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Brésil - Dossier SOCIÉTÉ - Le Brésil est-il vraiment une "démocratie raciale" ?Lepetitjournal.com - 16 septembre 2014 Dans une étude publiée vendredi dernier, l’ONU considère que le racisme au Brésil est "structurel et institutionnel", imprègne toutes les sphères de la société et son existence est "niée" par une partie de la population. Qu'en est-il réellement ?
L'avocate brésilienne Miran Andrade Veloso et Camille, sa fille adoptive (Agência B
Aborder la question raciale au Brésil est une entreprise complexe, ambigüe et non sans conséquences, surtout pour un pays qui, jusqu'à présent, a su se tenir à l'écart d'une fracture nationale importante autour du critère ethnique. De même la tâche devient doublement délicate dans le cas d'une société brésilienne profondément marquée par un métissage pouvant se décliner jusqu'à des dizaines d'appellations différentes. Selon l'anthropologue Rita Laura Segato, pour pouvoir parler avec précision de la question raciale, il faut d'abord prendre conscience d'un aspect plus global de la société brésilienne : une forte division économique, politique, culturelle et sociale du pays. En effet, celle-ci évoque les théories des "deux Brésils" avec notamment celle de Celso Furtado où ce dernier qualifie de "Bel-Inde" ce partage de la société brésilienne, avec une partie de la population qui serait d'avantage assimilable à celle de Belgique - faisant allusion au Brésil moderne, citoyen et riche - contrastant avec une autre une plus proche de celle de l'Inde - le Brésil des misérables, ingrats, des exclus par un système d'apartheid social. Rita Laura Segato souligne l'importance de comprendre que ce clivage de la société brésilienne ne coïncide pas toujours avec le critère ethnique. Il faut être capable d'identifier les problématiques de la question raciale à l'intérieur de cette équation nationale pour ne pas tomber dans une vision extrémiste, qui réduirait la réalité du Brésil aux seules inégalités raciales. Vision qui, à terme, pourrait être dangereuse pour le pays. La "dette sociale de l'esclavage" En 2007, l'Ipea (l'Insee brésilien) dresse un triste constat après plusieurs études : "Les noirs naissent avec un poids inférieur aux blancs, ont plus de probabilités de mourir avant d'avoir un an, ont moins de probabilités de fréquenter une crèche et souffrent d'un taux supérieur de redoublement à l'école, les menant ainsi à des niveaux d'études inférieurs à des blancs. (...) Tout au long de la vie, bénéficient d'un système de santé plus précaire et finissent par vivre moins longtemps et dans une plus grande pauvreté que les blancs." Des chiffres qui parlent pour eux-mêmes En plus de ces indicateurs sociaux-économiques, on peut facilement constater dans la société brésilienne une domination culturelle blanche. Il suffit de regarder les couvertures de magazines pour remarquer que n'apparaissent presque exclusivement que des célébrités et mannequins blancs ou bien d'allumer la télévision pour constater une nouvelle fois cette surpopulation blanche. Ces derniers exemples illustrent cette prédominance d'un modèle esthétique blanc dans la société brésilienne. Ainsi certains sociologues ont pu relever la récurrence d'opérations chirurgicales du visage de certaines femmes noires pour correspondre davantage aux canons de beauté blanc (notamment le nez). Une prise de conscience croissante de la question raciale En parallèle, le gouvernement a franchi un pas symbolique en instaurant en 2005 une politique de discrimination positive à travers un système de quotas "ethniques" dans les universités publiques de Rio. Cette décision inaugurerait une mesure qui s'étendrait à l'ensemble des universités publiques du pays. Cependant cette politique est fortement controversée. Pour beaucoup, elle représenterait à la fois un obstacle à la méritocratie, mais aussi une erreur de jugement sur un problème fondamental du Brésil qui est davantage social que racial. Ce système de quota symbolise tout de même une préoccupation croissante du personnel politique pour les discriminations raciales et semble par là même annoncer l'émergence d'une problématique raciale susceptible de structurer un débat national, en questionnant de plus en plus le mythe d'une "démocratie raciale". Celui-ci pourrait être d’autant plus porté par la possible élection d’une présidente métisse dans les semaines à venir. |
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