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Daniel Cariello : "Contrairement aux Brésiliens, les Français disent ce qu’ils pensent "

Corentin CHAUVEL -lepetitjournal.com - Brésil) - 
Journaliste, musicien et écrivain brésilien de 43 ans, Daniel Cariello a vécu à Paris de 2007 à 2012 en compagnie de son épouse française. Cinq années durant lesquelles il a écrit près de 300 chroniques, dont 48 ont été publiées dans "Chéri à Paris". Entretien.

 Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de vous ?

Daniel Cariello : Je suis né et j’ai vécu une grande partie de ma vie à Brasilia. A l’époque, je jouais dans un groupe de rock et on est venu s’installer à Rio en 2005. Cela n’a rien donné, mais c’était génial parce que j’ai toujours rêvé d’être John Lennon, et on a fait quelques concerts et albums.

Comment êtes-vous arrivé à Paris ?

En 2007, Charlotte, ma compagne, qui est française et que j’avais rencontré à Brasilia, a été obligée de retourner à Paris pour le travail et m’a proposé d’y aller avec elle. J’ai laissé tomber mon groupe et je suis allé là-bas. L’idée était d’y rester deux ans et on y a passé finalement cinq ans.

Quelle idée vous faisiez-vous de la France avant de vous y installer ?

J’avais déjà une petite idée parce que j’avais fait une tournée européenne avec mon groupe. Mais on était passé par Paris une semaine au mois d’août et la ville était vide en dehors des points touristiques. Donc j’avais une vision de touriste. Quand je suis arrivé pour m’y installer, c’était la fin de l’hiver et je n’avais jamais connu cette saison. Je ne connaissais que l’hiver de Brasilia où, quand il fait 15 degrés, les gens croient qu’une nouvelle ère glaciaire est arrivée. Ils se couvrent d’écharpe, manteau, bonnet… A Rio, ils le font par 19 degrés. Mais à Paris, il faisait 5-6 degrés et cela a vraiment été un choc.

Quelles sont les autres choses qui vous ont marqué au début ?

J’ai été surpris par le nombre de piétons, les gens aiment rester dehors, surtout au moindre rayon de soleil. A Brasilia, tout le monde a une voiture, il y a peu de monde dans la rue. J’ai aussi dû me faire au manque d’espace, les appartements sont petits à Paris. Enfin, j’ai été marqué par l’importance de la lecture, on voit des gens lire un peu partout, du métro aux quais de Seine. Les Français aiment de fait beaucoup les débats et échanges d’idées.

Que faisiez-vous à Paris ?

J’ai travaillé en freelance pour une agence de publicité, pour des revues et journaux brésiliens, dont Brazuca, un magazine sur la culture brésilienne en France. J’ai également fait un Master 2 de journalisme culturel. Mais je suis surtout allé à Paris pour apprendre une langue et vivre la vie parisienne, qui est le rêve de beaucoup de gens, même si mes débuts ont été difficiles en raison des problèmes de communication, dont je parle dans le livre.

Comment est né Chéri à Paris ?

Durant mon séjour, j’ai tenu une chronique par semaine, que je publiais sur différents supports, dont Brazuca et Le Monde Diplomatique. De ces 300 chroniques, j’en ai retenu 48 pour un livre publié en 2013, qui a été un bestseller sur Amazon Brésil. Cette nouvelle édition en français a une préface signée par l’ancien journaliste de Libération Jean-Luc Allouche, qui a été mon professeur de journalisme.

Que racontez-vous dans ces chroniques ?

La chronique est un exercice très brésilien. L’idée est de raconter un moment, même bref et c’est ce que j’ai fait avec Chéri à Paris. Le livre est divisé en quatre chapitres qui peuvent être lus dans n’importe quel ordre. Cela commence avec l’arrivée d’un étranger à Paris, l’impact initial, les problèmes de communication. Puis il se sent mieux chez lui avant d’explorer encore un peu plus les minuties parisiennes. Le dernier chapitre est sur la préparation au retour. Ce sont finalement les étapes de tout expatrié : arriver, s’adapter, découvrir plus et retourner dans son pays. Il y a des textes basés sur des faits réels et d’autres fictifs, mais mon idée était de mélanger ces deux aspects sans dire ce qui est vrai ou faux.

Qu’avez-vous pensé des Parisiens ?

Le Parisien est dur… mais cela peut se comprendre. Il y a des millions de touristes chaque année, dont beaucoup ne parlent pas français et les Français ont cette fierté de parler leur langue et de bien la parler. Alors quand ils voient des gens qui ne font même pas l’effort de parler français, ils se referment. Il faut aussi sortir des quartiers touristiques. J’ai vécu dans le quartier d’Aligre, dans le 12e arrondissement, et là il y a beaucoup d’immigrants, dans une ambiance très cosmopolite et accueillante. Je n’ai donc jamais ressenti de problème avec les Parisiens au quotidien, mais j’ai des amis brésiliens qui vivaient dans le 16e arrondissement et ont eu des expériences désagréables. Parfois, j’ai subi des réflexions, mais j’ai usé de ma répartie et j’ai réussi à me faire respecter. Ce qui ne m’est jamais arrivé à Lille ou à Marseille, qui sont des villes plus ouvertes. Paris se croit un peu trop le centre du monde, mais chaque lieu a ses spécificités et il faut apprendre à les gérer.

Quels sont vos lieux préférés à Paris ?

Le premier, c’est ma rue, la rue d’Aligre, parce qu’il y a un marché quotidien avec des produits frais, mais aussi d’excellents bars et restaurants. J’aimais aussi marcher dans Paris, notamment du côté du quartier latin, avec ses librairies où je passais des heures. D’ailleurs, c’est quelque chose que j’adore aussi en France, les libraires savent vous renseigner et vous porter de l’attention.

Et qu’est-ce que vous avez détesté à Paris ?

Le froid ! L’hiver dure trop longtemps, mais j’ai appris à l’accepter.

Quelles sont pour vous les qualités et les défauts des Français ?

La première qualité, c’est la sincérité. Elle est même choquante parfois voire vexante quand on n’y est pas habitué. Les Français disent ce qu’ils pensent et c’est important, alors qu’ici, au Brésil, on ne sait pas dire non ou des choses désagréables par exemple, on contourne. Et le principal défaut des Français, c’est le manque de patience, qui est trop courte en France par rapport au Brésil.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris chez les Français ?

Les Français ont ce côté explorateur, que je ne connaissais pas, cet amour de la découverte, cette curiosité authentique, on en rencontre partout à travers le monde. De même, j’ai été marqué par leur amour de la gastronomie et les bons produits.

Quel est votre plat français préféré justement ?

Le steak tartare, accompagné d’un gratin dauphinois et d’un peu de salade.

Etiez-vous proche de la communauté brésilienne de Paris ?

Non, pas vraiment, parce que j’étais à Paris pour être en France, pas au Brésil, je ne voulais pas manger du riz et des haricots, mais du bœuf bourguignon ! Bien entendu, j’avais des amis brésiliens, mais je cherchais surtout à m’intégrer parmi les Français et vivre cette vie française. Mais il y a une vraie communauté brésilienne sur place. Les dernières pages de Brazuca étaient dédiées aux petites annonces et il y en avait sur des églises évangéliques, des fêtes brésiliennes, des cours de capoeira ou encore des Brésiliens qui vendaient des coxinhas… Mais je fuyais tout cela.

Beaucoup de Brésiliens et d’étrangers associent la France à Paris, partagez-vous cette vision ?

Non, Paris est une carte postale de la France, comme Rio est une carte postale du Brésil. Le Christ Rédempteur, le Pain de Sucre et la plage de Copacabana sont les images qui arrivent à l’extérieur du Brésil. Ici, pour la France, on pense à la Tour Eiffel et à l’Arc de Triomphe, un peu à Versailles aussi. Mais en dehors de cela, on ne se rend pas compte de la richesse culturelle, historique et gastronomique de la France. J’ai visité quasiment tout le pays, en dehors de l’Alsace, et Lille n’a rien à voir avec Marseille par exemple, les paysages sont très différents. L’Auvergne et la Bretagne sont encore autre chose. Chaque région a sa propre histoire et ses propres traditions, sans oublier une gastronomie fantastique, toutes valent la peine d’être vues. Paris est une partie importante de la France, mais ce n’est pas la France. En vacances, c’est bien d’y rester cinq jours, mais je dis à mes amis brésiliens d’aller visiter d’autres lieux aussi. C’est un petit pays, de la taille de Bahia, mais la diversité y est impressionnante.

Votre vision de la France a-t-elle changé après cinq ans de vie à Paris ?

Oui, elle a tellement changé que j’ai passé un an à me plaindre du Brésil et de Brasilia quand je suis rentré. Paris me manquait terriblement, on y était bien, ma fille y a grandi, j’aurais pu y rester éternellement. Pourtant c’est moi qui ai insisté pour revenir parce que la situation du Brésil était bonne en 2012. On est donc revenu habiter à Brasilia durant trois années avant de s’installer à Rio de nouveau. J’ai ce côté un peu nomade de vivre dans plusieurs endroits et de profiter de ce qu’ils ont à offrir. Je pense toujours à la France pour y passer pourquoi pas deux ans parce que la situation est devenue compliquée ici et moins compliquée là-bas. Pour moi, Paris, est ma deuxième maison après Brasilia et devant Rio.

Mais quand vous viviez là-bas, le Brésil ne vous manquait pas ?

Si ! Il y a toujours des choses qui me manquent, partout où je suis. Ce qui me manquait le plus, par exemple, était de pouvoir sortir en bermuda, mais aussi la générosité, le sourire et la sympathie des Brésiliens. Ce qui manque aussi à la France, qui est un pays stable, c’est une capacité à rêver. Au Brésil, il y a ce rêve de grands projets, il y a de la place pour cela. Et c’est ainsi que je suis revenu avec l’idée de faire des choses différentes.

Quels sont vos projets justement ?

J’ai en tête une adaptation en série de Chéri à Paris, à laquelle il ne manque plus que les investisseurs. 

Voir le site de Daniel Cariello

Chéri à Paris, un Brésilien au pays du fromage, disponible en portugais et en français
Daniel Cariello
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