- Musique

La Flûte enchantée à l’Opéra National de Paris : une œuvre en clair obscur....

Jean-Christophe Mary - 22 septembre 2022
L’ultime opéra de Wolfgang Amadeus Mozart fait son grand retour à l’Opéra Bastille dans la mise scène de Robert Carsen.

Dans La Flûte enchantée, se rencontrent le prince d’un pays lointain à la recherche d’une princesse emprisonnée, un serpent géant, un oiseleur fanfaron, une Reine de la Nuit et un Grand Prêtre imposant d’étranges rites de passage. Comment appréhender le dernier opéra de Mozart, créé à Vienne en 1791, deux mois avant sa mort ? Comme un merveilleux conte pour enfants, comme le reflet de l’appartenance de Mozart et de son librettiste Schikaneder à la franc‑maçonnerie, ou comme la plus ardente méditation sur l’existence humaine ? Le metteur en scène Robert Carsen tente de dépasser le manichéisme du livret – l’opposition entre le Bien, représenté par Sarastro, et le Mal, représenté par la Reine de la Nuit – en considérant que chacun d’entre eux guide les jeunes Tamino et Pamina sur le chemin de la sagesse. Une lecture optimiste qui n’évacue pas l’idée de la mort, décrite par Mozart dans une lettre à son père comme « notre meilleure amie.

Comme le souligne Robert Carsen, La flûte enchantée a la particularité de se prêter à plusieurs niveaux de lecture selon l’âge et la maturité du spectateur. On peut le voir comme un opéra féérique, un merveilleux conte pour enfants ou comme la plus profonde méditation sur la vie et la mort. Elle est une de ses œuvres que l’on peut revisiter à différents stades de sa vie en y trouvant toujours un sens différent, une sagesse nouvelle.

C’est Mozart qui a la volonté de transformer cet opéra en une véritable pièce maçonnique. À la fin du XVIIIe siècle, Vienne est une des capitales de la maçonnerie et d’autres mouvements gnostiques comme les Rose-Croix, où affluent les proscrits que l’Eglise persécute notamment ceux de Florence. La ville compte 7 loges qui rassemblent nombre d’esprits éclairés dont certains sont ouverts aux idées de la révolution française. Les adeptes des courants gnostiques ont d’ailleurs la sympathie de Mirabeau, Condorcet, Camille Desmoulins, aussi bien que celle de Goethe et de Voltaire.

Mozart ne prenait pas la philosophie des maçons à la légère et on peut entendre aisément dans la flûte enchantée le message de leurs enseignements : le prince Tamino vivant dans les ténèbres ordinaires, attaqué par le serpent des instincts, n’est pas la proie d’un banal effroi ; il s’évanouit hors du monde des illusions pour s’éveiller dans celui de la connaissance. En compagnie de Papageno, il devra vaincre les pièges que lui tendent ceux qui s’opposent à son élévation spirituelle : une flûte magique lui est confiée tendis que Papageno reçoit les clochettes glockenspiel, deux armes complémentaires qui permettront à Tamino avec le soutien du mage Sarastro de franchir les divers étapes de son initiation à la vérité et de s’unir à Pamina, fille de la Reine de la nuit convoitée par Monostatos. On ne s’étendra pas ici sur les péripéties complexes de son parcours initiatique dans le deuxième acte où les symboles ésotériques francs-maçons se déploient abondamment et donnent les clés logiques d’une histoire où le Bien l’emporte sur le Mal. Les initiés à la franc-maçonnerie ont pu relever de nombreux symboles ésotériques notamment l’omniprésence du chiffre 3 et l’opposition entre le jour (Sarastro) et la Nuit (La reine de la Nuit).

Côté distribution, les solistes jouent à plein sur la palette des émotions, passent des vives couleurs de la comédie bouffe aux tensions douloureuses de l’amour en quête vérité. Le ténor Mauro Peter (en alternance avec Pavel Petrov) donne force et noblesse au personnage de Tamino. Pretty Yende que l’on avait découvert sur la scène de l’Opéra Bastille en 2016 dans Le Barbier de Séville confirme sa maitrise de jeu. Son « Ach ich fühls », porté par un timbre lumineux est remarquable. En Reine de la Nuit, la soprano Caroline Wettergreen ( en alternance avec Olga Pudova) fait ses premiers pas très remarqués à l’Opéra de Paris. Sa voix bien placée est sensible, émouvante et possède un timbre séduisant, qui donne chair aux aigus et vocalises sans démonstrations inutiles. Dans le rôle de Papageno, mention spéciale pour le baryton Huw Montague Rendall qui occupe l’espace, utilise à plein son potentiel, et vocal, et physique. Il trouve le geste juste, la posture adéquate, l’emplacement parfait. Truculent et espiègle dans ses vêtements de routard-randonneur, il nous fait passer du rire aux larmes. Sa voix puissante et chaude, ses mimiques et son jeu intense captent l’attention. La voix basse de René Pape incarne superbement l’âme sombre de Sarastro, très impressionnant dans le jeu. Même si son rôle de Papagena est scéniquement moins marquant, la soprano Tamara Bounazou lauréate de nombreux concours, offre ici une prestation de belle tenue notamment dans le duo Papageno, Papagena, où elle forme avec Huw Montague Rendall un joyeux et délirant tandem. Si on ajoute à cela le décors ingénieux de Michael Levine, les somptueux costumes de Petra Reinhardt, les images vidéo de Martin Eidenberger et une direction d’orchestre confiée à Antonello Manacorda, ces 15 nouvelles représentations raisonnent déjà aux airs de triomphe.

Jean-Christophe Mary pour www.micmag.net
La Flûte enchantée
Wolfgang Amadeus Mozart
Opéra Bastille - du 17 septembre au 19 novembre 2022
7 av Mozart Paris 16e
3h05 avec 1 entracte
Langue : Allemand
Surtitrage : Français / Anglais

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