Paris- - 

Baloji, un artiste à la croisée des mondes

Iris Sergent - 23/04/2012
2ème album de Baloji, "Kinshasa Succursale" est un vrai bijoux. Le transplanté congolais en terre belge est un inclassable oscillant entre slam, rap, musiques urbaines et rythmes traditionnels africains. Une bête de scène, un album esthétiquement irréprochable. Il a tout pour briller. Portrait.

Bajoli est arrivé en Belgique à l'âge de trois ans et a grandi au sein de la communauté zaïroise. Comme beaucoup de rappeurs, il porte en lui deux mondes : l'Europe qui l'a vu grandir et le Congo dont il est originaire. C'est un transplanté congolais en terre belge et, c'est justement ce qui fait sa richesse.

S'appeler Baloji a longtemps été un handicap pour ce jeune homme avide de découverte, car un Baloji au Congo -traditionnellement animiste quand bien même la population est convertie à l'Islam ou au catholicisme- est un sorcier puissant qui prend la sorcellerie des autres. Le nom inspire donc une certaine terreur, même au sein de la diaspora établie en Belgique. Tant et si bien qu'au moment de l'acquisition de sa nationalité belge, à 21 ans, il a voulu s'en séparer. C'est "en travaillant sur le premièr album, Hôtel Impala, que je me suis dit que c'était peut être le moment d'accepter ce nom". Et de fait, cela lui va comme un gant : magicien de la scène et de la musique, Baloji a cette capacité à ensorceler instantanément son public.

Kinshasa Succursale, un album inclassable ici et là-bas

Kinshasa Surcursale est donc son deuxième album. Terminé début 2010, ce disque inclassable est accueilli tièdement par les maisons de disque : on lui reproche d'être trop communautaire, pas assez rap, pas assez world music. "On m'a alors demandé de travailler avec des gens plus connus de la world music, avec des Amadou et Maryam, des Youssou N'Dour...". Entêté et certain de son projet, Bajoli s'est retrouvé seul à défendre son travail.

La première amorce médiatique résulte de la reprise du classique congolais Indépendance Cha Cha, dans laquelle le jeune rappeur revient sur ce standard de 1960 à la gloire de l'indépendance du Zaïre -actuelle RDC- pour constater que ce pays, dont le sous-sol est l'un des plus riches de la planète, n'a toujours pas conquis son indépendance économique. En effet, l'ancienne colonie belge célébrait en 2010 cinquante ans d'indépendance... Alors Bajoli y croit de nouveau. Suite à cela "j'ai tourné des clips pour trouver des partenaires mais je n'ai eu que des refus polis", confie-t-il. Le disque est toujours considéré comme inclassable. "On s'est retrouvé pendant un-deux ans avec ce disque sur les bras et personne n'en voulait".

"Ce que j'amène a mis du temps à être compris par les Congolais"

En 2011, ce sont les médias américains qui ont rebondi sur le projet, ce qui permet à l'artiste de faire un show case à New York et de toucher la Grande-Bretagne. Mais "en France on galère, parce qu'on ne rentre pas dans des cases..." Il reproche à l'industrie musicale française d'être "compartimentée entre le slam bien-pensant, les trucs rap et les sons communautaires africains"  alors que justement Bajoli revendique le fait d'être à la croisée de tout cela. Les difficultés que le jeune Belge rencontre ne sont pas intrinsèques à la Belgique ou à la France.

Kinshasa Succursale est le fruit d'une recherche entamée en Belgique avec Hôtel Impala que l'artiste a actualisé à la sauce congolaise en faisant travailler de nombreux artistes centre-africains qu'il est allé chercher là-bas. Et porter ce projet au Congo n'a pas été facile. Bajoli, qui a grandi en Belgique, se retrouve confronté à un monde auquel il n'appartient pas vraiment. Il dit ainsi "ce que j'amène a mis du temps à être compris par les Congolais. Ils sont fermés, c'est un peu comme Cuba : c'est l'embargo. La musique reste très festive car les gens ne peuvent pas prendre position sur une situation politique, sur des questions de société. Il doivent se cantonner à la musique traditionnelle congolaise pour être sûrs de perdurer".

Et de fait, l'actuelle République Démocratique du Congo a connu presque 50 ans de dictature. "Les coups de sonde se ressentent maintenant et de façon assez navrante. Le Congo, pendant 20 ans, a, pour des questions d’ajustement, dû laisser tomber l'accès aux soins ou à l'éducation. Ça a amené à des situations catastrophiques que la Grèce va vivre aujourd'hui, sauf que eux ont quand même la chance d'être Européens et d'avoir la clémence de la Banque Centrale Européenne".

"Karibu Ya Bintou", Clip extrait de Kinshasa Succursale

Un transplanté congolais en terre belge

Et la situation de l'artiste est complexe vis-à-vis du pays de ses parents. "Les gens de ma diaspora ont dû faire un choix, car au Congo, la double nationalité n'existe pas, c'est donc compliqué pour eux de revenir et de faire quelque chose de concret. Cependant, nous pouvons apporter une ouverture d'esprit car en Europe, nous avons tout de même accès à l'éducation et à la culture".

Bien que l'album parle du parcours personnel de l'artiste en Belgique, qu'il ait une dimension sociale et politique -ce qui est typique des artistes européens- "l' idée était purement de rechercher une esthétique sonore. Concernant la question de la mémoire et donc de l'identité, je me sens très bien avec mon statut. Je ne suis pas entre deux chaises : l'entre-deux est véritablement un statut. Je suis intellectuellement différent des Congolais bien que j'ai grandi au sein d'une communauté congolaise". Et à l'artiste d'ajouter "Je suis physiquement épargné. Malgré le fait que j'ai été sans papier de 19 à 21 ans - ce qui fait que j'ai un rapport à la Belgique qui n'est pas non plus évident- comment expliquer à quelqu'un qui gagne 30 euros par mois qu'avec 1 200 euros par mois, t'arrives pas à vivre dans une ville comme Paris ? Puis ici, on a accès à beaucoup d'outils qui nous donnent une légitimité à penser les choses".

Un artiste à la recherche de son public – Brésil terre d'asile

Bajoli constate que le projet "met du temps à trouver son public". Néanmoins, il est satisfait du bon accueil qui lui a été réservé aux Etats-Unis, en Amérique Latine et notamment au Brésil, où il a décroché une tournée en 2011 d'une dizaine de dates. Pour l'artiste, ce pays-continent est fascinant à plusieurs titres. Hormis le fait qu'il est rare de se retrouver confronté à un public qui "maîtrise aussi bien le rythme", il souligne qu'il existe "un parallélisme intéressant avec le Congo  qui est le deuxième poumon après l'Amazonie". D'un point de vue social et politique, Bajoli remarque à quel point Lula, ou même le Bolivien Morales se "sont fortement inspirés des plans du pan-africanisme". Pour lui, il s'agit d'un "nationalisme tourné vers l'extérieur". Surprise aussi, de découvrir chez les Brésiliens une "telle envie de s'accaparer les choses en bien ou en mal : consommation à outrance, culture musicale extrêmement dense". Il déplore néanmoins une "certaine pauvreté culturelle contrairement aux autres pays d'Amérique Latine où la culture est omniprésente".

Le rap, une musique exigeante

Beaucoup perçoivent le rap comme une musique pauvre, cachetée du cliché du voyou. Pourtant, elle représente d'un point de vue culturel un mode d'expression artistique populaire, qui raconte le quotidien d'une jeunesse en quête de repères. Pour autant, est-elle politique ? Pour Bajoli, il y a "dans la musique un élément lié au divertissement : la musique est le reflet de la nature humaine donc il y a des gens qui sont engagés et d'autres qui sont plus légers et ne se posent pas trop de questions. Et c'est bien que ça reste comme cela". Pour autant, "on ne doit pas oublier que c'est une musique exigeante. Les gens qui percent disposent d'un bagage intellectuel. Booba, par exemple, a une mère prof de français ; Akhenaton, Diziz... sont des gens qui viennent de milieux lettrés. Ekoué et Hamé de la Rumeur sont tout deux diplômés. Et je trouve ça remarquable puisque, personnellement, je n'ai pas étudié. Les gens n'en ont pas forcément conscience ; alors que le rap est une musique qui demande un certain contenu et une grande rigueur".

Pour découvrir cet artiste charismatique, rendez-vous le 28 avril 2012 au Printemps de Bourges; le 27 mai à Europavox (Clermont-Ferrand) et le 2 juin sur la Scène Nationale de Bonlieu (Annecy). Vous pouvez également cliquer ici.





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