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“Rusalka” d’Antonín Dvořák à l'Opéra Bastille : la féérie abyssale de Robert Carsen !

Jean-Christophe Mary - 16 mai 2026
Créée en 2002 à l’Opéra national de Paris dans la mise en scène de R. Carsen, Rusalka d’A. Dvořák retrouve la scène de Bastille dans une reprise d’une splendeur hypnotique. Entre poésie aquatique et tragédie métaphysique, cette production confirme son statut de chef-d’œuvre visuel et musical.

Conte lyrique inspiré en partie de La Petite Sirène de Hans Christian Andersen, l’avant-dernier opéra d’Antonín Dvořák, créé à Prague en 1901, déploie une musique envoûtante, à l’orchestration aussi scintillante que la lune argentée qui fait miroiter les ondes.  À Bastille, Robert Carsen transforme cette fable fantastique en un immense poème visuel sur l’impossible quête de l’absolu amoureux, une mise en scène en forme d’immense miroir des désirs humains, où l’eau devient à la fois mémoire, reflet et.. piège mortel.

le Prince, lui, ne sait aimer qu’une image idéalisée et insaisissable

Née des eaux froides d’un lac, l’ondine Rusalka aspire à devenir une femme par amour pour un prince dont elle s’est éprise. La sorcière Ježibaba accepte de l’aider mais lui impose un terrible marché : elle devra renoncer à sa voix et, si cet amour échoue, elle sera condamnée à une damnation éternelle. Toute la force de l’œuvre réside dans cette impossibilité à concilier deux mondes irréductiblement opposés. Rusalka veut accéder à l’humanité ; le Prince, lui, ne sait aimer qu’une image idéalisée et insaisissable.

La mise en scène de Robert Carsen mets en lumière la puissance dramatique de Dvořák . Dès l’acte I, le spectateur découvre cet immense décor en miroir évoquant à la fois un lac mystérieux et une chambre à coucher irréelle. Les lumières de Peter Van Praet sculptent des ondes mouvantes sur le sol comme des reflets aquatiques tandis que les nymphes évoluent dans un clair de lune bleu argenté d’une beauté hypnotique.

Ce glissement scénographique est l’une des plus belles trouvailles de Carsen

Au deuxième acte, les décors amovibles se désolidarisent lentement pour laisser apparaître une chambre nuptiale glacée, presque clinique. Ce glissement scénographique est l’une des plus belles trouvailles de Carsen : le rêve aquatique laisse place à un univers humain vide et désenchanté, dominé par le désir charnel et les conventions sociales. Le moment où Rusalka découvre qu’elle est devenue muette compte parmi les scènes les plus poignantes de la soirée. Privée de parole, elle devient étrangère au monde qu’elle voulait rejoindre. Autre tableau mémorable, cette scène envahie de roses rouges éparpillées sur le plateau, métaphore évidente du désir et de la passion consumée. Philippe Giraudeau signe ici une chorégraphie sensuelle où des couples enlacés s’abandonnent à des baisers fiévreux dans une ivresse presque funèbre.

Kazushi Ōno dirige l’Orchestre de l’Opéra de Paris avec un sens remarquable des climats et des respirations. Sa lecture privilégie les couleurs, les transparences et les longues vagues orchestrales plutôt que les effets spectaculaires. Son premier acte impressionne par la fluidité des plans sonores et cette manière de laisser émerger les motifs comme des apparitions dans la brume. Dans ces climats contemplatifs, il excelle particulièrement. Mention particulière à la harpe solo et aux cors de l’Orchestre de l’Opéra de Paris, somptueux tout au long de la soirée.

A découvrir absolument, jusqu'au 20 mai !

Le rôle de Rusalka exige une soprano capable de conjuguer lyrisme, endurance et profondeur dramatique. Il faut une voix capable de flotter au-dessus de l’orchestre sans jamais perdre sa fragilité intérieure. Nicole Car possède précisément cette rare alchimie. La soprano australienne s’impose comme une Rusalka de premier ordre. Son timbre velouté, ses aigus libres et lumineux, la richesse de son médium donnent au personnage une humanité bouleversante.

Son « Chant à la lune », murmuré dans un souffle presque irréel avant de s’épanouir dans de longues lignes rayonnantes, constitue l’un des grands moments de cette reprise. Face à elle, Sergey Skorokhodov campe un Prince élégant et mélancolique. Le ténor russe séduit par la clarté du timbre et un phrasé élégant. Son timbre clair se déploie particulièrement dans les scènes d’amour du deuxième acte où il trouve des accents d’une grande tendresse. Jamie Barton compose une Ježibaba impressionnante, aux graves poitrinés et aux aigus acérés, tandis qu’Ekaterina Gubanova donne à la Princesse étrangère une noirceur aristocratique particulièrement troublante. Les seconds rôles, remarquablement distribués, participent pleinement à la réussite de cette reprise luxueuse.

Avec cette reprise de Rusalka, Robert Carsen offre une véritable féérie lyrique où chaque image semble surgir d’un conte nocturne.  Un spectacle somptueux, bouleversant, dont on ressort comme après une longue immersion dans un monde parallèle. A découvrir absolument, jusqu'au 20 mai !

Jean-Christophe Mary pour www.micmag.net/ Photos Vincent PONTET / Opéra National de Paris
Rusalka” d’Antonín Dvořák
Opéra Bastille
Place de la Bastille
Paris (12e)
Jusqu'au 20 mai 2026

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