Cuba - Voyage

Camagüey : une ville-labyrinthe au charme irrésistible

Envoyée spéciale Brigitte Berganton - 25 juin 2014
Cuba peut se découvrir avantageusement à travers ses « Ciudades Patrimoniales », 7 villes incontournables qui, pendant cette décennie, célèbrent leurs demi siècle d’existence. L’année 2014 s’est ouverte sur les festivités de Trinidad. De notre côté, on vous propose de vous aventurer à Camagüey...

© Photo Brigitte Berganton

Camagüey, située au cœur d’une des principales régions d’élevage de l’île, possède un centre historique plus amusant que ses consoeurs car il est conçu selon un tracé irrégulier censé déstabiliser l’ennemi. Pour la petite histoire, tel ne fut pourtant pas le cas, ni lors du pillage d’Henry Morgan en 1668, ni 11 ans plus tard, lors de celui du pirate français, François Gramont bien que sa Sainte patronne, la Vierge de la Candelaria veille ! Pourtant, la ville-labyrinthe, comme l’appellent les Cubains, a sa personnalité et un charme certain réparti autour de ses rues, places et églises. Ne pas rater la Plaza San Juan de Dios, la plus ancienne de la ville, aux belles demeures colorées du XXVIIIe s. ; le parc Ignacio Agramonte (où a été fondé la ville et où eut lieu la première insurrection armée contre les Espagnols) ;

Place Bedoya, le coeur populaire de la ville

la cathédrale Metropolitana au toit inspiré de l’art mauresque ; La Plaza de los Trabajadores (nommée ainsi en raison des concentrations ouvrières du début des 60’s qui soutenaient la Révolution), connue aussi comme la Plaza de la Merced, de la Grâce) qui abrite la maison-musée d’Agramonte, héros de la 1ère guerre d’indépendance. En face, l’église de Nuestra Senora de la Merced abrite entres autres un sarcophage datant de 1762. Mentionnons aussi la petite Place Bedoya, éminemment populaire où l’on prétend que sont nées les festivités de la San Juan. Et dans sa continuité, la Place du Carmen, du XIXe s., lieu traditionnel de rassemblement  des noirs e des mulâtres où au fond l’on aperçoit l’église du Carmen, baroque, et le couvent des Ursulines (aujourd’hui le bureau de l’historien de la ville).

Enfin, le Teatro Principal sur la Calle Pedro Valencia où l’on peut voir le Ballet de Camagüey, 2è compagnie de ballet classique de Cuba. L’art est omniprésent à Camagüey, est-ce parce qu’elle est la ville natale du poète Nicolas Guillen(1902-1986) et considérée comme le berceau des lettres cubaines ? Le « poète national » (depuis son titre officiel en 1961) évoque le métissage, le respect de l’autre, le refus de l’injustice, de l’impérialisme et de la colonisation. On y trouve également l’antenne locale de l’UNEAC (l’Union nationale des écrivains et des artistes de Cuba).

Un passage dédié au cinéma

Autre curiosité à signaler, le Callejon de los Milagros (allée des miracles) qui est en fait un espace dédié au 7è Art : cinémas Casablanca & Encanto, bars et lieux thématiques.Partez à la découverte des danseurs et musiciens dans les rues, des dessinateurs et peintres des galeries plus ou moins officielles… Il y en a une multitude !

Et une fois que vous serez rassasiés de culture, ou juste afin de faire une pause nécessaire, Playa Santa Lucia vous attend… Avis aux amateurs de plongée ! De plus, il y a une formation corallienne impressionnante –la 2è plus grande du monde- qui s’étalle de la Punta Ganado jusqu’à la plage de Los Cocos (elle se prolonge même jusqu’à Varadero, interrompue à un moment par la baie de Nuevitas),

avec 35 point d’immersion où faune et flore le disputent aux épaves de bateaux...


Revenons maintenant à Trinidad, 3è plus vieille ville fondée à Cuba, qui au delà de son charme colonial (rues pavées, trottoirs de « bremesa », un matériau venu de Brême,  demeures aux très hauts plafonds couverts de bois, toits de tuiles, dallage en marbre de Carrare, patios et grilles et lampadaires en fer forgé) reste marquée par la culture du sucre  -Vallée de Los Ingenios et ses ruines de moulins à sucre, les « trapiches » ainsi que ses cases d’esclaves-  source de son enrichissement. Plus accueillante que jamais, la ville offre des réjouissances nocturnes : Casa de la Musica (bons groupes de musique traditionnelle cubaine), Casa de la Trova (les artistes les plus reconnus parrainant parfois de jeunes talents) et Las Cuevas, inoubliable discothèque dans d’authentiques grottes. Côtés nouveautés, il faut annoncer l’ouverture de la Casa de la Cerveza, bar à bières et scène musicale, ouverte sur les ruines du Théâtre Brunet ; du Floridita où vous pourrez bien sûr savourez les incomparables Daïquiri derrières lesquels se profilent toujours l’ombre d’Ernest Hemingway et de la Bodeguita del Medio, tous deux pendants de ceux de La Havane. Autre curiosité, le bar Yesterday, en hommage bien évidemment aux Beatles, avec des reprises des grands succès des 60-70’s côté programmation musicale.


Partir à Cuba, c’est aussi revenir à La Havane, et l’un des endroits les plus emblématiques reste le magnifique Hôtel National de Cuba et ses jardins ou “Château enchantée” comme l’évoquait Alejo Carpentier (écrivain, romancier, essayiste et musicologue cubain). Construit en 1930, sur le promontoire rocheux de Punta Brava, soit la colline de Taganana au bout de la baie de San Lazaro, ce bâtiment de huit étages, de style espagnol, surplombant le Malecon, idéalement situé, offre des vues panoramiques sur la Havana vieja et le Vedado. Nat King Cole, Winston Churchill, Tyrone Power, Errol Flyn, Marlon Brando, Ernest Hemingway, Frank Sinatra, Ava Gardner faisaient partie des personnalités qui le fréquentèrent du temps de son passé mafieux, d’avant Castro, quand il faisait le pont avec Las Vegas. Ensuite, chaque décennie a continué à y voir défiler des célébrités...

Pourtant, là encore, un clin d’œil à l’histoire s’impose puisque ce site fut privilégié par les Pirates (abordage et ravitaillement) et par les Anglais (pendant leur occupation), reconquit ensuite par Luis Aguilar.

La capitale cubaine, effectivement est une ville militaire fortifiée (premiers fortins datant de 1556) entourée de remparts dès le XVIIe siècle et ce que l’on nomme communément “La Havane” se limite en fait à la Habana vieja, la vieille Havane qui se concentre sur 4 km2, à l’entrée de la rade, classée en 1982 par l’Unesco, patrimoine mondial de l’Humanité.

Mais ces retrouvailles avec la Havane (fondée en 1519 par les Espagnols) nous invitent aussi à la rencontre de l’Histoire et du souvenir, celui de ce corsaire français, Jacques de Sores, protestant d’origine normande qui s’illustra par la prise de La Havane en 1555, auteur d’un monumental pillage, aidé de ses 200 marins, un mois durant, tandis qu’il cherchait l’or des Espagnols. Et après avoir tué Espagnols et esclaves noirs, insulté le Pape et incendié le port, il semblerait qu’il ait mérité son surnom “d’Ange exterminateur"

Réouverture du Théâtre Marti à La HavaneEt sinon, quoi de neuf à La Havane ? La réouverture tant attendue du Teatro Marti. Après 9 années de réhabilitation exemplaire, car seule demeurait la façade et quelques ruines, ce beau témoignage du style néoclassique du XIXe siècle baptisé “el coliseo de las cien puertas” rouvre ses portes après 40 ans d’interruption, et ce avec une belle programmation. Lui qui avait rythmé pendant près de 100 ans la vie culturelle havanaise, il va pouvoir reprendre du service !...


NB : -Un vol hebdomadaire de la Cubana de Aviacion entre la Martinique et La Havane a été remis en service depuis le 20 mars 2014 (3h30) .

-       La Havane sera célébrée en 2019, elle fêtera ses 500 ans d’existence comme les autres villes dites “Ciudades Patrimoniales”  : Baracoa (2011), Bayamo (2013), Camagüey, Trinidad, Sancti Spiritus (2014) et Santiago de Cuba (2015).

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Brigitte Berganton




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