Paris - Reportage

Sur les traces parisiennes d'Oscar Wilde

Marie Torres / Photos Patrice Dalmagne - 4 novembre 2016
Il aimait la France et Paris, l’Irlandais Oscar Wilde a fait de nombreux séjours dans la capitale. Nous l’avons suivi, d’hôtel en café, jusqu’à sa dernière demeure au Père-Lachaise. Parcours illustré.


    Hôtel Westin, 3 rue Castiglione, Paris 1er 

En 1883, après sa tournée de conférences aux Etats-Unis, Oscar Wilde arrive à Paris, le portefeuille bien garni et la tête pleine de rêves. Le 15 janvier, il s’installe dans l’un des plus luxueux hôtel de l’époque, Le Continental, aujourd’hui, Le Westin, situé entre le musée du Louvre et la place Vendôme.


Hôtel du Quai Voltaire, 9 quai Voltaire, Paris 7e

Quelques jours plus tard, on le retrouve à l’Hôtel Voltaire. Ce n’est pas la première fois qu’il y séjourne. Durant l’été 1874, alors qu’il n’a pas encore 20 ans, il y passe quelques temps avec sa mère et son frère. En ce début d’année 1883, il loue un appartement au deuxième étage et l’aménage avec quelques fleurs, quelques cendriers en porcelaine bleue. De sa chambre, le panorama est magnifique : la Seine, les jardins des Tuileries, le musée du Louvre, les bouquinistes. Mais ce n’est pas la vue, si exceptionnelle soit-elle, qui l’intéresse mais le fait que plusieurs personnages illustres ont résidé ici, entre ces murs. Sibelius, Wagner, ou encore Baudelaire qui a écrit certains poèmes des Fleurs du mal, en 1856.  Aussi, dans cet atmosphère chargée de génie et de créativité, Wilde n’hésite pas à revêtir une robe d’intérieur, semblable à celle que portait Balzac, à emprunter, comme lui, une canne d’ivoire au pommeau incrusté de turquoises et, ainsi vêtu, s’asseoir à sa table de travail ; là, il rédige sa deuxième tragédie, La duchesse de Padoue


Mais ses économies fondent comme neige au soleil et quelques semaines plus tard, faute d’argent, il doit quitter Paris et rentrer à Londres.


Café de la Paix, 12 boulevard des Capucines, Paris 9e 

Ce café, de style Second Empire, ouvre ses portes en 1862 et devient rapidement le rendez-vous incontournable des plus grands artistes. Wilde y viendra souvent, accompagné de ses amis, ou seul pour y écrire. C’est là, dans le courant de l’année 1900, alors qu’il dîne avec son ami Franck Harris et Alfred Douglas, que ce dernier entre dans une effroyable colère lorsque Wilde lui rappelle que sa famille s’était engagée à payer les frais du procès et que cette dette n’a pas été honorée…



Hôtel des Beaux-Arts, 
13 rue des Beaux-Arts, Paris 7e  

Après ses procès et son emprisonnement pour homosexualité, Oscar Wilde revient à Paris le 13 février 1898, sous le nom de Sebastian Melmoth et s’installe à l’hôtel de Nice au 4, rue des Beaux-Arts (l'hôtel n’existe plus). Quelques jours plus tard, en mars, il le quitte pour l’Hôtel des Beaux-Arts situé seulement 50 mètres plus loin mais beaucoup moins cher.

Hôtel le Louvre Marsollier, 13 rue Marsollier, Paris 2e 

En 1899, Wilde réside quelques temps dans ce très bel hôtel de la rue Marsollier qui, aujourd’hui, propose une suite Oscar Wilde. Un hôtel « au-dessus » de ses moyens. Le patron devine rapidement que son client ne pourra pas payer. Profitant qu’il soit à l’extérieur, il lui confisque ses vêtements et, à son retour, lui propose de les lui restituer contre le paiement de sa note…  Wilde quitte sa luxueuse chambre pour retourner rue des Beaux-Arts.


Plaque commémorative rue des Beaux Arts

C’est Jean Dupoirier, le sympathique et dévoué patron de l’hôtel, qui paie la note du Marsollier et lui rapporte ses vêtements. Wilde s’installe de nouveau dans l’établissement, occupant les chambres 6 et 7 (aujourd’hui réunies en une seule pièce). Mais, la fin n’est pas loin. Souffrant d’une infection à l’oreille depuis juillet, il est opéré le 10 octobre et fête son quarante-sixième anniversaire, le 16 octobre, dans sa chambre d’hôtel. Son état ne fait ensuite qu’empirer et, le 30 novembre 1900, à 14 h 10, il quitte la scène du monde dans ce petit hôtel insalubre dont il n’a même pas payé la note, tout comme il n’a pas réglé les honoraires du chirurgien et du médecin. Ce qui lui fera dire : « Je meurs comme j’ai vécu, largement au-dessus de mes moyens ».

Cimetière du Père-Lachaise, Paris 20e, 89e division – 93e section 

C’est, par un temps gris et maussade que, le lundi 3 décembre 1900, à 9 h, la dépouille d’Oscar Wilde est conduite au cimetière de Bagneux, après une halte à l’église de Saint-Germain-des-Près. Moins d’une cinquantaine de personnes se sont déplacées pour cet ultime hommage. Parmi elles, les fidèles amis, Robert RossReginald TurnerStuard Merrill…, les moins fidèles comme Douglas mais aussi Jean Dupoirier, le patron de l’Hôtel des Beaux-Arts. La fosse, où est déposé le cercueil, est recouverte d’une dalle sur laquelle Ross a fait graver en latin des vers du Livre de Job « Après mes paroles, on ne répliquait pas, Et mes propos se répandaient sur eux tous ».

Le 19 juillet 1909, Ross fait transporter les restes de Wilde au Père-Lachaise dans la concession perpétuelle qu’il a achetée. Aujourd’hui, les deux hommes reposent, côte à côte, sous la protection de l’imposant Sphinx de Jacob Epstein.















Pied de la statue d'Oscar Wilde, cimetière du Père Lachaise

Dégradé par les éléments naturels et par les visiteurs, le tombeau a été restauré en 2011, grâce au financement de la famille Wilde et du gouvernement irlandais. Il est désormais entouré de vitres de plastique pour empêcher ses admirateurs et admiratrices… de l’embrasser.

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Texte Marie Torres, photos Patrice Dalmagne

 

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