- Musique

The Black Keys Peaches! : retour aux sources du blues américain !

Jean-Christophe Mary - 13 uin 2026
Avec Peaches!, recueil de reprises de blues, de rhythm & blues et de rock’n’roll vintage, les Black Keys signent un disque profondément habité, né dans la douleur mais porté par une passion intacte pour les musiques qui ont forgé leur identité artistique.

L’histoire des Black Keys est intimement liée au blues américain. Avec Peaches!, le duo poursuit cette passion jamais démentie pour les racines de la musique américaine. Ce nouvel opus est composé exclusivement de reprises de rhythm & blues, de blues rural et de rock’n’roll vintage. Soient dix reprises empruntées à des artistes souvent restés à la périphérie de l’histoire officielle du rock : Willie Griffin, Levester Carter, Arthur Crudup, Jessie Mae Hemphill ou encore David Kimbrough Jr.


un blues-rock rugueux et minimaliste

C’est Patrick Carney qui va proposer à son ami de retourner à l’essentiel. L’idée est simple : enregistrer quelques chansons qu’ils aiment depuis toujours afin de retrouver le plaisir brut de jouer. Ces sessions improvisées deviendront finalement Peaches!.

Si les chansons appartiennent au patrimoine du blues et du rhythm & blues, elles portent toutes une signature immédiatement identifiable. Celle des Black Keys : un blues-rock rugueux et minimaliste porté par des guitares saturées aux riffs hypnotiques, une batterie sèche et martelée et cette chaleur analogique héritée du blues du Mississippi, du garage rock et de la soul américaine.

L’ouverture, Where There’s Smoke, There’s Fire, enregistrée par Willie Griffin en 1984, donne immédiatement le ton. Relancée récemment par Paul Weller, la chanson trouve ici une seconde jeunesse. Les cuivres soulignent le groove sans l’alourdir tandis qu’Auerbach chante avec une énergie communicative. Derrière lui, Patrick Carney fonce comme un bolide lancé sur l’autoroute du rock’n’roll.

Avec  Who’s Been Foolin’ You, les Black Keys plongent dans les marécages du blues. Enregistré il y a plus de quatre-vingts ans par Arthur, Big Boy  Crudup, le morceau avait déjà été repris par Buddy Guy. Ici, le duo lui injecte une énergie brute impressionnante, renforcée par l’orgue menaçant de Jimbo MathusIt’s a Dream de Charles Fisher Jr. offre une parenthèse plus soul, portée par une ambiance moite et rêveuse.


Ici, le tempo ralentit, la basse ronronne

Sur Tomorrow Night, l’une des deux reprises de Junior Kimbrough, un riff tranchant et un chant presque saturé capturent parfaitement l’état d’esprit sombre et rugissant de Dan Auerbach. Moment fort de l’album, You Got to Lose d’Ike Turner explose dans les enceintes. Plus intense encore que la version de George Thorogood, cette reprise impressionne par sa tension permanente. 

Avec Tell Me You Love Me, Jessie Mae Hemphill devient la seule femme représentée sur cette sélection. Son funk énergique est sublimé par une guitare slide incisive qui accompagne cette déclaration d’amour répétée comme une obsession. L’adaptation de She Does It Right de Wilko Johnson surprend également. En 1975, le titre de Dr. Feelgood était un concentré d’adrénaline. Ici, le tempo ralentit, la basse ronronne et les Black Keys offrent une nouvelle lecture de ce classique du pub rock britannique. 

Fireman Ring the Bell » rend hommage à R. L. Burnside à travers un riff hypnotique et un son de guitare monumental qui évoque directement les collines du Mississippi. Enfin, Nobody But You Baby », seconde reprise de David Kimbrough Jr., clôt l’album avec majesté. À travers Peaches!, les Black Keys poursuivent un travail engagé depuis leurs débuts : celui d’une réappropriation contemporaine du blues rural américain. Ils ne cherchent pas à réinventer un répertoire mais à le faire résonner dans leur propre langage musical.

Ces dix reprises possèdent une véritable identité Black Keys, immédiatement reconnaissable entre puissance rock, authenticité blues et émotion. Un album de transmission autant qu’un album de résurrection, dont on imagine déjà la force lorsqu’il prendra vie sur scène.

jean-Christophe Mary pour www.micmag.net /Photo@Claude GASSIAN
Peaches!
The Black Keys
CD 18,99 euros / Vinyle 31,99 euros

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