noviello / Picturimage.
Musée du BAM, Rue Neuve, 8 - 7000 Mons, Belgique.
Mardi > dimanche : 10h > 18h.
Expo "Garouste" jusqu'au 29/01/2017.

Salle Saint-Georges, Grand-Place, 7000 Mons.

Tarif combiné pour les 2 lieux : 9 € /6 € réduit.
Tarif unique salle Saint-Georges : 2 € /1 € réduit.

 

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