25-02-2012 17:12:34

Angoisse à Salvador de Bahia, les tanks sont entrés dans la ville...

Maurice Durozier, acteur du Théâtre du Soleil, en tournée au Brésil est témoin d’une étrange insurrection policière à Salvador dès le 11 février 2012. L’angoisse et la peur se sont emparées de la ville à la veille du carnaval. Les tanks entrent dans la cité.

"Je quitte Salvador après 2 semaines de stage au Teatro Vila Velha, deux semaines de tension extrême …

La ville était dans un état d’angoisse, de panique sourde à cause de la grève des policiers. Une grève, généralement, c’est plutôt bon, là, le problème est que certains policiers eux-mêmes armés ont provoqué la violence pour semer la panique.

Durant la fête de Yémanja, déesse de la mer et patronne de Bahia, toute la ville vêtue de blanc lui faisait des offrandes à la plage du Rio Vermelho. Des policiers encagoulés et armés ont commencé à attaquer les bus, pour bloquer les artères principales de la ville.

Il ne faut pas provoquer la violence, surtout au Brésil, elle n’attend que ça. Quand ceux qui sont chargés de maintenir l’ordre provoquent le désordre, les valeurs de la démocratie s’effondrent. C’est extrêmement dangereux.

Les saccages et asaltos en bandes se sont déclenchés aussitôt. Le lendemain, c’était la panique. Les Bahianais ne sortaient plus de chez eux, eux qui sont les plus festifs, les plus joyeux du continent. La rumeur amplifiait la moindre agression. Une des actrices du stage est arrivée, affolée, une mère qui donnait le sein à son bébé venait d’être abattue. Une autre a perdu un de ses amis danseur dans un asalto. Récits de shopping pillés par des bandes, tous les spectacles et concerts annulés, Salvador paralysé !

Le gouvernement de Brasilia a envoyé l’armée, des soldats armés de mitraillettes occupaient les carrefours, un char stationnait à la fameuse plage de Barra. Des images qui ne collent pas avec l’esprit de Bahia, mais les gens se sentaient protégés, sur la plage, ils pouvaient à nouveau applaudir le coucher du soleil. Dans les banlieues et les zones populaires, par contre, pas de protection, évidemment, les gangs s’en sont donnés à cœur joie. Dix jours d’angoisse, Salvador transformé en désert à partir de 7h du soir !

La stratégie était claire, profiter de l’imminence du Carnaval pour faire pression sur le gouverneur et obtenir une augmentation. Les flics grévistes occupaient l’assemblée, l’armée entourait le bâtiment. Hommes armés contre hommes armés, la moindre bavure, et c’était la catastrophe.

La démocratie brésilienne pouvait vaciller et on avait l’impression que personne, ici ou ailleurs dans le pays, ne s’en souciait. Que faisait le gouvernement ? Que faisait la présidente ? Qui y avait-il derrière cette action ? La vérité va-t-elle sortir un jour ?

Les Brésiliens sont extrêmement naïfs. Un jour, toute la ville parle des écoutes téléphoniques. Le leader de la grève est arrêté, suite à des écoutes téléphoniques où il aurait incité la police de Rio à se mettre en grève et à se lancer dans des actions violentes comme à Bahia. Et tout le monde de se réjouir : "C’est fini ! Oufa ! La grève va s’arrêter !" Mais, c’est ridicule, ça ne tient pas debout, les flics, eux-mêmes, savent qu’ils sont écoutés, c’est leur métier de placer les gens sur écoute !

Le seul îlot de tranquillité était le Teatro Vila Velha où les stagiaires arrivaient, matin et après-midi, je ne sais par quel miracle. Enfin, oui je sais, ce miracle, c’était tout simplement leur courage. Au moins, il restait un endroit de paix, de rêve. C’était extrêmement émouvant de les voir travailler dans l’oubli, avec gaité et inconscience des plus totales.

Les spectacles n’avaient pas lieu mais la création ne s’est pas arrêtée pour autant. À Bahia, le théâtre remplissait encore une fois sa mission naturelle de résistance, d’espoir, de quête de la poésie sur les pentes d’un volcan…"

Photos D.R. : Maurice Durozier au milieu du carnaval 2012


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