Venice, Italie - Voyages

Orient-Express : dans la vapeur du roi des trains

Hélios Molina - 27 Janvier 2012
Ce train mythique que l’on a surnommé "le roi des trains et le train des rois", a terminé sa carrière en 1977, victime de la concurrence aérienne. Symbole de luxe, de plaisir et de découverte, l’Orient-Express méritait une seconde vie. Notre récit entre Paris et Venise.

Neuf heures moins le quart, Gare de l’Est à Paris. Le chef de gare siffle le départ du VSOE, plus poétiquement appelé Venise Simplon-Orient-Express. Le VSOE fait partie de la grande famille de trains qui a pour nom l’Orient-Express, puisque sont nombreux les pays qui voulaient un train de luxe de ce type. Le garçon en uniforme de style pré-1914 monte à bord et fait claquer la portière datant de 1929. A l’intérieur, les couples, installés dans les cabines, ont des visages radieux. L’aventure d’un des mythes du grand voyage commence.

Précisons tout d’abord que les voitures du VSOE, comme beaucoup de trains d’époque, ont été entièrement démontées, pièce par pièce, restaurées ou reconstituées pour s’adapter à une vitesse supérieure. Il y a donc de nombreuses restaurations dans le vernis, les marqueteries et boiseries diverses, des réalisations de répliques dans les tissus, la vaisselle, les sièges. Dans ma cabine, détails délicats et éclairages tamisés créent une ambiance raffinée. Elle est bien équipée d’un lit-banquette et d’accessoires de première nécessité, mais aussi de porte-bagages magnifiquement ouvragés de boiseries laquées, d’un coin lavabo avec eau chaude. L’ensemble des cabines est chauffé par une chaudière à charbon.

Couverts en argent et verres en cristal

Pour dîner, tenue de soirée obligatoire : les dames sont d’ailleurs priées de porter de préférence une robe des années 1900. Il est conseillé de se présenter à la voiture-bar pour établir un contact avec les autres voyageurs. Elle conserve un style Art-nouveau et le pianiste y joue quelques airs biens connus.

L’assistance, très nombreuse, est essentiellement composée de couples, Anglais, Américains, Français. Quelques rares Japonais et Italiens font partie du voyage. Dans cette ambiance feutrée, un maître d’hôtel vous prie de passer dans l’une des trois voitures-restaurant (le mot wagon étant exclu du vocabulaire du VSOE, nous fait-on comprendre) pour le dîner. Je suis assis dans un fauteuil de la voiture 4110, face à une table dressée, juponnée de blanc et parée d’une vaisselle luxueuse (verres et couverts sont des rééditions).

La voiture-restaurant d’à côté est l’œuvre d’André Lalique en 1929. Des figurines et raisins en verre moulé-pressé sur fond argent ornent les boiseries en acajou de Cuba : ces panneaux de verre authentique représentent des femmes nues sur fond de pampres, ainsi qu’un jeune homme jouant de la flûte. Le célèbre verrier français a aussi décoré les voitures d’autres Orient-Express sur des boiseries de platane, "des bouquets de fleurs" incrustés sur fond d’argent comme des motifs de marqueterie.

Ecrivains et cinéastes du fameux voyage

Ils sont très nombreux à avoir succombé à la tentation de raconter le voyage. Dès l’inauguration, en 1883, où il y avait deux journalistes, un du Times et l’autre du Figaro, le récit fut relaté à la une de leur quotidien. Dans ce premier voyage, il y avait aussi Edmond About qui écrivit le livre  "De pontoise à Stamboul". Albert Flaubert écrira "Train de luxe avant 1914". Suivront "La nuit turque" de Paul Morand, "Sur le Nord Express" de Joseph Kessel, le célébrissime "Crime de l’Orient-Express" d’Agatha Christie, basé sur un fait réel, "The Stambul Train" de Graham Greene. Après 1945, il y aura le roman "Bons baisers de Russie" de Ian Fleming, qui inspira le deuxième James Bond tourné sur le Simplon-Orient-Express. Sachez enfin que le film de Hitchock "Une femme disparaît" (1938) reconstitue le décor du train et qu’une partie de celui de Jacques Deray, "Avec la peau des autres", se déroule autour de ce train. Il ne faudrait pas oublier un classique "Le Crime de l’Orient-Express" de Sydney Lumet (1974) dans un train, lui aussi reconstitué.

De quel Orient-Express s’agit-il ? Lequel prendre ?

Rappelons que l’Orient-Express, le nom d’origine, a donné naissance à toute une famille de trains de luxe. Tout d’abord, l’historique Orient-Express par la vallée du Danube, Vienne, Budapest. Ensuite, en 1919, naît le Simplon Orient-Express, qui part aussi de la Gare de l’Est, qui est une voie du Sud entre la Suisse et l’Italie. En 1924, apparaît l’Arlberg-Orient-Express, qui part aussi de la Gare de l’Est passant par Bâle, Zürich, Innsbruck, etc. Nombre d’entre eux ont disparu, mais nous vous indiquons ceux qui roulent encore.

Tout d’abord, l’Orient-Express traditionnel, qui part tous les soirs de la Gare de l’Est jusqu’à Bucarest, sur le trajet historique de 1883 avec wagons-lits ordinaires et un wagon-restaurant. C’est le tout premier et aussi le seul sans charme particulier et à prix modique qui peut s’appeler Orient-Express.

Ensuite, le Venise Simplon-Orient-Express, dont nous avons relaté le voyage, qui part trois fois par semaine, entre le printemps et l’automne, de Londres via Paris, Innsbruck, direction Venise. Ce train privé, tiré par des locomotives des chemins de fer publics, appartient à l’Américain M. James B. Sherwood.

Puis le Pullman Orient-Express, dépositaire du nom Wagons-lits, qui appartient à la Compagnie internationale des Wagons-Lits et du Tourisme (CIWLT) et au groupe Accor. Ce train est classé patrimoine national par le ministère de la Culture. Si vous désirez fêter chichement votre anniversaire, il vous est possible de louer six authentiques voitures de ce palace roulant et de choisir la destination. Sachez qu’il va falloir discuter âprement  du prix avec ce service, basé dans le 11ème arrondissement de Paris.

Il y a enfin le train d’Albert Glatt, l’initiateur de la remise sur rail de ces trains légendaires. Il circule sur la ligne du Transsibérien et porte d’ailleurs ce même nom. Ses wagons sont anciens et l’intérieur a également été refait.




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