Paris-Barcelone-Rio-NewYork - Enquête

La planète artiste va-t-elle voter ?

Equipe Micmag - 16 avril 2012
Elections en France - Eminem, Bianca Li, Kéry James, Amaral, Sistema Solar, Axel Kiéger, Paul Zaloom, Pedro Almodovar, etc. participent à cette vaste enquête sur les politiques, les élections et l'engagement du monde de la culture dans leurs différents pays.
Blanca Li, chorégraphe, Espagne.

Kéry James (Rap - France)

Le rappeur français Kery James, "Lettre à la République", s’adresse aux politiques, rappant "vous, abuseurs de biens sociaux, détourneurs de fonds, de vrais voyous en costard, bande d'hypocrites...".

Jordi Bertran(marionnettiste - Espagne) : "A las ultimas elecciones municipales no he ido a votar"

Pour le Catalan Jordi Bertran, véritable star de la marionnette au niveau international, les citoyens maintiennent un système "qui n’apporte aucune solution… la démocratie des partis n'est pas authentique puisqu’ils sont plus proches des banques et du monde de la finance que des gens".

Amaral (Pop - Espagne) : "No me toquen los huevos!"

La sexy chanteuse du groupe Amaral a ainsi déclaré à la presse que "jamais elle ne s'allierait à un parti politique" et mal s'en prend au ministre qui a repris les vers du groupe et qui s'est vu opposer un "ne me casse pas les couilles" (no me toquen los huevos). "Il n’y a qu'un seul parti en Espagne, le PPOE [mot-valise associant le PP (droite) et le PSOE (socialistes)] : ils fonctionnent de la même manière, répondent aux mêmes mécanismes et intérêts : ceux du FMI", déclare Juan Aguerri, le guitariste du groupe.

Pour les co-fondateurs de la compagnie française de théâtre de marionnettes Tro-Héol, Martial Anton et Daniel Calvo-Funes, "l’élu... ça a peu d'importance tellement on est manipulé par la finance".

Sistema Solar (Pop - Colombia)

Indigo, du groupe colombien Sistema Solar analyse la situation : "on sent chaque fois un peu plus que la valeur travail est en crise, car on est allé en limitant les acquis ainsi que le concept du bien-être, à la faveur des intérêts privés et contre les intérêts publics".

L'abstention est une attitude qui est prônée par l'intégralité des artistes espagnols que nous avons interrogés. Hasard ou mentalité représentative de ce pays ? Attitude permanente ou résultante du mouvement du 15-M ?  Ces questions restent ouvertes. Ils expliquent ce comportement en dénonçant le manque d’authenticité du système démocratique, la corruption de la classe politique, le manque d'alternative à la bipolarité PP (droite libérale)/PSOE (parti socialiste)...

Le manque d'authenticité ou l'absence de démocratie réelle interroge Jordi Bertran : "Pourquoi aller voter pour des gens qui ne sont que des marionnettes bien manipulées ? Je crois que la démocratie doit être authentique, réelle, qu'elle doit venir de la base, cela doit être une démocratie d'assemblées". La sexy chanteuse du groupe Amaral a ainsi déclaré à la presse que "jamais elle ne s'allierait à un parti politique" et mal s'en prend au ministre qui a repris les vers du groupe et qui s'est vu opposer un "ne me casse pas les couilles" (no me tocas los huevos).

Blanca Li, chorégraphe (Espagne) - En photo : "Les socialistes, ce qu’il leur faudrait, c’est danser pour être plus relax".

 Blanca Li, chorégraphe espagnole vivant à Paris depuis 19 ans, suit la politique de près même si elle ne vote pas : "je ne suis pas sarkozyste. Même si je pouvais voter en France, je ne voterai pas pour lui... Les socialistes, ce qu’il leur faudrait, c’est danser pour être plus relax."

Pedro Almodovar (cinéaste - Espagne) : "Ce paternalisme politique ne peut plus se maintenir…"

En conclusion, la position de Pedro Almodovar pour qui "la politique ne peut exclusivement consister à ce que tous les quatre ans nous allions voter, comme c'est actuellement le cas, pour deux partis avec lesquels nous ne nous sentons pas représentés... ce paternalisme politique ne peut plus se maintenir…".

Maurice Durozier, acteur du Théâtre du Soleil : "je vote souvent la mort dans l'âme"…,

Maurice Durozier ira voter aux prochaines élections présidentielles : "je vote parce que je ne peux plus accepter un type comme Sarkozy. Je vote souvent la mort dans l’âme. Nous sommes une troupe avec 25 nationalités et ceux qui m’entourent n’ont pas le droit de vote", nous confie-t-il. Même position pour Armand, compagnon de route de Maurice au Théâtre du Soleil qui a déjà voté mais "pour intervenir, empêcher un candidat bandit !".

Le professeur Kouro (France), connu pour le clip en pâte-à-modeler de Princesse Erika : "La démocratie, c’est une petite tranche de l’histoire de l’humanité. Enfin, on ne sait même pas si elle existe encore la démocratie. Dans le milieu, les gens sont quand même vachement politisés mais ce n’est pas pour autant qu’ils vont aller voter : "pour quoi, pour qui  aller voter ?".  Moi je trouve toujours pour qui aller voter, mais ce n’est peut-être pas "pour" mais "contre".

Axel Kieger (musicien - Argentine) : "j’ai très peu d’espoir sur la classe politique".

Même constat pour l'auteur compositeur argentin Axel Kieger : "j’ai très peu d’espoir sur la classe politique. C’est vraiment difficile de défendre un politicien, car même si un fait mieux que les autres, ils ont toujours un côté obscur. Ça retire des espoirs. En même temps, on est forcé de voter pour le moins pire".

Eminem (Rap singer - USA) : "For the freedom of speech the United States government has sworn to uphold".

In "White America" (which Eminem chose to perform at the MTV Awards a few years ago instead of his hit single) the rapper questions as to whether the country truly upholds the first Amendment, freedom of speech.

How many people are proud to be citizens of this beautiful country of our's

The stripes and the stars for the rights that men have died for to protect

The women and men who have broke their neck's

For the freedom of speech the United States government has sworn to uphold

Or so we're told ("A-Z Lyrics")

"Many would not realize that the poster-child for everything "bad" about music (and more specifically hip-hop) is one of the few artists who seems to have the courage to break the mold of the mundane, commercial style of music and discuss his political views. You heard it right; many of Eminem’s songs deal with serious political issues, ranging from freedom of speech, the war in Iraq, voting, and even the commander-in-chief.

Paul Zaloom (caricaturiste - USA) : "si tu ne veux pas voter, tais-toi !"

La position du caricaturiste américain Paul Zaloom est plus radicale : "si tu ne veux pas voter, tais-toi !". Pour lui, s'abstenir revient à laisser le pouvoir aux "droitistes" dont les rangs sont grossis chaque année par les créationnistes. Pour lui, voter est un choix  "car les Etats-Unis sont très à droite. Ne pas voter signifie au final être un droitiste. Leur laisser le pouvoir. Aujourd’hui, le gouverneur du Texas est le numéro un : pour eux, la théorie de l’évolution n’existe pas, idem pour le bing bang …".

Joëlle Fournier (administratrice de production - France) : "ce que moi je veux dans un premier temps, c’est qu’ils dégagent !".

Joëlle Fournier, régisseur de spectacle pour l'association Misto Musica adopte une position similaire. Elle est en désaccord total avec la proposition selon laquelle le parti des abstentionnistes est le plus puissant : "pour moi, être abstentionniste, ce n’est pas faire partie d’un parti... je ne pense pas que ce soit la bonne réponse. En s’abstenant, on fait le jeu de la droite alors que ce que moi je veux dans un premier temps, c’est qu’ils dégagent !".

Reconnaître le vote blanc : 

"D’un point de vue électoral, cela serait bien que le vote blanc soit pris en compte car c’est aussi une façon de manifester son désaccord, son attente", Martial Anton de la compagnie Tro-Héol.

Une idée du délirant professeur Kouro : "il faudrait peut-être rajouter dans une assemblée les députés qui représentent les abstentionnistes et qui ne disent rien. Ca peut être drôle  parce qu’ils auraient un poids, une présence. J’avais fait un truc comme ça où à la place d’un amphithéâtre grec on aurait une sphère, où y’aurait 70% de gens qui ne disent rien et qui par leur silence influencent les débats, les polémiques". Ce n'est qu'ainsi que le vote blanc aurait un poids.

Au-delà d'influencer les débats par leur silence, d'autres opinent, comme Marcio Faraco, chanteur brésilien et français de cœur, qu'il devrait y avoir une modification des lois. Ainsi, quand un seuil d'abstention est dépassé, "c'est que les candidats ne sont pas intéressants". Il prône donc l'instauration du vote obligatoire, comme au Brésil. Selon lui, cela permettrait de mettre en place un mécanisme de sanction à l'encontre de la classe politique : "en France, on devrait avoir un bouton rouge de danger. Si le président n’a que 20% d’avis favorables, c’est qu’il n’est plus valable. Pareillement, s'il y a 70% d’abstentionnisme, les élections ne devraient pas être valables".

Plaidoyer pour changer le système et mettre l'action culturelle au centre de la politique

Daniel Calvo est atterré par ce qu'il s'est passé en Espagne : "ils vont aller voter pour Rajoy, du PP, alors que ça consolide la politique qui nous a amenés à cette crise et on marche sur la tête, ce sont tous ceux qui nous ont menés dans cette impasse qui sont gagnants, qui continuent … c’est complètement fou ! Pourquoi ça ne pète pas encore. Et puis une conséquence : les gens se serrent la ceinture, ils sortent moins, ils ont moins accès à la culture… tout cela fait que l’on est plus manipulable. Par la suite, on supprime, comme dans les années 30 avec Franco, les écoles par-ci, par-là et on fait un endoctrinement sur la nation… c’est la fin".

Lili-oto, plasticien, est quant à lui candidat virtuel à l’élection présidentielle de 2012 ! Pour lui, "les artistes sont des citoyens ordinaires, dans une démocratie calomniée par l’autoritarisme, la prédation spéculative, la tyrannie économique, le clientélisme, les dérives mafieuses, les conflits d’intérêts. Les artistes, comme le reste de la population, sont chassés des débats politiques. La récession, la régression et la répression ne sont pas des amis du sensible et de la poétique. Les artistes, qui ont tendance à associer leur imaginaire avec un certain goût à la critique et à échapper aux contraintes idéologiques, ne sont pas les bienvenus dans un système politique clos, opaque et aux règles obscures…

La plupart des artistes sont plongés dans la misère sociale et doivent faire face à une bureaucratie astreignante, contraignante et coercitive qui les malmène, abuse de leur fragilité et les humilie. On leur dit qu’ils sont une charge pour la société, on les culpabilise et on les rejette localement de l’action culturelle. Rien ni personne dans cette élection présidentielle 2012, ne débattant que dans une autarcie médiatique entre initiés et politiciens à trois francs six sous, n’aura un seul regard pour ces créateurs auteurs qui portent en eux le sensible, le singulier et parfois une haute idée d’autonomie dans toute forme de liberté".

Enquête dirigée par Iris Sergent & Hélios Molina

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