Mindelo (Cap Vert) - Reportage

Histoire d’un succès planétaire-Comment José Da Silva employé SNCF mit sur orbite Cesaria Evora ?

Interview Hélios Molina - 
Le producteur José Da Silva a un jour par hasard vu sa vie changer de sens. La rencontre avec une voix et une dame a bouleversé son quotidien. Il vit à présent en Côte d’Ivoire où il dirige Sony Music Afrique de l’ouest.

Micmag : Tu as donc un jour par hasard découvert Cesaria ?

José Da Silva : Oui, c’était en 1987 je l’ai vu par hasard dans un restaurant du chanteur Bana à Lisbonne. J’étais très ému par la voix. J’ai vu que c’était une dame qui venait du Cap Vert, qui n’avait personne pour l’aider et je me suis improvisé producteur. J’ai décidé de l’aider à venir en France pour faire des spectacles avec elle.

M : Avant cette rencontre était-elle comme on le dit décadente ?

J.D.S. : Cela dépend comme on entend décadence. Elle trainait dans les bars, buvait beaucoup et était appréciée dans son pays. Mais personne n’a jamais rien fait pour elle. En 1975 quand est arrivé l’indépendance (du Cap Vert) le parti unique a pris le pouvoir (marxistes) et Cesaria n’a pas aimé la façon dont elle était traitée. Ils voulaient en faire une chanteuse qui représenterait le pays. Mais on ne la payait pas. Elle s’est donc bloquée. Elle a refusé de chanter, elle s’est enfermée chez elle. Mi dépressive elle ne voulait pas chanter pour ces gens-là. De 1975 à 1985 elle n’a pas chanté.

M : Toi, José tu étais auparavant dans la musique, producteur ?
J.D.S. : Ah non ! Je l’invite à Paris fin novembre 87. Ah ce temps là j’étais aiguilleur à la SNCF. Au début je voulais simplement l’aider. J’étais un immigré et je connaissais les associations capverdiennes.

"Je mets un an à décrocher un rendez-vous avec un distributeur"

M : Quand as tu senti ce fameux déclic ?

J.D.S. J’a découvert que la communauté capverdienne l’aimait bien. Très vite on a rempli des salles. J’ai commencé à dire qu’il fallait en faire plus. En Hollande, en Belgique, en Suisse au Portugal même aux USA dans la communauté. Et à chaque pas en avant, je me disais qu’il fallait faire un disque. En 89 premier album qui avait pour titre « La diva aux pieds nus » fait pour être vendu au sein de la communauté. Je ne connais rien encore au circuit international. En 90 je me dis qu’il fallait faire distribuer les disques. Je mets un an à réussir à avoir un rendez-vous chez Melody music productions. En 91 un responsable me décroche le festival d’Angoulême. C’est là que le déclic se fait. Je fais un test sur uniquement une partie du concert en acoustique en 2e partie. Je suis au milieu du public et par hasard j’entends les commentaires de journalistes qui étaient à côté. Je vois que dans la phase acoustique il y a un intérêt énorme. Tout le monde est ému par la voix. Là je comprends qu’il faut faire un album totalement traditionnel. Le surlendemain en rentrant à Paris on se lance dans l’album « Mar Azul ». C’est l’album le plus spontané de Cesaria parce que je lui demande de faire une nuit capverdienne, ce qu’elle chante dans les bars. On enregistre comme si on est dans un bar à Mindelo. L’album est fait en 3 jours. J’amène ça chez Melody et leur réponse est claire :-ah oui c’est un album intéressant. Ils font des copies, des envois aux journalistes. Et c’est là où ça décolle ! On vent 50 000 exemplaires de Mar azul en France.  Miss perfumado ensuite (1992) se vend à 600 000 exemplaires en France en 1 an. En 93 on signe chez BMG et on s’ouvre à l’international. Et on vend aux USA 800 000 disques.


M : Comment Cesaria vit en fin de parcours sa vie, après tous ces succès ?  Dans l’opulence, la simplicité ?

J.D.S. Toujours vécu dans la simplicité. Elle avait plus de moyens et a construit une maison. Une grosse maison de 11 chambres. 700m2. Son argent lui a servi à aider les gens. Il n’y a que cette maison où elle a investit. Chez Cesaria comme chez un médecin il y avait une salle d’attente pleine de monde tous les jours. Elle passait sa journée à distribuer de l’argent.

Propos recueilli par Hélios Molina pour www.micmag.net



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