France - Enquête

Festivals annulés en France - À qui le tour ?

Marie Torres - 2 avril 2015
Près de 150 festivals, structures ou associations culturelles ont été annulés cette année ou rayés de la carte. État des lieux par Emeline Jersol, médiatrice culturelle du Nord et Jean-Paul Roland, directeur du festival des Eurockéennes de Belfort.
Cartocrise d'Emeline Jersol

Festival d’Amiens Musiques de Jazz et d'ailleurs, Festival de Reggae de Lanton, Biennale d’art contemporain de Bourges, Festival du film canadien de Dieppe, Musicales du Puy en Velay… La liste ne cesse de s’allonger. Emeline Jersol, médiatrice culturelle du Nord, tient un registre des festivals, structures et associations supprimés ou annulés à travers une carte interactive qu’elle a appelée Cartocrise – culture française tu te meurs.

« Il y a une semaine, je comptabilisais 140 points (chaque point correspond à une structure fermée ou à un festival annulé). Je pense que, malheureusement, je vais devoir en rajouter deux ou trois d’ici peu. Je tiens à préciser que ma carte ne s'arrête pas aux suppressions ou annulations de festivals mais concerne aussi la disparition de structures ou d'associations culturelles fortement présentes dans les localités ou régions. » Emeline Jersol constate que les domaines les plus touchés sont la musique, les arts de la rue, les structures et les festivals pluridisciplinaires.


Des coupes budgétaires de gauche comme de droite 


Ces suppressions et ces annulations découlent des baisses budgétaires pratiquées par les villes et les conseils généraux et régionaux, principaux soutiens financiers de ces événements ou structures. « De gauche comme de droite », remarque Emeline Jersol. « Si la culture semble l'un des domaines qui fait les frais des  coupes budgétaires, nos amis du social et de l'éducation ne sont pas non plus en très bonne posture. »

Et l'État dans tout ça ? Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, a signé le 29 janvier 2015, un premier "pacte culturel" avec la collectivité territoriale de Clermont-Ferrand pour stabiliser le budget de ce secteur sur les trois prochaines années. Une quinzaine de pactes culturels sont prévus. Pour l'instant, les 2 % d'aides directes fournies aux festivals par le ministère ne semblent pas suffisants et même les plus « gros » événements semblent en danger.

C'est ce que nous confirme Jean-Paul Roland. Le directeur du festival des Eurockéennes de Belfort où plus de 100 000 personnes sont attendues les 3, 4 et 5 juillet prochain, redoute les conséquences des baisses de subventions sur la vitalité de son festival.


Inquiétudes du directeur des Eurockéennes : « Le festival n'est pas juste une fiesta de trois jours »


Micmag : Êtes-vous touché par les coupes budgétaires ?

Jean-Paul Roland : Oui et non. Oui, on est touchés parce que depuis quelques années, les subventions ont régulièrement baissé. L'une a même pratiquement disparu en passant de 100 000 euros à 8 000 euros. Si vous me passez un coup de fil dans quelques mois, je continuerai à vous dire « oui » car on nous annonce encore des baisses.

Non, parce que, jusqu’à maintenant, on est arrivés à compenser cette baisse par le mécénat ou par les aides qu’on a pu avoir de l’État sur des projets dits sociétaux, qui portent, par exemple, sur l’accessibilité des personnes en situation de handicap…

Micmag : Craignez-vous pour l’avenir du festival ?

J-P.R. : Nous craignons surtout une baisse des subventions de la part de la collectivité qui nous a permis d'exister, c’est-à-dire le conseil général du Territoire de Belfort.

Micmag : Les Eurockéennes attirent chaque année un important public; pour 2015, vous attendez 100 000 personnes. Pourquoi vouloir vous pénaliser ?

J-P.R. : Si baisse il y a, ce ne sera pas par aveu de désamour, mais parce que nous serons considérés comme une « variable d’ajustement ».

Micmag : Qu'entendez-vous par variable d'ajustement ?

J-P.R. : Les baisses de subventions de l’État aux collectivités locales pourraient être répercutées sur nous. C'est d’autant plus difficile à accepter que nous avons une implication économique et sociale, voire identitaire, de plus en plus en forte dans le territoire. Les Eurockéennes ne sont pas simplement une fiesta de trois jours.

Micmag : Cette baisse de subventions ne toucherait pas que le festival ?

J-P.R. : Exactement. Nous sommes un peu un écosystème. Le festival ne se fait pas tout seul. Nous travaillons avec d’autres acteurs : le théâtre, le festival de cinéma,  les salles de quartier… Cet écosystème est malgré tout assez fragile et en tant que « gros » de la bande, nous en sommes le porte-parole.

Micmag : Actuellement, quelles sont les retombées économiques des subventions sur le festival ?

J-P.R. : Un euro de subvention, c’est douze euros de retombées économiques, déduction faite des factures directes réglées par le festival, qui sont générées par les dépenses des festivaliers. Exception faite, bien entendu, des locaux, qui, tout bien considéré, continuent à acheter leur baguette de pain dans le coin !

Micmag : Ces baisses de subventions touchent aussi indirectement les intermittents du spectacle ?

J-P.R. : Bien sûr, les intermittents mais aussi toutes les entreprises alentour. Je le répète : un festival, c’est un écosystème autour d’une ville éphémère. Les prises de parole sur les subventions, c’est vraiment la défense d’un écosystème plutôt que simplement celui des Eurockéennes qui pleurnicheraient dans leur coin parce qu’il leur manquerait un peu d’argent !

http://www.eurockeennes.fr/

La cartocrise interactive d'Emeline Jersol



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