France - Lectures

Enquête Micmag - Comment nos libraires choisissent-ils parmi 70 000 titres par an ?

Marie Torres - 8 janvier 2013
Chaque année, plus de 70.000 titres sont édités en France. Certains, sont surmédiatisés, d’autres restent dans l’ombre. Pourquoi ? Comment libraires et grands distributeurs choisissent leurs livres ? Micmag a mené l’enquête au moment ou Virgin dépose le bilan.

Passez les portes de la Fnac, de Mégastore Virgin (fin de route), attardez-vous au rayon livres de Carrefour ou de Leclerc. N’avez-vous pas, saison après saison, un sentiment de « déjà vu » ? Du Marc Levy, Guillaume Musso, Amelie Nottom, Philippe Djian… j’oubliais Katherine Pancel et Anna Gavalda. Seraient-ils les seuls auteurs à être édités ? Et surtout, seraient-ils les seuls « bons » auteurs ? Entendez par « bons » ce que disait Bernadin de Saint Pierre « Un bon livre est un bon ami ».

« Non, bien sûr que non, nous dit Joël d’une Fnac parisienne, ils ne sont pas les seuls édités ni les meilleurs mais ce sont eux que le public réclame ». Que le public achète, serait plus juste. Car aujourd’hui le livre est aussi une industrie. Un produit marketing qui doit se vendre pour être « bon ».

« Pour le reste, on achète un exemplaire en fonction de l’auteur, de l’éditeur et du sujet »

« A la Fnac ou chez Virgin, ce qu’on recherche ce sont les best seller. A la Fnac, par exemple, ils ne font plus leur choix. Tout est centralisé, il y a un gars à Paris devant un ordinateur qui appuie sur des boutons pour commander pour  toutes les Fnac de France. Il n’y a plus d’humain. Ils vendent des livres comme ils vendent des écrans plats, c’est ce qui les tue », explique Jacques de la librairie Folies d’Encre d’Aulnay sous Bois.

Et les librairies indépendantes, comment procèdent-elle pour choisir des ouvrages  quand on sait que, chaque année en France, plus de 70.000 sont édités… ?


« A Musicalame, le nerf de la guerre consiste à trouver les livres qui correspondent à nos spécialités “musique et danse” en épluchant TOUT ce qui sort semaine après semaine, soit dans la base du livre, soit sur les sites internet des éditeurs, soit dans Livres Hebdo » nous dit Isabelle, libraire à Lyon. On achète systématiquement tous les titres “musique ou danse” de certains éditeurs comme Fayard, le Centre National de la Danse, Arche, CNRS, Buchet Chastel, Actes Sud… On prend aussi tous les livres de certains auteurs  comme Cantagrel, Nathiez ou Duault. Pour le reste, on achète un exemplaire en fonction de l’auteur, de l’éditeur et du sujet, on voit, et on en recommande un ou deux si on a vendu le premier et qu’on croit pouvoir en vendre d’autres !

« Notre choix est guidé par l’historique de l’auteur »

Chez Folies d’Encre, librairie généraliste, c’est différent. « Nos relations avec les éditeurs sont quasi nulles excepté lorsque nous avons des séances de dédicaces. Ce sont leurs services de presse et leurs diffuseurs qui nous adressent les catalogues des nouveautés et qui viennent nous voir pour que nous puissions faire notre choix sachant que nous achetons en “aveugle, sans avoir lu les livres. Notre choix est guidé par l’historique de l’auteur. Un auteur qui en général marche bien on va prendre vingt exemplaires de son dernier ouvrage. Un premier ou second roman, c’est plus délicat. Parfois on prend un exemplaire souvent rien. On ne peut pas lire tout les livres, on est vite rattrapé par le temps ! »

Bien sûr, les libraires ont aussi leurs auteurs préférés qu’ils s’efforcent de faire connaître à leurs clients, les coups de cœur aussi. Pour Isabelle, par exemple « Les cloches d'Atlantis ». de Philippe Langlois Un fabuleux travail sur le son au cinéma et l’inventivité prodigieuse de ceux qui inventèrent tout cela au début du XXe siècle. A lire connecté au site internet du même nom, pour y voir les films dont il est question dans le livre ! Ou encore  « L’éveil des modernités. Une histoire culturelle de la danse (1870-1945) » d’Annie Suquet, pour l’intelligence de l’approche d’un art trop mal connu et qu’elle replace dans son contexte historique, social, politique, artistique. »

« La vente d’un livre, c’est le libraire, les médias et les clients »

« Parfois, c’est un client qui va nous parler d’un livre qu’il a aimé, dit Jacques, même si ces derniers ont un côté moutonnier. Ils achètent ce qu’on leur dit d’acheter, il y a peu de curiosité… »  

Mais il ne faut pas non plus négliger le côté médiatique. « Un écrivain qui passe sur RTL ou à la Grande Librairie a un grand impact sur les ventes. La vente d’un livre, c’est le libraire, les médias et les clients »

Marc Lévy, Katherine Pancol ou Guillaume Musso monopolisent les premières places des ventes

Les libraires ont donc un rôle important : celui de lutter contre la standardisation, mal dont sont atteints la Fnac ou Megastore Virgin aveuglés par les « pondeurs » de best seller que sont les Marc Lévy (19 millions d’euros de chiffre d’affaires), Guillaume Musso (18 millions d’euros de CA) ou Katherine Pancol  (18 millions de CA) qui depuis des années monopolisent les premières places des ventes. Des hommes d’affaires, pardon des auteurs, qui écrivent plus vite que leur plume : entre 2000 et 2012, Levy a produit 12 romans, depuis 2001, Musso a publié 10 ouvrages et Pancol, de 1978 à aujourd’hui, 14 ! Méprisant le vieux proverbe chinois « Le temps ne respecte pas ce que l’on fait sans lui » au profit de l’adage américain « Le temps c’est de l’argent »…

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