21-12-2011 17:18:20

Cinoche / livre / disque : les coups de coeur de l'hiver 2011-2012

La chanteuse brésilienne Gal Costa et son CD "Recanto". Côté livre, un voyage dans l’univers de Stéphane Héaume ne se refuse jamais avec un titre emblématique "L'Idole noire". Côté ciné, une petite perle bien représentative d’une nouvelle génération : "Donoma", un film imprévu qui a coûté la modique somme de 150 euros.

par Stéphane de Langenhagen, Marie Torrès et Iris Sergent


En premier lieu : music please ! Le choc a lieu au programme de Jô (Jô Soares, 40 ans de Rede Globo) de ce début décembre : les invités, pelotonnés les uns contre les autres, entonnent avec réticence le morceau phare de cet album venu d’une autre galaxie. Les premiers accords un peu tordus de la guitare de Caetano Veloso, puis la voix magique, hypnotique, de Gal, oui Gal Costa, laissent le célèbre présentateur comme assommé. La version discographique est encore plus inattendue et audacieuse, bidouillée par des consoles de style Atari ou Commodore 64. C’est l’illustration sonore que Caetano, le compositeur et maître d’œuvre de Recanto (recoin), a délibérément choisie, sa suite logique du Zii e Zie tour, entouré de ses fils, Moreno et Zeca, de Kassin, de Daniel Jobim, de Rabotnik et Duplex, deux groupes cariocas proches d’ArtoLindsay. De l’électro énigmatique pour faire ressortir la profonde tristesse de la chanteuse, une batterie et une guitare minimalistes, quelques notes de piano ou de rabeca, de la funk carioca, un ovni poétique de très haut vol sur le thème de la mélancolie, cher aux Nordestins. Partie rejoindre Caetano dans les hautes sphères, Gal Costa expose sa beauté intérieure, parfois ombrageuse, à la fois mutine et en douleur, mais tellement envoutante, et nous entraîne avec lui dans les recoins insoupçonnés de la MPB. Jamais ces recoins obscurs n’auront été aussi bien illuminés.


Livre : Bienvenue au palais de Minori… avec Stéphane Héaume,

Un voyage dans l’univers de Stéphane Héaume ne se refuse jamais. Même s’il est court. C’est pourquoi, on n’hésite pas à le suivre dans l’étrange palais de Minori, lieu où se déroule sa nouvelle "L’Idole noire". Et on ne le regrette pas.

La dernière publication de Stéphane Héaume, "L’Idole noire", est une histoire courte. Une nouvelle de 40 pages. Une petite douceur offerte à ses lecteurs pour les faire patienter entre son dernier roman "La Nuit de Fort-Haggar"(2009) et le prochain, "Sheridan Square", qui paraîtra en février 2012. Peu importe. Son talent ne se mesure pas au nombre de pages. Car ce jeune monsieur, il n’a que 40 ans, a du talent. Au sens que l’on donne à ce mot lorsqu’il s’adresse à un Marcel Proust, un Jules Barbey d’Aurevilly ou encore un Oscar Wilde. Sa prose est délicate et riche. Elle échappe au vice moderne de ne présenter - très souvent - que des faits ennuyeux. Des faits divers. La réalité quotidienne. Et par là d’ailleurs, Stéphane Héaume rejoint l’auteur du "Portait de Dorian Gray" qui disait "à la littérature, nous demandons distinction, charme, beauté et imagination".

Mais revenons à "l’Idole noire". L’histoire se déroule à l’intérieur du palais de Minori. C’est dans cet univers étrange que le narrateur, Hugo, est né et où il doit passer ses 18 premières années.

"Je n’ai pas connu d’autres terres, pas d’autres regards que ceux que portaient sur moi le Maître, sa gouvernante – ma mère – et son secrétaire particulier, le trop onctueux Joseph Mundorf".

L’intrigue, elle, tourne autour d’une gravure exécutée par le peintre tchèque Frantisek Kupka, "L’Idole noire".

Alors, qui est l’énigmatique Maitre ? Quel lien unit les personnages ? Pourquoi, chaque jour, des visiteurs viennent-ils frapper à la porte du palais ? Que cache, ou du moins où se cache "l’Idole noire" ? Lentement, Hugo lève les voiles du mystère.

"Jusqu’à cet hiver-là, jamais ne m’avait traversé l’idée que le principe de toute gravure portait en soi les signes du meurtre. Pointe du graveur ou dague du criminel, le résultat est le même : on soustrait. On supprime. Derrière le burin, le surin. Sous l’acide, le sang. Le grain de peau se mêle au grain de la résine. Dans les deux cas, le même mot d’ordre : supprimer. Le rapprochement est devenu évident le jour de ma dix-huitième année, ce jour funeste où il me fut permis, pour la première fois, enfin, de sortir du palais".

L’Idole noire de Stéphane Héaume - Editions du Moteur, 2011

Téléchargeable sur StoryLab





Film : Donoma - Trois Madones du Paris des années 2010

Donoma, le film réalisé avec 150 euros a beaucoup fait parler de lui. Pour son premier long métrage, Djinn Carrénard nous parle d’amour, de sexe, du sens de la vie et de relations brisées dans les méandres de la modernité…, un film au langage d’aujourd’hui, profondément drôle, violent et émouvant : un film qui parle avec justesse d’une nouvelle génération.

C’est l’histoire de trois muses qui incarnent tour à tour la sensualité, l’innocence et la pureté. Trois femmes partagées par le curseur des relations humaines, entre amour et haine, rêve et dinguerie, ne sachant plus délimiter l’illusoire du réel. Trois histoires drôles et tragiques, intensément justes. Il y a d’abord celle d’Analia, professeur d’espagnol : la trentaine, sexy, mi-femme mi-ado. Elle est en prise avec Dacio, un de ses élèves qui prend un malin plaisir à lui "pourrir" tous ses cours. De cette lutte d’autorité naîtra une relation passionnelle pour le meilleur mais surtout pour le pire. En filigrane, un portrait d’une nouvelle génération de profs, perdus entre la figure de l’autorité et de la "cool attitude"… Ensuite, vient l’histoire d’une Chris, jeune photographe qui n’a jamais connu d’hommes et qui décide de soumettre son destin amoureux à celui du hasard. De là, naîtra son aventure avec Dama : le premier qui lui fera face dans le métro parisien et qui se soumet, avec bonne grâce, aux règles de son expérience ; vivre en huis clos dans le silence. Si Chris tente ainsi d’éviter les mensonges des premiers instants, le piège de la cajolerie, de réveiller un langage purement corporel au travers d’un jeu de mimes, elle se rendra vite compte que le silence est tout aussi illusoire et douloureux que les mots. Enfin, il y a la sublime Salma, une adolescente qui assume avec une maturité déconcertante le poids des responsabilités que la vie a mis sur son chemin : vivant recluse avec sa sœur leucémique, loin des passions de son âge, elle revendique un athéisme tout empreint de mysticisme. Athée, elle se prend pour une figure sainte, persuadée de léviter et de porter les stigmates du Christ. Perdue entre l’urgence du quotidien et sa conception du juste, elle résilie la réalité en tentant de trouver des réponses dans la foi en … mais là encore, c’est une protagoniste qui se heurte aux paroxysmes de la nature humaine dans sa rencontre avec un jeune skinhead, mi-ange mi-démon, qui cherche un repentir fragile dans la religion, que Salma saura ébranler à ses risques et périls.

Le lien entre ces histoires ? Des personnages qui se croisent dans le Paris des années 2010. Les liants entre ces histoires ? La quête du sens de la vie qui n’en a peut-être pas. Le charme de ce film ? Un ton juste ; le langage du quidam né dans les années 80/90 ; le mélange entre conte et réalisme ; la démonstration de l’injustice et de la beauté de la vie. Une critique naïve de notre temps. A ne manquer sous aucun prétexte.





 

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Avec ses quelque 1 200 pièces, Stéphane Faucourt est en possession de l’une des plus importantes collections européennes de produits et documents dérivés de la saga « Star Wars ». Il est aussi l'auteur de livres de référence sur le sujet. Lire la suite, ici.

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