France - Voix libre

L’espérance endormie

Marie Torres - 11 août 2014
C’est autour de questions sur le conflit israelo-palestinien que, en 2001, Sapho a rassemblé une centaine d’écrivains, d’artiste de journalistes «palestiniens, israéliens ou d'ailleurs ». Leurs réponses ont été publiées dans un recueil collectif, « Un très proche Orient ». Toujours d’actualité.

Tout a commencé avec quelques questions sur le conflit israelo-palestinien. Comment ressentez-vous l'histoire de ce conflit ? Qu'y voyez-vous ?  Qu'y projetez-vous ? Que redoutez-vous ? Qu'espérez-vous exactement ou pas ? Comment l'envisagez-vous ?  Des questions posées par la chanteuse Sapho à une centaine d’écrivains, de poètes, d’artiste de journalistes « palestiniens, israéliens ou d'ailleurs ». Et ils ont répondu. Et leurs réponses ont été publiées dans un recueil collectif « Un très proche Orient – Paroles de paix », publié au début des années 2000 mais toujours d’une brûlante actualité. Parmi les personnalités interrogées, il y a Hubert Haddad. Découvrez ses « paroles de paix », un avant-goût de ce petit recueil qui, au-delà du conflit israelo-palestinien, analyse un problème universel : pourquoi fait-on la guerre ?

« Être juif aujourd’hui, c’est avoir appris à ses dépens les leçons indignes de l’histoire. C’est  accorder autant de crédit à Kafka qu’aux maîtres de la Thora. Il n’existe de communauté que par la culture et l’esprit, et celle-là ne se perpétue que dans l’accueil et le partage. Toute restriction d’altérité est réduction de l’humain en soi, car nulle assise matérielle ne vient fonder la singularité ethnique, nationale ou religieuse.

De l’humain se distingue ici ou là dans l’incréé des langues et des savoirs pour s’affirmer comme entité au sein de représentations collectives dont la valeur est chose éminemment culturelle. Le substrat animal et naturel qu’on voudrait mettre en avant appartient à l’aveugle et au chaos. La civilisation, dans ses conquêtes et ses déboires, invente l’homme à partir d’une identité partagée. Toutes les distinctions communautaires qui font des peuples des sortes de chœurs ininterrompus portant à travers les siècles la mélodie complexe d’une langue jusque dans ses légendes et ses mutations que la vie quotidienne joue et dramatise, n’ont d’exemplarité que par ce lien universel  rassemblant chacun de nous dans l’espace civilisateur de l’altérité.

Etre juif en ce sens, c’est admettre que le plus lointain est le plus proche, puisque nous sommes tous des créatures d’exil pétries de songes et de symboles. Les noces de l’attente et de la mémoire, en toutes langues, s’appellent espérance. Dès lors, je considère absolument le Palestinien comme mon semblable, compagnon immédiat du mystère d’exister. Au même titre qu’un membre de ma famille ou qu’un Indien de Bombay. C’est d’une seule voix qu’il faut réclamer la paix au Moyen Orient, la fin des guerres civiles organisées par des douaniers intempestifs vendus aux marchands d’uniformité, la mise au ban des extrémistes religieux ou laïcs.

Temporiser, c’est massacrer. Pour des biens, pour une intégrité maudite, ceux qui ont connu la pire perdition, l’abandon universel, peuvent-ils accepter de bafouer leur droit inaliénable à l’incréé?  Juifs ou Palestiniens, la haine est un suicide. Nous sommes une même âme, un même chant d’avenir. La terre est toujours assez vaste aux vivants, mais les morts sont à l’étroit. Tous enfants de notre lâcheté, ils sont réconciliés dans la nuit insondable. Soldats, si vous aviez répondus par des fleurs aux pierres des offensés, elles auraient roulé à vos pieds comme les débris d’un mur impossible.

Quant à vous, hommes de foi, on ne tue pas son frère, même loin du Nom, même à l’antipode. Qu’avez-vous à perdre de l’instant béni? Et toi qui refuses toute mesure, l’autre reste à jamais ta loi. Le pays vertical où s’entassent cultures, croyances et territoires comme les étages d’un temple inca ne doit inspirer que l’ascension radieuse, au détriment des conflits ethniques, des mercantilismes et des pouvoirs. Assez de place au sommet rassemble les prophètes et les juges. Mais elle dort à poings fermés, l’espérance, aujourd’hui. Il n’y a pourtant d’autre issue que dans la fraternisation. »  Hubert Haddad (mai 2001)


Un très proche Orient - Paroles de paix
Directrice d'ouvrage Sapho
Coédition Joëlle Losfeld et Dada
16,95 euros

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