Paris - Sortir à Paris

Le musée Clemenceau, sanctuaire d’un amoureux de l’Amérique du Sud

Élise Barry - 19 avril 2016
Niché dans le XVIe arrondissement de Paris, l’appartement de Georges Clemenceau dévoile l’intimité méconnue d’une figure tutélaire de la Troisième République. Celui qui fut surnommé « le Père la Victoire » assuma aussi la paternité du droit d’auteur en Argentine, puis au Brésil.

Le bureau de Clemenceau, dans sa chambre (Photo/Patice Dalmagne).

Au milieu de ses roses, de ses livres et de son poulailler, Georges Clemenceau vécut trente-cinq ans et jusqu’à sa mort, dans un appartement discret du XVI e arrondissement parisien, au n° 8 de la rue Benjamin-Franklin.  Maintenu en l’état grâce à une fondation privée, ce lieu devenu musée préserve le souvenir d’un monument de la Troisième République, aux multiples surnoms.

Le « Tigre » et le « Briseur de grèves » se fâcha avec son ami Auguste Rodin, pour avoir épousé la cause de Dreyfus, alors que le sculpteur choisissait le camp adverse. Parmi ses nombreux coups de griffes, l’ordre, en juin 1908, de briser la grève de Vigneux. Un épisode sanglant de son mandat de président du Conseil et de ministre de l’Intérieur.

Mais en franchissant la porte de son appartement, le visiteur inspecte l’autre côté du miroir et flaire l’homme privé. Les objets, le mobilier, les photos et les tableaux sont autant d’indices qui dessinent un visage plus confidentiel de Clemenceau.

Dans ce modeste cinq pièces (au vu du statut de l’homme d’État), tout est resté intact, depuis sa mort en 1929, hormis le jardin. Les prospères rosiers sont aujourd’hui malingres, et le poulailler a disparu.

Pourfendeur de grèves et soutien de la révolution en peinture


Les livres, disséminés dans les pièces, plaident en faveur d’un bel esprit. L’homme parlait plusieurs langues, dont l’allemand et l’anglais, et prisait peu les romans. Parmi les 5 000 ouvrages de sa collection, 300 concernent le Japon. Cet attrait pour le voyage et l’orientalisme se lit aussi sur les murs, où des photos, pâlies par le temps, disent les splendeurs de la Grèce antique.

Amoureux des femmes, de l’évasion et de l’amitié, Clemenceau l’anticlérical s’ouvrit au bouddhisme, et le pourfendeur de grèves soutint la révolution en peinture, en s’entourant des toiles et de l’affection de Claude Monet.

Témoignage de la complexité d’un caractère difficile à cerner, la chambre, occupée pour moitié par un mobilier classique et familial, et pour l’autre, par un bureau japonisant (signé de Gabriel Viardot) et autres évocations du Proche et de l’Extrême-Orient.

À l'origine du droit d'auteur en Amérique du Sud


À l’étage, une galerie documentaire retrace l’existence et l’héritage de Clemenceau, à travers sa correspondance, des archives photographiques, ses vêtements, les livres écrits de sa main…

Sur le tard (à plus de quatre-vingts ans), le cœur du Tigre battit pour Marguerite Baldensperger, de quarante-trois ans sa cadette. Comme l’époque n’était pas encore aux tweets, il lui gazouilla son amour dans près de 400 lettres.

Chasseur, Clemenceau partit traquer le tigre aux Indes, et s’en fut visiter l’Indonésie, dans ses vieux jours. De ce félin venu d’Asie, il disait : « Je n’aime pas les tigres. Tout en mâchoires et pas de cervelle, ça ne me ressemble pas. » 

En 1910, il s’était embarqué pour une tournée de conférences en Argentine, en Uruguay et au Brésil. Il œuvra à y faire appliquer la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques, datée de 1886. Sa ténacité lui valut l’adhésion de l’Argentine aux principes de ladite convention, en 1910. Peu après, le Parlement brésilien fit de même. C’est ainsi que Clemenceau fut à l’origine de la protection du droit des auteurs, jusqu’alors pillés, en Amérique du Sud.

Autre legs méconnu de Clemenceau, le Romeo y Julieta n°2, un cigare de la Havane, porta son nom, et la référence resta inscrite dans le catalogue de la marque jusqu’en 1980. Un bel hommage à celui dont le souvenir, à ce jour, ne s’est pas évanoui en fumée.


Légende photo vignette : la salle de bain de Clemenceau.

Crédit photos : Patrice Dalmagne.


Élise Barry pour www.micmag.net
Musée Clemenceau
8 rue Benjamin Franklin, 75116 Paris
Ouvert du mardi au samedi
de 14 heures à 17 h 30
Fermé les jours fériés et au mois d'août
Fermeture de la caisse à 17 heures

Tarifs :
adulte : 6 € avec remise de l'audio-guide
12 à 25 ans : 3 € avec remise de l'audio-guide
moins de 12 ans : gratuit sans audio-guide

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