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Jim Morrison Stange Days A Paris : l’ultime virée du “Roi Lézard” dans le Paris des années 1970 !

Jean-Christophe Mary - 6 mai 2026
Dans "Jim Morrison : Strange Days à Paris", Yves Bigot retrace les derniers mois du chanteur des Doors dans la capitale française. Une enquête minutieuse et captivante qui éclaire d’un jour nouveau la disparition de l’une des figures les plus fascinantes du rock.

Sex, drugs and rock’n’roll”… Rarement slogan aura été aussi parfaitement incarné que dans la fin tragique d’une rock star. Avec "Jim Morrison : Strange Days à Paris", Yves Bigot signe une biographie fouillée consacrée aux derniers jours du leader des Doors, de mars à juillet 1971. Entre fuite, désillusion et quête artistique cet ouvrage dense et remarquablement documenté se lit d’une traite, tant le récit est tendu comme un blues fiévreux. Page après page, on assiste à la lente dérive d’un artiste au sommet de sa gloire mais au bord du gouffre.

il aspire désormais à autre chose : une reconnaissance plus intime, plus littéraire.

Au moment où Jim Morrison pose ses valises à Paris, le 12 mars 1971, les Doors sont un phénomène mondial. Porté par des titres devenus mythiques comme "Light My Fire" ou "The End", adulé par une jeunesse en quête de transgression, le groupe est alors au sommet de sa popularité. Enregistré dans l’urgence avant le départ de Morrison pour Paris, leur dernier album "L.A. Woman" scelle cette trajectoire fulgurante. Le chanteur lui veut tourner la page. Ne se reconnaissant plus dans cette image de rock star adulée, il aspire désormais à autre chose : une reconnaissance plus intime, plus littéraire.

Yves Bigot entraîne le lecteur dans le Paris du début des années 1970, à la fois bohème et décadent. Dans cette capitale où se croisent artistes, musiciens, ingénieurs du son, dealers et figures de la nuit, Morrison évolue comme une ombre célèbre. Au fil des pages défilent des figures comme Agnès Varda et Jacques Demy, Johnny Hallyday, Richard Bohringer ou encore Marianne Faithfull. Le Rock’n’roll Circus, night club très privé et très prisé de l’époque, devient l’un de ses repaires nocturnes, nourri par la musique, l’alcool et les drogues qui circulent abondamment.

Jim Morrison y apparaît comme une figure fascinante. Sex-symbol absolu, il multiplie les conquêtes féminines et cultive une aura sulfureuse. Au fil des témoignages, on découvre que le Roi Lézard fascine autant qu’il dérange. Certains le jugent odieux, provocateur, insaisissable ; d’autres décrivent un homme jovial, doux, presque timide. Sa personnalité à double face intrigue et nourrit sa légende. Généreux jusqu’à l’excès, il couvre Pamela Courson de cadeaux — voitures de luxe, boutique — et distribue sans compter argent et billets aux musiciens de rue autour de la place Saint-Michel. Son humour, volontiers ravageur et corrosif est aussi profondément tourné contre lui-même. Une forme d’autodérision à la fois lucide...et douloureuse.

Pourquoi fuir l’Amérique ? Les raisons sont multiples. Poursuivi par le FBI, menacé par une condamnation pour obscénité après le scandale d’un concert à Miami, Morrison cherche à échapper à la justice américaine. Mais il fuit aussi une identité qui ne lui convient pour mettre fin à une carrière musicale qu’il juge superficielle. Pamela, jalouse et instable, le pousse à abandonner la scène pour se consacrer à la poésie. Morrison, lui, rêve d’être reconnu comme un écrivain, un artiste total — une sorte de Rimbaud du rock.

La capitale française s’impose à ses yeux comme un refuge artistique

Pourquoi s’installer à Paris ? Les raisons sont tout aussi multiples. Ancien étudiant en cinéma à UCLA, Morrison nourrit une véritable passion pour le septième art. Admirateur de la Nouvelle Vague, il fréquente les cinémas d’art et d’essai parisiens — du Quartier latin aux salles mythiques de la rive gauche — dans l’espoir de trouver un lieu pour projeter son film expérimental, HWY. Paris apparaît alors comme un refuge, une promesse d’accomplissement artistique. Autre raison : au moment où il publie son recueil de poésie "The Lords and the New Creatures", Jim Morrison nourrit une fascination grandissante pour le Paris. La capitale française s’impose à ses yeux comme un refuge artistique, une terre d’élection pour les poètes qu’il vénère, de Arthur Rimbaud à Charles Baudelaire, et dont il rêve, à son tour, de prolonger l’héritage.

Mais cette quête se heurte à une réalité plus sombre. L’alcool devient omniprésent. Morrsion boit de manière frénétique, presque suicidaire. Son corps change, se dégrade. L’éphèbe des débuts laisse place à un homme bouffi, barbu, méconnaissable. Dans les rues de Paris, beaucoup ne reconnaissent plus l’icône. Vêtu de treillis ou d’habits négligés, il erre comme un fantôme de lui-même. Les médecins de l’Hôpital américain s’inquiètent de son état de santé : asthmatique depuis l’enfance, affaibli, il tousse, s’essouffle, s’épuise et multiplie les alertes.

Sa relation avec Pamela Courson s’enfonce dans une spirale toxique. Amants fusionnels et destructeurs, ils évoquent un couple tragique à la Roméo et Juliette. Infidélités, jalousies, drogues rythment leur quotidien. Pamela entretient une liaison avec Jean de Breteuil, participe à des expériences sexuelles multiples, tandis que Morrison s’enferme dans une solitude grandissante. Leur amour, à la fois fusionnel et délétère, semble porter en lui les germes de sa propre fin. La mort, justement, plane sur tout le récit. Elle rôde, insistante et affleure dans des détails troublants. Le couple s’installe dans une chambre où mourut Oscar Wilde, Pamela évoque le suicide, Morrison se passionne pour le cimetière du Père-Lachaise, où il souhaite être enterré. Autant de signes avant-coureurs qui donnent au récit une dimension presque prémonitoire.

Trois récits, trois vérités possibles, qui entretiennent le mystère.

Pourtant, au cœur de cette descente, subsistent des éclats de lumière. Certains chapitres offrent des respirations lumineuses. Le voyage à Marrakech, raconté dans le chapitre Marrakech Express, apparaît comme une parenthèse enchantée : il y retrouve sourire, légèreté, énergie. Des instants lumineux, on en trouve au fil des pages. On y apprends que Morrison aime les enfants, les animaux. Ces instants de vie apparaissent comme des éclaircies dans un ciel chargé, de véritables bouffées d’oxygène pour le lecteur.

Reste l’énigme finale. Le 3 juillet 1971, Jim Morrison meurt à Paris. Yves Bigot confronte les différentes versions. La version officielle, soutenue par de Pamela et d’Agnès Varda évoque une crise cardiaque dans la baignoire de son appartement. Une autre, plus sulfureuse, situe sa mort dans les toilettes du Rock’n’roll Circus, victime d’une overdose d’héroïne. Enfin, le guitariste Robby Krieger avance une explication médicale liée à ses problèmes de santé chroniques depuis l’enfance. Trois récits, trois vérités possibles, qui entretiennent le mystère.

" Avec Jim Morrison : Strange Days à Paris ", Yves Bigot livre une méditation sur la chute d’une idole. Derrière la légende du chanteur des Doors se cachait un homme fragile, en quête de sens. Un artiste consumé par ses contradictions, écartelé entre désir d’absolu et pulsion autodestruction. Plus de cinquante ans après, la disparition de Morrison demeure une énigme — et peut-être est-ce là, précisément, ce qui continue de le rendre immortel.

jean-Christophe Mary pour www.micmag.net
Jim Morrison - Strange days à Paris
Yves Bigot
Editions Le Mot et le Reste, 2026
19,00 euros

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