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Patrick Tudoret : de la biographie au théâtre et au polar, l’art de jouer sur plusieurs tableaux...

Marie Torres - 3 mai 2018
Après le vif succès de L’homme qui fuyait le Nobel, roman paru chez Grasset il y a un peu plus de deux ans, Patrick Tudoret revient en librairie avec non un mais deux livres : Fromentin, le roman d’une vie (Les Belles Lettres) et Printemps acide (De Borée, collection “Marge noire”).

Micmag : En mars dernier, vous avez publié Fromentin : le roman d'une vie et, quelques semaines plus tard, fin avril, Printemps acide. D'un côté, une belle balade littéraire sur les pas d'un grand artiste du XIXe siècle et, de l'autre, un bon vrai polar qui nous entraîne dans une histoire où se mêlent meurtres, machinations... Un grand écart intentionnel ? Facile à réaliser ?

Patrick Tudoret : En fait, une seule chose m’effraie : l’enlisement, l’absence de mouvement, la stase. Je crois profondément que la vérité – ou en tout cas une certaine vérité - est dans le mouvement, le cheminement, la quête permanente d’une forme à la fois identique et différente. Certains parleront d’éclectisme, je dirais plutôt tessiture. J’ai toujours pensé que le travail d’un écrivain au sens plein consistait à jouer large, sur plusieurs tableaux, à ne pas se contenter d’un genre, même si le roman, par exemple, constitue un fil rouge, une trame fondamentale à laquelle je n’entends pas renoncer. Alors, facile à réaliser ? Je dirais oui, enfin pour moi – et je le dis le plus humblement du monde - dans la mesure où ces incursions dans des univers différents, comme le théâtre pour lequel j’aime aussi travailler, sont une source de renouvellement. Ma pièce La gloire et la cendre, adaptée d’un de mes livres, est ainsi en tournée et sera jouée dans le cadre du prochain Festival d’Avignon. Ce sont des respirations, des manières pour moi de rebondir, de varier les angles, de régénérer la passion que je peux avoir pour un siècle ou des thématiques particulières.

M. :  Revenons à Fromentin, le roman d'une vie, une biographie, belle et harmonieuse, où vous retracez si bien le parcours de l’homme, l’artiste, l’époque, qu'on a l'impression que vous l'avez... côtoyé. Derrière l'admiration pour l'artiste, il y a aussi, j'imagine, beaucoup de travail et de recherches ?

P. T : Dire que j’ai côtoyé Eugène Fromentin est plus vrai encore que vous ne l’imaginez. Il y a peut-être vingt ans que ce projet me taraudait, moi le Rochelais d’adoption et de cœur, d’écrire une biographie très personnelle de ce grand Rochelais au destin national et même international. Admiration, oui. Désir aussi de rendre justice à ce double génie dont le statut de grand peintre et et de grand écrivain est unique dans l’histoire. Ensuite, l’admiration ne fait pas tout et pour me lancer, en effet, dans ce lourd travail de recherches, même si j’y suis habitué, il fallait plus encore. C’est un sentiment de fraternité pour cet honnête homme doublé d’un artiste brillant qui m’a animé. Son œuvre - dont son célèbre roman Dominique et ses récits de voyage en “Orient” - est en Pléiade et ses tableaux, eux, sont au musée d’Orsay, mais aussi à New York, Londres, Philadelphie, Chicago, Saint-Pétersbourg ou Doha. Sa postérité est donc belle, mais le grand public le connaît moins aujourd’hui. L’enjeu était là.

M. : Passons à Printemps acide, le changement avec Fromentin est radical, cependant, là aussi, vous donnez l'impression de vivre votre intrigue de "l'intérieur", comme si, dans une autre vie, vous aviez été commissaire ou lieutenant de police. Etes-vous un peu caméléon ?

P. T
: Mon père ayant terminé sa carrière comme... commissaire divisionnaire, je peux dire, en effet, que je connais bien ce milieu, l’ayant vécu quasiment... de l’intérieur... Et j’assume le jeu de mots. “Flic” est pourtant le premier métier que j’ai récusé quand il s’est agi d’en choisir un. Je savais trop l’apostolat que c’est, un engagement total pour beaucoup... Etre caméléon, comme vous dites, c’est simplement, je pense, être romancier. Ecrire un roman, que ce soit un polar ou non, c’est endosser la peau du caméléon pour brosser les états d’âme d’un personnage et jusqu’à ses “saisons” intérieures, se fondre en lui, le comprendre, même s’il nous est antipathique – ce qui n’est pas le cas ici, au contraire – pour le ciseler de la manière la plus juste. Cette première incursion dans le champ du polar m’amuse beaucoup et j’ai mis un grand soin à écrire ce livre, autant que pour les autres. Ma plus grande récompense, c’est quand on me dit qu’une fois ce livre ouvert, il fonctionne comme un “piège” et qu’on ne parvient plus à le lâcher...

M. : Des projets ?


P. T
: Mon roman L’homme qui fuyait le Nobel, paru il y a un peu plus de deux ans, sortira en poche le 16 août prochain : une nouvelle vie, donc, que j’essaierai d’accompagner, et je suis en train de finir un nouveau roman qui ne sera pas un polar... Un éditeur attend aussi un essai qui me tient à cœur, commencé il y a quelques mois. J’irai avec lui sur des terres plus philosophiques...


Marie Torres pour www.micmag.net
Fromentin, le roman d’une vie
Patrick Tudoret
Editions Les Belles Lettres, Avril 2018

Printemps acide
Patrick Tudoret
Editions De Borée, collection “Marge noire”, Avril 2018
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