20-01-2011 13:29:01

« Les Beatles sont arrivés au Bourget, tout simplement ! »

Jean Michel Boris dirigea avec Bruno Coquatrix l’Olympia. Depuis 1954 et après la mort du fondateur et jusqu’en 2001, il fut à la tête de ce lieu mythique. Durant 46 ans, il a assisté aux émerveillements du public et surtout au premier concert des Beatles en France. Interview.

Micmag : Les années 60 sont elles importantes pour l’Olympia ? 

Jean Michel Boris : D’abord il faut dire que les années 60 sont très fertile pour l’Olympia, nous travaillons avec la radio Europe n°1. Toute la musique anglo-saxonne est passée à ce moment là. Je puis citer ceux qui n’y sont pas passés : Elvis Presley, les Who et les Pink Floyd. 

M : Vous avez organisé le premier concert des Beatles en France, comment avez-vous procédé ?

J.M.B. : C’est la grosse aventure. Je recevais à ce moment-là des disques de la maison Odéon dont un 45tours d’un groupe qui s’appelait les Beatles. L’impresario de ces gens-là,  Brian Epstein nous envoyait des photos régulièrement, il insistait. J’en ai parlé à Bruno (Coquatrix) et lui ai dis que le disque était charmant. Il me demande de prendre contact avec ce gars qui nous écrit tout le temps à leur sujet. Brian Eptstein nous a invité à Londres pour passer la journée. Il nous a invité à manger chez Prunier. Et nous sommes revenus avec un contrat de 1200 Francs par jour. Pour nous c’était un groupe comme un autre. Et puis quelques mois avant la date du concert, Bruno est inquiet. Comment remplir la salle avec le seul nom des Beatles ? Nous rassemblons donc quelques personnalités. Nous prenons la petite Bulgare (Sylvie Vartan) qui commençait à fonctionner et Pierre Vassiliu avec ses chansons gaillardes. Nous cherchions à gonfler l’affiche et demandons conseil à un ami Américain d’ici. Il nous dit que « Si j’avais un marteau » de Claude François passe à la radio. Il connaît Trini Lopez.qui chante lui l’original de cette chanson en anglais. C’est comme ça que nous avons créé ce plateau d’artistes. Tous à égalité dans le même programme. C’est un concours de circonstance.
M : Comment s’est passée l’arrivée des Beatles à Paris en 1964 ?

J.M.B. : Ils sont arrivés au Bourget très simplement. Ils avaient fait venir par la route leur Rolls. Ils avaient parfaitement conscience qu’ils n’étaient pas des vedettes en France. Je me rappelle qu’au Bourget il y avait des jeunes filles avec des socquettes blanches qui hurlaient mais pas en nombre. Leur succès fut bon mais sans explosion. L’année suivante l’on a senti qu’il se passait quelque chose, nous avons donc signé un contrat pour le Palais des Sports. Ils ont rempli le Palais des sports.

M : Et les Rolling Stones ?
J.M.B. : Quelques mois plus tard ils se présentent. Je ne me rendais pas compte que nous étions en train de vivre un énorme bouleversement. Il y avait là aussi toute une addition de talents. Brian Jones était encore dans le groupe… Ils reviennent tous en pèlerinage à l’Olympia. Paul Mac Cartney est revenu cette année. 
 M : La France vit alors sous le phénomène des yéyés… Etaient-ils aussi niais qu’on le dit ?

J.M.B. : C’était une nécessité sociale. Les jeunes avaient envie de cette musique. Les textes étaient niais parfois. Mais il y avait des super musiques. Un garçon comme Georges Abert a écrit « Noir c’est noir » sur un bout de table pendant que Johnny répétait la musique. Parfois c’était un peu limite…

M: Avez-vous senti à travers la musique le vent de révolte arriver, le mai 68 ?

J.M.B. : J’étais trop jeune pour ça. J’avais 33 ans. J’étais aussi fou que les autres. Je vivais une aventure dingue dans ce lieu. La révolution 68 on ne se doutait pas que cela allait être… une vague de fond aussi importante. Il est évident que nous avons senti un choc musical et qu’il fallait s’accrocher. En 1970 nous avons arrêté avec l’orchestre à demeure à l’Olympia.

Nous étions en train d’ électrifier, les guitares prenaient le dessus. C’était le grand bouleversement.

Propos recueillis par Hélios Molina


 

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