Paris - Musique, album, concert

"Eu também", la revendication identitaire de Fernando delPapa

Stephane de Langenhagen - 23 septembre 2016
Bourré d'atmosphères cubaines et capverdiennes le premier album de Fernando delPapa résume de belle manière son parcours musical parisien. Un travail mûri et abouti, qui permet au musicien brésilien, plus connu sous le nom de Fernando Cavaco, de retrouver et d'affirmer son identité.

Fernando delPapa sur la scène du Studio de l'Ermitage le 19/05/2016 - Photo : Patrice Dalmagne

Comment réhabiliter son nom, lorsqu’on est musicien, brésilien, et qu’en France, tout le monde vous connaît sous le sobriquet dont vous êtes affublé depuis plus de quinze ans ? Fernando delPapa semble avoir trouvé la solution : il sort son premier album au titre explicite, Eu também (moi aussi), un disque qui traduit de belle manière toutes les rencontres qui ont jalonné son parcours artistique.

Originaire de São Paulo, Fernando fréquente les rodas de samba de la capitale paulista, où se retrouve toute la génération Metá Metá, côtoie Beth Carvalho, accompagne son père au cavaquinho et se met à composer, notamment pour la célèbre école de samba Rosas de Ouro. Mais lui ne rêve qu’à une chose : venir en France pour jouer du jazz. Un saxo flambant neuf sous le bras, il débarque à Paris un jour de l’an 2000. Il a 19 ans. Les débuts sont plus difficiles que prévu : « Je jouais chez ma tante la tête dans le placard, à cause des voisins », se rappelle-t-il. Les voisins n’en finissent plus de se plaindre, il arrête.

Alors qu’il voulait s’éloigner de la samba, le voilà contraint de reprendre le cavaquinho, instrument typique du genre, avec lequel, en mode Seu Jorge, il commence à donner des concerts. Pour le public, il sera donc Fernando Cavaco. Il aura beau tenter la parade en créant le groupe de forró Orquestra do Fubá, accompagner la Capverdienne Mayra Andrade, faire le bœuf avec les Cubains, du jazz avec Vincent Ségal ou du choro avec Terça Feira Trio, rien n’y fera : « Ah oui, le Fernandinho qui joue du cavaquinho… ».

Lui qui déteste se mettre en avant, commence à se confondre avec son instrument. Un sentiment exacerbé par le succès des cours et des réunions de la Roda do Cavaco, qu’il fonde en 2006 avec le percussionniste Boca Rum, originaire de la Mangueira. La Roda est un exutoire : une fois le devoir mensuel à la samba roots accompli, il peut se consacrer à ses idées et à sa nouvelle passion : écrire pour l’image et pour le cirque.

Grâce à l’insistance du producteur Swami Jr. (Chico CesarFabiana CozzaOmara Portuondo), vieil ami de la famille et ancien résident parisien, Fernando décide de mettre le holà. Et de reprendre son identité. Il était temps. Les envies de sonorités différentes se faisaient pressantes et les projets refusés commençaient à peser. L’idée de faire un mix de toutes ses expériences germe petit à petit. Quatre ans plus tard, sort Eu também.

Moderne et rebelle

L’album, concocté par Fernando et Swami de A à Z, est une affirmation de lui-même, de sa culture musicale, de ses talents de compositeur et de ses capacités de chanteur. Un disque organique, joué en live, un disque de groupe, de musiciens, bourré d’atmosphères cubaines et capverdiennes, aux multiples influences.

Formé aux fondamentaux de la samba, Fernando delPapa aime le rock et la musique nordestine. Il a pour modèle Lenine, respecté à la fois par les gardiens des traditions et par les rockers. Eu também a sa face MPB, mélange de folk, de thèmes maritimes à la Paulinho da Viola, qu’il vénère (Eu também, O mar) et de chansons paulistas des années 1980 période Itamar Assumpção (Classe médiaSuper teimosia).

Et une autre plus sombre, moderne et rebelle, que l’on retrouve dans Meu barraco et Olho Mágico, le morceau le plus intense de l’album, agité par les afoxés. « C’est un des premiers titres que j’ai composés. J'avais 17, 18 ans quand je l'ai écrit, je voulais critiquer la religion, mais avec un côté rock. Quand on l'a enregistré avec le Fubá, c'était super forró, super léger, il manquait le côté Metá Metá que j'ai eu envie de redonner au morceau. » Finalement, seule la présence de João Cavalcanti, chanteur du groupe Casuarina, est là pour rappeler la discrète connexion samba, juste un peu plus évidente sur le titre Mundaréu.

Quant à la voix de Fernando, simple et crue, elle est mise en relief par la production aérée de Swami Jr., affirmant un peu plus ses goûts intimistes : Rodrigo AmaranteDoménico Lancellotti, et surtout Piers Faccini, ont influé sur sa façon de chanter.

Bien qu'enregistré à São Paulo avec ses chers amis cubains pour doubler les percus, Eu também est complètement sous influences parisiennes. Depuis la pochette, style affiche de Beaubourg, jusqu’à la dernière chanson Saida a francesa (filer à l’anglaise) qui réunit, en famille, toute la troupe. En passant par Palafitas, illuminé par le violoncelle de Vincent Ségal et l’accordéon de Lionel Suarez.

Paris, où Fernando sera à l’affiche, le 30 septembre prochain, du Studio de l’Ermitage, pour le lancement de Eu também. Une façon de remercier la salle de spectacles qui lui ouvre ses portes depuis des années. Ce sera le premier vrai concert signé Fernando delPapa : plus qu’une fête de rentrée, le début d’une nouvelle carrière.

Fernando delPapa Eu também : 1 CD Hélico, distribué par L'Autre Distribution, sortie le 23/09/2016.

Lancement de l'album "Eu também" de Fernando delPapa le 30/09/2016 à 21 heures,
Studio de l'Ermitage : 8 rue de l'Ermitage 75020 Paris - Métro Gambetta.
Prix des places : 15 € / 13 € (tarif réduit).

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