Tunisie - 

Les islamistes du printemps tunisien ou les émirs déguisés en démocrates

Ferid Rahali (Tunis) - 15 novembre 2013
Micmag entretient des liens étroits avec la jeune révolution et les artistes tunisiens que nous avons rencontrés au cours de reportages. Voici le témoignage d'un jeune journaliste déçu para la récupération et la tournure des évènements.

A deux ans des élections de l’Assemblée Constituante, la révolution tunisienne semble payer les  insurgés  en monnaie de singe. Sous le poids de la dictature, des poursuites et du blocus politique qui en découle, les souches idéologiques des « mécontents » avaient en apparence l’intention de  céder la place à la prédisposition de chacun des partis prenants. La pression fut mise sur un général qui a brutalement renversé le pouvoir de Bourguiba lors du putsch blanc du 07 novembre 1987. Depuis, l’opposition cumule les échecs bien que les tentatives furent nombreuses. L’Alliance du 18 octobre issue de la grève de la faim des leaders politiques lors du sommet mondial de l’information en 2005,  fut la plus marquante.

Toutefois, un quart de siècle fut insuffisant à l’opposition  tunisienne pour serrer les rangs et unifier les efforts en vue d’honorer le mot d’ordre citoyen y compris dans la phase post révolutionnaire. La route est barrée devant l’actuelle tractation nationale boiteuse pour un gouvernement de salut public. Les déclarations des participants sont  prometteuses certes. Laïcs et islamistes finissent sur un désaccord. L'enfer est pavé de bonnes intentions et les esprits humanistes se sont trouvés face à un ennemi redoutable qui fait appel au défunt pour étouffer l’émergent.

Une culture  moyenâgeuse risque de mettre en péril  les aspirations d’un peuple  à la recherche de dignité, de liberté, et d’emploi.

Le secrétaire général  de la Nahda Hamadi Jibali disait un jour que son parti « croyait à la démocratie depuis la fondation ». A en croire le « frère » tenu responsable des attentats de Bab Souika, de Sousse et de Monastir au début des années quatre-vingt-dix, le mouvement a relu la considération du coran comme source principale de législation du pays. Propos longtemps  mis en doute autant que le discours contredit en permanence la pratique de cette organisation. Les islamistes tunisiens ne sont pas différents de leurs confrères partout dans le monde. Chez eux, les fidèles sont confrontés à combattre les impies du monde entier. Les  islamistes tunisiens sont loin d’entamer une révision de  leur plateforme idéologique fondatrice. Il s’agit d’une simple malice politique.


Certains d’entre eux feignent d’adopter le modèle démocratique et ses dérivés comme Al Nahda,  le parti islamiste au pouvoir. Il est effectivement question de pure hypocrisie politique et idéologique, une manière de détournement et d’acquisition illégale du pouvoir. Cela prend racine dans les œuvres classiques des islamistes d 'Hassan El banna, le père fondateur du mouvement des Frères Musulmans, « Al Taqiya ». Il s’agit d’une pratique  qui consiste à dénier ou à cacher ses stratégies sous les coups de l’ennemi laïc, afin d'éviter la  dissolution prématurée des objectifs prescrits par le parti. Bref, une tactique malicieuse jusqu’à ce que l’Etat soit guidé par la loi divine. Cette manœuvre vise le « Tamkine  de Dine Allah », plus précisément le moment de s’accaparer de l’Etat et ses institutions. Avec leur haut degré de vigilance organisationnelle, il est très difficile de  repérer cette réalité dans les déclarations officielles. C’est à travers la célèbre vidéo fuitée du Chikh Rached Gannouchi que les tunisiens ont commencé à  se rendre compte de la complicité entre la Nahda et les salafistes. Les déclarations officielles sont de la manipulation pure et dure. Selon le président du mouvement « Al Nahda » les intégristes « lui rappellent sa jeunesse ». Les liens entre son parti et les attentats terroristes sont désormais dévoilés par tout le monde, notamment après la découverte d’une police parallèle intégrée dans les services sécuritaires de son gouvernement. Et pourtant, il disait noir sur blanc à un barbu salafiste : «- la police et l’armée sont hors garantie. Il faut apprendre de la leçon algérienne, mon frère… » .

Les démocrates occidentaux et leurs homologues en Tunisie sont tenus responsables de l’aliénation de la « Oumma » (la nation). Les frères confrontent toujours la civilisation arabo musulmane à l’occident, le fidèle et le profanateur. D’autres affichent solennellement une nostalgie aux origines en vue de restituer la quintessence du texte sacré et de meubler Dar al-Islam comme le cas de « Ansar Alchariaa » en Tunisie, les talibans en Afghanistan ou encore « Boko Haram » au Nigéria récemment classée organisation terroriste.

En fin d’analyse, l’adéquate réponse pour déraciner les irréligieux ennemis  de la culture arabo musulmane est la décapitation, la fornication, la lapidation  et la flagellation. Entre Islamiste, la divergence ne touche pas le fond, ce n’est qu’une simple différence d’acheminement contre les laïcs locaux et l’occident. Les progressistes tunisiens  et leurs confrères occidentaux défenseurs d’un espace méditerranéen ont intérêt à intensifier la collaboration pour la coexistence entre les peuples de la région dans les respects des droits universels. Les islamistes en Tunisie comme tous leurs confrères depuis un siècle n’ont jamais cessé de semer la culture de l’animosité et l’intolérance.

Ferid Rahali (Tunisie)

Qui est l'auteur ? "Je suis un journaliste indépendant ayant travaillé principalement pour le site militant nawaat.org (enquête et investigation) en Tunisie et sur les questions liées à l'actualité au Maghreb."



  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • linkedin
  • Mixx
  • MySpace
  • netvibes
  • Twitter
 

ÉVÉNEMENTS

VINTAGE & COLLECTIONS

Vous voulez tout connaître sur la Saint Valentin ? Son origine, ses rites, ses pratiques ? La rédaction de micmag.net vous a concocté un bon petit dossier… Lire la suite, ici.



SORTIR À PARIS

Qui n’a jamais rêvé de découvrir les secrets de l’espionnage ? Les clichés et les fantasmes sur le monde du renseignement sont nombreux, mais quelles sont leurs limites  ? "Espion", l'exposition de la Cité des sciences et de l'industrie vous offre une intrigue unique imaginée à partir d’une documentation sur l’espionnage qui en dévoile l’envers du décor… La suite ici.

BRÈVES

Bowie donne son nom à une rue

Le 10 janvier, le maire du XIIIe arrondissement de Paris a confirmé qu'une rue prendrait le nom de David Bowie dans le quartier de la gare d'Austerlitz. Un vote est prévu en février.

 
Marbella, le paradis et l'enfer des narcos
Marbella,  refuge de milliardaires en Espagne, 6 assassinats en pleine rue en trois mois. Le dernier, un français de 60 ans. Guerre de clans de narcos ? La police est muette.
 
Le sous marin des narcos
Sur les côtes de Galice (Espagne), la police a repéré un sous marin chargé de 3000 kg de cocaïne pure estimé à plus de 100 millions d'euros. 2 personnes arrêtées et une autre en fuite. Une première en Europe. 
 
Mortel selfie
Selon une étude du All India Institute of Medical Sciences de 2018, les accidents de selfies ont fait 259 morts dans le monde entre octobre 2011 et novembre 2017.
 
"Bowie m'a montré son gros sexe pour me remercier d'une ligne de coke"
C'est ainsi que s'exprime dans son livre  Face it, la chanteuse Debbie Harry (74 ans aujourd'hui) du groupe Blondie. Elle termine par :"le sexe de David était je dois bien l'avouer impressionnant."

TRAVEL WITH : 1 month 1 picture

Au coeur de la France rurale- Bistro picard - 2016 - ©HM

Send your picture to be published at  : contact@micmag.net