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Sleaford Mods The Demise of Planet X : chronique d’un monde en décomposition !

Jean-Christophe Mary - 14 février 2026
Avec The Demise of Planet X,Sleaford Mods poursuit son travail de sape des sociétés contemporaines.Un album âpre et habité où la colère punk-rap se teinte de nouvelles couleurs musicales sans jamais perdre ce côté tranchant qui est leur marque de fabrique. Un disque sans pathos mais sans concession.

Les albums des Sleaford Mods peuvent se ressembler mais ne sont jamais vraiment identiques. Depuis plus d’une décennie, Jason Williamson (chant) et Andrew Fearn (claviers, machines) affinent leur mix de punk et hip-hop minimaliste où la fureur révolutionnaire se mêle à la morosité sociale d'une Grande-Bretagne plongée dans une profonde austérité.

Boucles répétitives, beats secs, guitares et claviers rudimentaires servent d’écrin aux diatribes rageuses de Jason Williamson, chroniqueur brutal mais lucide de nos sociétés fracturées. Avec «The Demise of Planet X », lui et Andrew Fearn capturent une nouvelle fois l’esprit de leur époque avec cette éloquence brute, introduisant une palette mélodique plus riche et des collaborations qui viennent tempérer, sans la diluer, la radicalité du propos. Car ici, une fois de plus, tout concourt à mettre en lumière une parole frontalement politique, volontairement provocatrice, souvent drôle et parfois d’une sensibilité inattendue.

Dès l’ouverture, « Good Life » donne le ton. Le morceau frappe par son ironie mordante et sa tension contenue renforcée par les présences de Big Special et de l’actrice Gwendoline Christie, dont les hurlements glaçants ajoutent au titre une dimension presque apocalyptique. Chez Sleaford Mods, la promesse d’une “bonne vie” ressemble surtout à un slogan faussement optimiste comme hurlé dans le vide. La critique acerbe des promesses creuses d’un libéralisme à bout de souffle. Sur « Elitest G.O.A.T. », le dialogue entre Jason Williamson et Aldous Harding repose sur un contraste savamment exploité. La voix claire presque aérienne de la chanteuse néo-zélandaise met en relief la rugosité du phrasé de Williamson sur un texte qui dissèque les mécanismes de domination, la vanité sociale et les postures de pouvoir.

Pièce centrale du disque, « Megaton » s’appuie sur une basse lourde et répétitive, support d’un flot d’invectives inventives, parmi lesquelles le savoureux « toss parachute ». Cette violence verbale devenue la marque de fabrique du duo rappelle combien les Sleaford Mods excellent dans l’art de transformer la rage en matériau poétique brut.

A l’inverse sur « No Touch » la voix douce-amère de Sue Tompkins (Life Without Buildings) apporte une fragilité inattendue. Ce contraste accentue la dimension émotionnelle du morceau, révélant une collaboration moins monolithique qu’il n’y paraît, capable de nuances qui laissent affleurer une forme de fragilité. Avec « Flood the Zone » enregistré avec Liam Bailey, le duo renoue avec une critique politique plus frontale. Sur une rythmique digitale rappelant le ska nerveux et enjoué des Specials, le morceau s’attaque au mouvement MAGA américain. Le choix d’une musique faussement joyeuse renforce la portée critique en soulignant l’absurdité d’un discours populiste devenu dangereux spectacle.

Plus intime, « Gina Was » aborde les traumatismes liés à l’enfance. Jason Williamson y laisse tomber une partie de son armure cynique pour livrer un texte d’une rare franchise, délivrée sur un ton presque confessionnel. Cette plongée dans l’intime donne au disque une profondeur supplémentaire, révélant un regard mûri par le temps et l’introspection. Avec « Kill List », les Sleaford Mods explorent des variations ska et indie pop sans renoncer à leur mordant habituel. Le titre illustre cette capacité à faire cohabiter une forme musicale plus accessible avec un propos sombre, dénonçant la violence latente et l’indifférence généralisée. Enfin, « Unwrap » clôt l’album sur une critique féroce de la consommation débridée décrite comme une fuite en avant collective. La répétition des motifs musicaux agit comme une métaphore de l’aliénation, renforçant l’impression d’un monde en perte de repères, pris dans ses propres automatismes.

A travers ces treize nouvelles chansons, Andrew Fearn et Jason Williamson continuent de donner une voix à ceux que la société oublie ou relègue à la marge, les laissés-pour-compte, les déshérités, ceux qui oscillent entre colère et sentiment d’impuissance. Certes, le duo ne propose pas de solutions mais documente avec une lucidité implacable les symptômes d’un malaise contemporain dont la fin du monde annoncée ressemble moins à une explosion qu’à une lente érosion. Et c'est particulièrement touchant !

A noter que les Sleaford Mods seront au Casino de Paris le 10 mars 2026. Pensez à réserver.

jean-Christophe Mary pour www.micmag.net
The Demise of Planet X
Sleaford Mods

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