France - Musique

GRAND CORPS MALADE - "L’engouement des médias pour le slam est retombé"

Le petitjournalpoint.com - 27 décembre 2013
Après le beau succès de son livre Patients, Grand Corps Malade a une actualité chargée avec son dernier album Funambule à défendre sur les scènes françaises et internationales mais aussi la sortie prochaine de Jack et la mécanique du cœur, le film d’animation très attendu de Mathias Malzieu.
Né il y a 36 ans en Seine-Saint-Denis, Fabien Marsaud devient Grand Corps Malade en 2003. Le slameur prend ce nom de scène en référence à un accident survenu six ans plus tôt alors qu’il était animateur dans une colonie de vacances, un plongeon dans une piscine trop peu profonde qui lui provoque un déplacement des vertèbres. Grand Corps Malade, qui retrouvera l’usage de ses jambes mais doit toujours aujourd’hui se déplacer avec une béquille, sort son premier album Midi 20 en 2006, qui s’écoulera à plus de 700.000 exemplaires et sera récompensé par deux Victoires de la Musique. La lumière est faite sur le slam en France.Funambule est le quatrième album de l’artiste qui compte près de 400 concerts à l’étranger et dont les textes sont proposés désormais au baccalauréat de français. Son premier livre Patients a été l’une des meilleures ventes de l’année 2012.

LePetitJournal.com : Vous revenez d’une promotion au Québec et vous partez en concert en Belgique en février. En quoi est-ce important pour vous d’aller à la rencontre des autres publics francophones ?
Grand Corps Malade : Je vais aussi souvent en Suisse et je suis allé récemment à Bamako, à Kinshasa et à Dakar. C’est une chance extraordinaire. J’écris en français et ma discipline (ndlr : le slam) est vraiment basée sur la langue française. J’ai la chance que la francophonie soit large, qu’elle concerne beaucoup de pays. Cela me permet de voyager, de rencontrer beaucoup de personnes. Des fois ce sont des Français de l’étranger mais bien souvent ce sont des gens d’autres pays, d’autres cultures avec lesquels on a juste ce patrimoine (ndlr : linguistique) en commun. Si je joue en banlieue parisienne, évidemment, je vais juste jouer et rentrer chez moi. Mais plus je vais loin et plus je vais prendre de jours pour profiter de découvrir le pays, rencontrer des artistes locaux, en faire venir sur scène. Ça été le cas à Kinshasa, à Bamoko et à Dakar, c’est souvent aussi le cas au Québec.

Vous avez confié la direction musicale de votre nouvel album à Ibrahim Maalouf. Au final, Funambule est un disque très varié en terme d’ambiance comme vos précédents albums mais avec des musiques plus rythmées que d’habitude, ce qui donne des titres à mi-chemin entre le slam et la chanson...
Comme il y a beaucoup de thèmes différents dans cet album, je voulais qu’il y ait des ambiances musicales variées. Cela reste ma volonté depuis le début de ma carrière. Je n’aime pas qu’il y ait toujours la même couleur sur un album, je veux que ça bouge, que l’on passe par des atmosphères et des ambiances différentes. Mais après, c’est vrai que j’avais demandé à Ibrahim Maalouf de ne pas hésiter à faire des sons un peu plus hip-hop, un peu plus électro. Là, c’est la première fois que l’on trouve dans un de mes albums de la programmation d’ordinateur puisqu’avant tout était joué en acoustique. J’avais envie d’une rythmique un peu plus costaud, un peu plus rythmée. Et puis aussi, je ne voulais pas hésiter à aller vers plus de refrains, des refrains chantés avec des chœurs. Cet album, ça reste du slam mais avec des arrangements qui se rapprochent de la chanson.

Il y a une chanson de l’album que beaucoup de gens font ressortir, c’est le duo Te manquer. Pouvez-vous nous parler de la Camerounaise Sandra Nkaké ?
C’est Ibrahim Maalouf qui m’a mis en contact avec elle. Je ne la connaissais pas personnellement mais je connaissais sa voix. J’avais écrit ce duo et Ibrahim en a fait la musique et m’a demandé si je voulais le proposer à Sandra. Elle a accepté et c’est une grande chance pour nous parce qu’elle a cette voix incroyable et que pour un duo franco-anglais, on ne pouvait pas rêver mieux.

Le bout du tunnel est une autre chanson remarquée de l’album. Elle raconte l’histoire de Laurent Jacqua, un ancien détenu séropositif qui a passé 25 ans en détention et que vous avez rencontré pendant un concert donné en prison. Est-ce pour vous l’un des ensembles "texte-musique" les plus forts de votre carrière ?
Je trouve que cela en fait partie, au même titre que Mental qui avait un texte assez dur avec une musique très orchestrale. Le bout du tunnel parle d’une histoire vraie absolument incroyable avec une musique très grave qui fait penser à une musique de film. C’est l’un de mes morceaux les plus touchants, les plus prenants émotionnellement parlant. C’est toujours difficile pour moi de parler de mes chansons ais c’est vrai que l’on me parle beaucoup de celle-ci depuis la sortie de l’album.

Vous continuez d’animer très fréquemment des ateliers d’écriture. Ressentez-vous une responsabilité d’aider certaines personnes en difficulté en essayant de susciter une vocation ?
Je fais beaucoup d’ateliers en milieu carcéral et en milieu scolaire, de temps en temps en maison de retraite. J’aime bien aller à la rencontre de différents publics pour partager avant tout un moment humain qui passe par le slam. Quand cela marche bien pour un artiste, un sportif, un chef d’entreprise, on doit se rendre compte qu’on est du bon côté de la vie et qu’on a une certaine responsabilité, celle de s’occuper de ceux qui vont moins bien. C’est encore plus vrai je pense pour les artistes. On doit pouvoir mettre sa notoriété au service de personnes qui sont plus en galère. Mais ce n’est pas que ça, ces ateliers je les fais aussi pour moi, d’une façon égoïste. J’aime ces rencontres, j’aime rester en contact avec le terrain, avec la réalité. La vie ce n’est pas le petit microcosme artistique dans lequel tu évolues, les plateaux-télés et la tournée où tout le monde est là pour toi. Il se passe d’autres choses dans la vie et c’est bien d’aller voir ces autres choses. 

Vous avez mis en ligne sur Youtube votre album. C’est une volonté affichée de votre part que tout le monde ait accès gratuitement à votre musique ?
La première chose, c’est que je veux que tout le monde ait accès facilement à ma musique. Je ne suis pas un spécialiste du numérique mais je sais que de toute manière aujourd’hui tu sors un album et une heure après, n’importe qui peut l’écouter de façon piratée ou autre. Donc autant le mettre sur Internet de façon officielle et accessible à tous. Youtube c’est un public assez jeune et donc tant mieux si en un clic, les plus jeunes peuvent découvrir ce que je fais.

Richard Bohringer, qui est en duo sur un titre de votre album, a récemment fait dans la presse la comparaison entre le public de Province très enthousiasme et un microcosme parisien qui a la critique facile. C’est une impression que vous avez également ?
Pas du tout au niveau du public. On fait beaucoup de dates à Paris et ça marche très bien, le public est très réceptif, c’est toujours complet. Richard Bohringer parlait des critiques et notamment d’un article sur moi qui avait été vraiment dur. Il était d’ailleurs encore plus en colère que moi après l’avoir lu. Après, c’est vrai qu’il y a des publics plus chauds que d’autres, comme le public du Nord où c’est très chaleureux. Le public parisien n’a pas la réputation d’être le plus chaud car il est un peu blasé. Qu’un artiste vienne jouer à Paris, c’est normal. Mais si tu vas à jouer à Brest, à Strasbourg ou à Lille, les gens te remercient déjà juste d’être allés les voir. Et d’entrée ils te font une ovation à ton arrivée sur scène. Alors qu’à Paris, on ne va pas t’accueillir comme ça : tu dois d’abord faire ton spectacle et après on t’applaudit. 

Vous avez été le premier slameur à vous faire connaître du très grand public. Quel regard portez-vous sur l’évolution du slam ces dernières années en France ?

Quand on parle de slam aujourd’hui en France, il y a deux choses à distinguer. Il y a tout d’abord le slam qui va très bien et qui est en permanente évolution. C’est celui qui vit aujourd’hui loin des médias, loin des projecteurs, ce qui n’est pas très grave puisque ce slam-là n’a pas du tout besoin des médias. Je parle donc du slam a capella et de toutes les scènes ouvertes qui ont lieu dans plein de petits bars à Paris, en banlieue ou en Province, mais aussi puisqu’on parlait de francophonie, dans les pays du Maghreb et en Afrique francophone. J’ai rencontré par exemple des associations de slameurs tunisiens, des slameurs super actifs à Dakar, à Kinshasa, qui font des disques, des festivals, des ateliers dans les écoles. Il y a plein de professeurs de français qui ont désormais compris le grand intérêt du slam pour intéresser les jeunes à la poésie et à la littérature. 

Après quand on parle du slam un peu médiatisé, c'est à dire des slameurs qui auraient un projet grand public, là il y en a un peu moins. C’est une discipline qui est un peu compliquée parce que l’on ne passe pas souvent à la radio, on n’a pas accès aux quelques grands médias télés. Je connais des slameurs qui ont fait de très beaux albums et qui ont du mal à toucher le grand public. L’engouement des médias pour ce slam-là est un peu retombé et son avenir je ne le connais pas trop.

Dans votre livre Patients, vous parlez de votre passage dans un centre de rééducation pour handicapés, mais vous parlez surtout des autres malades et du personnel. Pourquoi était-ce plus important pour vous de rendre hommage à ces personnes-là que de parler de votre propre cas ?
Ce livre, ce n’est pas du tout une autobiographie. Evidemment, cela passe par mes yeux, par ce que j’ai vécu et la découverte d’un univers dans lequel je me suis retrouvé plongé du jour au lendemain. Mais je vois plutôt ce livre comme une aventure collective où l’on se retrouve tous un peu dans la même galère. C’est d’ailleurs pour ça que le titre porte un "s" à la fin. C’est une manière de rendre hommage à ces gens-là qui ont un courage hors normes parce qu’au quotidien il faut plus de force à une personne handicapée pour survivre et accepter son état. C’est aussi un hommage au personnel soignant, mais surtout, c’était l’occasion de raconter cette période avec plein de vie et plein d’humour. Car même si ça peut paraître contradictoire, on a vraiment bien rigolé. C’était l’une des périodes les plus dures de ma vie mais il y avait quand même cet instinct de survie qui restait. J’avais 20 ans à l’époque et on était pas mal de cet âge-là, donc la déconne revenait vie, on se chambrait entre nous, et la vie reprenait ses droits malgré les difficultés. 

Pouvez-vous nous parler un peu de Jack et la mécanique du cœur, film d’animation dont la sortie est prévue en février 2014 et pour lequel vous doublez l’un des personnages principaux ?
C’est un film d’animation réalisé par Mathias Malzieu (ndlr : leader du groupe Dionysos), un peu dans l’esprit Tim Burton avec une ambiance féérique et extraordinaire au sens premier du terme. Je n’ai pas encore regardé le film en entier mais j’ai vu quelques extraits et les images sont vraiment très belles. Ce n’est pas de la "3D moderne" comme on voit un peu partout en ce moment, c’est un dessin très particulier qui est très agréable. L’histoire est belle, on y retrouve toute la créativité de Mathias Malzieu. A la base, c’était un livre, puis il en a fait un disque avec des chansons interprétées par lui, Olivia Ruiz, Alain Bashung, Jean Rochefort, Arthur H, Emily Loizeau et j’en oublie. Là, c’est un dessin animé avec une très belle bande originale. Je pense que cela va être chouette. 

Après l’écriture de votre livre, une participation à une pièce de théâtre d'Édouard Baer et des expériences de doublage, pensez-vous désormais à décrocher un rôle dans un film au cinéma ?
Oui, pourquoi pas. En fait, on m’a déjà proposé des films dont je n’étais pas super fan, ni de l’histoire ni du scénario. Mais je ne suis pas du tout fermé à ça. Il faudra évidemment que l’on me mette en confiance et que l’on m’encadre bien puisque je ne suis pas acteur. Je suis conscient de mes limites mais dans ma folle jeunesse, j’ai fait un peu de théâtre et un ou deux courts-métrages avec des potes. Je pense que c’est jouable si j’ai un bon feeling avec le réalisateur et que le projet est intéressant. 

Est-ce qu’on peut espérer vous voir faire quelques dates à l’international ?
Je serai au Québec cet été, pour les FrancoFolies de Montréal et le Festival d'été de Québec, puis il y aura aussi une tournée en octobre où l’on repassera par Montréal, Québec et plein de petites dates en régions. On ira à Trois-Rivières, Sherbrooke, etc. Il devrait y avoir des dates en mars au Maroc, à Casablanca et Fès. Je joue en Belgique le 1er février au Cirque Royal de Bruxelles, le Paléo Festival à Nyon en Suisse en juillet et on espère jouer en Côte d’Ivoire dès le mois de février. 
Paul Garibaldi (www.lepetitjournal.com) vendredi 27 décembre 2013

Grand Corps Malade - Funambule 
Album en ventes sur iTunes et bien d’autres 
Dates de concert disponibles sur www.grandcorpsmalade.com
Te manquer – Grand Corps Malade et Sandra Nkaké
Jack et la Mécanique du Coeur




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