- Musique

Talk Talk, The Colour of Spring : l’album de la métamorphose !

Jean-Christophe Mary - 
Quarante ans après sa parution, le troisième album de Talk Talk ressort en vinyle audiophile. Un disque charnière où Mark Hollis transforme la pop synthétique des débuts en une musique organique, plus ample et tournée vers l’improvisation.

Parue à l’origine en février 1986, cette nouvelle version vinyle a été réalisée à partir des bandes originales et gravée en Half Speed par Matt Colton aux Metropolis Studios. La réédition a été supervisée par Lee Harris, batteur de Talk Talk, et Charlie Hollis, fils de Mark Hollis. Une belle occasion de se replonger dans un album essentiel, à la fois accessible et audacieux, qui constitue le véritable point de bascule dans l’histoire du groupe.

Mark Hollis choisit au contraire
de déplacer les lignes

Après The Party’s Over (1982) et surtout It’s My Life (1984), porté par l’immense Such a Shame, le groupe aurait pu exploiter la même formule, la même recette gagnante. Mark Hollis choisit au contraire de déplacer les lignes. Si The Colour of Spring, paru en février 1986, conserve l’évidence mélodique de ses prédécesseurs, il ouvre grand la porte aux guitares, au piano, aux orgues, aux cordes et au jazz.

Sur The Colour of Spring, les synthétiseurs cessent d’être le centre du dispositif. Les guitares, le piano et les orgues prennent le dessus, la batterie de Lee Harris et la basse de Webb développent une présence plus organique, tandis que les arrangements s’enrichissent de cordes, de chœurs et de textures inspirées du jazz et de l’art pop.

Avec I Don’t Believe in You, les guitares saturées et noyées de réverbération donnent au morceau une ampleur cinématographique, avec des réminiscences de Pink Floyd. Life’s What You Make It, lui, constitue le parfait équilibre entre expérimentation et efficacité. Son motif de guitare répétitif, sa rythmique obstinée et son refrain immédiatement mémorisable en font le tube de l'album, mais sa construction repose déjà sur la répétition et l’hypnose plutôt que sur les recettes classiques de la pop.  April 5th suspend le temps dans des nappes d’orgue et des bourdons minimalistes qui donnent l’impression que la musique flotte dans l’espace.

Sur la seconde face, Living in Another World retrouve une pulsation plus franche, tandis que Give It Up privilégie la mélancolie et les envolées vocales de Mark Hollis , tandis que Time It’s Time étire les formes jusqu’à leurs limites. Et puis il y a Chameleon Day. Court, dépouillé, presque sans section rythmique, construit sur des tensions et des dissonances, le morceau semble déjà appartenir à un autre Talk Talk. Celui qui, deux ans plus tard, enregistrera Spirit of Eden.

Talk Talk a choisi de prendre ses
distances avec les modes

Au cœur de cette métamorphose, Mark Hollis impose une voix profondément soul, chaude, légèrement voilée, presque fragile. Son timbre de voix se fond dans ces paysages sonores vastes et amples imaginés par le groupe, devenant un instrument à part entière. Cette approche distingue déjà Talk Talk de nombre de ses contemporains.

À sa sortie, The Colour of Spring recevra un accueil enthousiaste de la critique et du public. L’album atteint notamment la 8e place au Royaume-Uni et reste 21 semaines dans les classements britanniques. Life’s What You Make It  et Living in Another World connaissent eux aussi un important succès international.

Quarante ans après, cette nouvelle édition rappelle la singularité d’un album qui n’a pas vraiment vieilli. La musique de Talk Talk se démarquait déjà de ses concurrents par sa capacité à ne jamais se satisfaire d’une formule. Là où d’autres groupes des années 1980 sont restés associés à leurs sonorités d’époque, Talk Talk a choisi de prendre ses distances avec les modes pour privilégier l’expérimentation et l’émotion.

Quarante ans après, The Colour of Spring n’a toujours pas fini de fleurir.

jean-Christophe Mary pour www.micmag.net
The Colour of Spring
Talk Talk
28,92 euros

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