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« The Beatles », un ouvrage passionné

Jean-Christophe Mary - 17 février 2026
« The Beatles », édition revue et augmentée, de Stan Cuesta, un ouvrage foisonnant et passionné qui analyse et éclaire plus de soixante ans de musique, des débuts fulgurants du quatuor de Liverpool aux carrières solo de Paul, John, George et Ringo. Un pavé monumental, une référence.

Il y a les groupes mythiques. Et puis il y a les Beatles. Comme en musique classique il y aurait Mozart… et les autres. Depuis plusieurs années maintenant, Dominique Dupuis et les Éditions du Layeur publient de superbes ouvrages grand format où groupes, chanteurs et musiciens sont présentés à travers l’histoire de leurs albums. Avec The Beatles, Stan Cuesta s’attaque à un Everest, soit l’intégralité d’une discographie qui a changé la face de la musique populaire. En tournant les pages, on mesure combien l’entreprise a quelque chose de vertigineux. Le résultat ? Ce pavé de 363 pages, somptueusement illustré de pochettes et de documents d’époque qui embrasse plus de six décennies de création, des premiers sillons gravés chez Parlophone aux ultimes publications solo de Paul McCartney et Ringo Starr, sans oublier les œuvres majeures de John Lennon et George Harrison. Albums studios, captations scéniques, compilations, rééditions luxueuses, coffrets commémoratifs, productions périphériques du label Apple, rien n’a échappé à l’examen minutieux de l’auteur.

Stan Cuesta structure son récit en six grandes périodes qui permettent de comprendre l’évolution musicale et humaine du mythe.

La première période (1963-1967) est la genèse d’un miracle. Sous la direction éclairée de George Martin, la révolution pop est en marche. Des débuts de Please Please Me à l’apogée psychédélique de Revolver et Sgt. Pepper’s, l'auteur dissèque la fulgurance créative du tandem Lennon-McCartney. On retrouve la célèbre phrase de George Martin lançant dans l’interphone, le 26 novembre 1962 : « Félicitations, Messieurs. Vous venez d’enregistrer votre premier Numéro Un. »

« J’ai compris plus tard que
je criais vraiment au secours »


Tout est déjà là, la précision mélodique, l’audace harmonique, la révolution sonore. La plume de Stan Cuesta restitue avec précision cette montée en puissance, la fraîcheur mélodique de A Hard Day’s Night, la sophistication de Rubber Soul, l’audace psychédélique de Revolver. Il convoque aussi le témoignage de Geoff Emerick qui rappelle combien certains chefs-d’œuvre furent d’abord accueillis avec circonspection dans les couloirs d’Abbey Road.

La seconde période (1968-1970) est celle de l’émancipation et des premières tensions. L’utopie collective se fissure tandis que paraissent avec la création d’Apple (le label des Beatles) la prolifération des side projets, des albums solos mais aussi l’enregistrement de L’Album blanc, Abbey Road puis Let It Be. L’ère Apple compose un crépuscule flamboyant. Les confidences de McCartney sur ses malentendus avec Lennon ou celles de Lennon lui-même — « J’ai compris plus tard que je criais vraiment au secours » à propos de « Help! » donnent au récit une densité humaine salutaire.

Paul McCartney confiera plus tard son trouble face à l’émancipation individuelle quand il compose la BOF de The Family Way: « John m’avait assuré que ça ne le dérangeait pas… mais Yoko m’a dit qu’il avait été déçu. » La période 1971-1975 marque l’explosion créative des Beatles en solo. Le paradoxe est fascinant. Séparés, ils n’ont jamais été aussi prolifiques. Imagine, All Things Must Pass, Band On The Run… Stan Cuesta défend cette première moitié des 70's comme un âge d’or. Des albums de Harry Nilsson aux projets de Billy Preston, en passant par Badfinger, Cream, ou Ronnie Spector, il montre combien les artistes produits ou soutenus par la sphère Apple vont irriguer toute la première moitié des seventies.

Mais le 8 décembre 1980 marquera une rupture brutale avec l’assassinat de Lennon. Pour toute une génération et pour Cuesta qui suivait chaque sortie d’album depuis l’enfance, le choc est immense.

« Ils écrivaient tout le temps… partout. »

Les périodes suivantes (1981-1989, 1990 à aujourd’hui) voient s’installer une forme de "patrimoine nostalgique" avec le coffret Anthology, puis les rééditions augmentées, les coffrets du 50e anniversaire (Imagine, All Things Must Pass, Band On The Run…) jusqu’à la série documentaire The Beatles: Get Back.

Stan Cuesta
analyse aussi les productions récentes comme McCartney III ou le retour country de Ringo avec Look Up (2025). Sans oublier cette étonnante reformation à deux autour de  Now And Then. Les Beatles continuent de faire l’actualité. Preuve de leur influence toujours intacte. Ce qui fait la force du livre, c’est son équilibre. Stan Cuesta connaît son sujet sur le bout des doigts. Dans l'introduction il revendique une passion ancienne, presque existentielle pour ces musiciens qui ont façonné son imaginaire. Le ton est vivant, parfois piquant, souvent passionné. Stan Cuesta assume même avoir longtemps écarté un album de Ringo dont il jugeait la qualité trop faible. Une subjectivité revendiquée qui donne du relief à cette somme. Les confidences citées en début de chapitre donnent chair au récit. Neil Aspinall rappelle la cadence infernale d’écriture : « Ils écrivaient tout le temps… partout. », Geoff Emerick nuance l’accueil réservé à Rubber Soul à l’époque et Harrison confiait : « Je ne vois pas de grandes différences entre Rubber Soul et Revolver. » L’iconographie abondante, pochettes, photographies, archives, confère à l’ouvrage la noblesse d’un livre d’art. Mais l’essentiel demeure dans l’analyse : précise, argumentée, parfois polémique, toujours animée par le souci de comprendre.

Avec cette édition revue et largement augmentée, Stan Cuesta signe la discographie critique la plus complète en langue française consacrée aux Beatles et à leurs carrières solo. Un travail titanesque, nourri d’une passion qui confirme une évidence : les Beatles ne sont pas seulement un groupe. Ils sont un continent. Et Stan Cuesta en est l’un des meilleurs cartographes. Un beau livre pour les collectionneurs, une mine d’informations pour les fans et une porte d’entrée idéale pour les curieux.

jean-Christophe Mary pour www.micmag.net
The Beatles (Edition revue et augmentée)
Stan Cuesta
Éditions du Layeur (collection Cover)
42,00 euros

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