Europe - Lectures

Avec « Erasme », Jordi Savall perpétue le dialogue interculturel

Marie Torres - 5 août 2013
Plus de 600 pages, textes et illustrations, en sept langues (français, castellan, catalan, anglais, allemand, italien et néerlandais) et six CD, avec musique et citations, voilà ce que nous offre Jordi Savall avec son livre audio « Eloge de la folie d’Erasme ». Une petite merveille.

« Qu’est-ce-que la vie sans les plaisirs voluptueux ? Mérite-t-elle le nom de vie ? Y-a-t-il un jour dans la vie qui ne soit triste, désagréable, ennuyeux, dégoutant, fâcheux, à moins que je (la folie) ne m’en mêle et que je l’assaisonne de quelque plaisir ? »

Si l’œuvre du Néerlandais Erasme (1469/1536) est importante (une centaine d’écrits), c’est surtout son « Eloge de la folie » qui est restée dans nos mémoires.

C’est à cette œuvre, écrite en 1504, que le compositeur catalan Jordi Savall a donné une seconde vie en lui dédiant un bel et ambitieux ouvrage : plus de 600 pages, textes et illustrations, et six CD de musique et citations.

Erasme, le premier Européen

Pourquoi choisir l’œuvre d’Erasme ? Parce qu’elle reste un classique de notre culture. Parce que celui qu’on a surnommé le « Prince des humanistes », a été le premier penseur à se définir comme Européen, tenant des positions à contre-courant de son époque : pacifiste durant les pires heures des guerres de religion, il a été l’apôtre de la tolérance et de l’unité des chrétiens au temps de la division de l’Europe entre catholiques et protestants.

« Si, parmi les choses humaines, il en est une qu’il convient d’entreprendre avec hésitation, ou plutôt qu’il faut par tous les moyens fuir, conjurer, repousser, c’est assurément la guerre : rien n’est plus impie, plus funeste, plus largement destructeur, plus obstinément tenace, plus affreux ni plus complètement indigne de l’homme, pour ne pas parler du chrétien. Or il est étonnant de voir aujourd’hui comme on l’engage partout, à la légère, pour n’importe quelle raison, et comme on la fait avec cruauté et barbarie. » Des recommandations, des observations qui, malheureusement, sont plus que jamais d’actualité…

« Le devoir suprême de l’humanité est de devenir toujours plus humaine »

« Selon Erasme la tyrannie d’une idée est une déclaration de guerre à la liberté de l’esprit, ce pourquoi tout au long de sa vie il a refusé de prendre parti pour une idéologie ou une formation, il est convaincu qu’un homme de parti est obligé de croire, de penser et de sentir avec partialité. C’est pourquoi Erasme respecte toutes les idées tout en se refusant à reconnaître l’autorité d’aucun » nous dit Jordi Savall.

Et ce n’est donc pas un hasard si, parmi les auteurs cités (et lus) on retrouve Stefan Zweig avec, notamment des extraits de « Grandeur et décadence d’une idée » écrit en 1934. « Ce qui fera la gloire d’Erasme, vaincu dans le domaine des faits, ce sera d’avoir frayé littéralement la voie à l’idée humanitaire, à cette idée très simple et en même temps éternelle que le devoir suprême de l’humanité est de devenir toujours plus humaine, toujours plus spirituelle, toujours plus compréhensive. »

« Rendre le texte plus vivant et l’ouvrir au dialogue interculturel »

Pourquoi mêler la musique au texte ? « Pour le rendre plus vivant, pour l’ouvrir au dialogue interculturel » répond  Jordi Savall  Parmi les morceaux choisis, populaires et religieux de la Renaissance, on retrouve les compositeurs Johannes Vincenet, Jean d’Ockeghem, Josquin des Prez mais aussi des improvisations. Les interprètes de la plupart de ces pièces sont la Chapelle Royale de Catalogne et Jordi Savall et le groupe Hespèrion XXI, avec la participation de musiciens comme René Zosso, l’un des plus grands spécialistes d’instruments médiévaux ou encore le baryton Marc Mauillon.

Et, parmi les « récitants », des comédiens comme Josep Maria Pou,  Sílvia BelJordi Boixaderas, René Zosso…

Bien documenté, richement illustré, cet ouvrage est un témoignage de l'engagement constant de Jordi Savall pour des formes inédites de dialogue interculturel.
Marie Torres
Eramus Van Rotterdam
Eloge de la Folie
ALIA VOX

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