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Angels in America : Sida, racisme, homosexualité, corruption religion dans le New York des 80's !

Jean-Christophe Mary - 30 mars 2023
« Angels in America » de Tony Kushner met en scène la société américaine des années Reagan, mêlant politique et histoires intimes, réalisme et merveilleux avec, pour fil noir et narratif, l’épidémie de sida. C'est à la Comédie Française jusqu'au 14 mai 2023.
Photos© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

Nous sommes à New-York en 1985. Des histoires personnelles et des aventures collectives se conjuguent. Dans cette galerie de personnage, on découvre Roy M. Cohn, un avocat véreux impliqué dans les scandales financiers et politiques du parti de Reagan et du maccarthysme, un couple gay, Prior et Louis qui s'aiment, mais le sida va les séparer. Il y a aussi Harper femme au foyer dépressive et son mari Joe le jeune avocat ambitieux « beau comme un cow boy Marlboro », troublé par une sexualité incertaine et des croyances religieuses pesantes. Et puis Belize, infirmier miséricordieux, avec ce double handicap d'être Noir et drag queen. Tous aiment, souffrent, luttent, se mesurent à de grands enjeux, désemparés face au grand rêve perdu de l'Amérique.

Du lever de rideau à la scène finale, le public a droit un dispositif scénique imposant

Cette reprise de la pièce de Tony Kushner pour la Comédie Française est une belle réussite. Raccourcie de 7 h à 3 h, la mise en scène fluide d’Arnaud Desplechin nous replonge dans l’Amérique Reaganienne des 80’s à l’apparition du SIDA avec toutes les peurs et les angoisses que suscite à cette époque le « cancer des gays ». Du lever de rideau à la scène finale, le public a droit un dispositif scénique imposant. Les décors, intérieurs de lofts, salle de restaurant les immenses rideaux latéraux et les effets de lumières permettent à certaines scènes d’être jouées simultanément. Les dialogues, les disputes entre les personnages présents dans des lieux différents s’y font échos pour mieux capter l'attention.

Images surprenantes, ce boudoir et ce lit d’hôpital qui sortent du dessous de scène. Autre apparition frappante, cet ange suspendu par des câbles qui descend sur scène. Et durant 3h, le spectateur va être confronté à des images plus saisissantes les unes que les autres, comme la plaidoirie Roy M. Cohn qui surgit du plateau entouré d’un halo de fumée. Les vidéos projetées en fond d’écran de Manhattan, Central Park et du Brooklyn Bridge nous plongent dans le New York 80’s. Voilà pour le décor. L’adaptation française de Pierre Laville retranscrit fidèlement l’esprit de cette intrigue, teintée de religion, où les visions et fantasmes des personnages occupent le temps l’espace. Sur scène, le mélodrame est porté par un réalisme magique mis très souvent à distance par un humour noir et une ironie redoutable. Ce qui frappe ici, c’est la qualité des dialogues, la théâtralité des ces tableaux entrecoupés d’ellipses.

Côté distribution, la production réunit une flopée de pointures parmi lesquelles

Côté distribution, la production réunit une flopée de pointures parmi lesquelles Michel Vuillermoz qui se déchaine littéralement sur scène dans le rôle de Roy Cohn avocat hétérosexuel et anti communiste , en personnage clownesque cynique jovial qui « s’éclate avec des mecs ». Le comédien n’hésite pas à en faire des tonnes, quitte à entrer parfois dans le registre du burlesque. Clément Hervieu Léger qui campe Prior le survivant, l’Elu de la maladie, le prophète, celui qui plaidera la cause des hommes devant l’absence de Dieu, est particulièrement bouleversant dans la scène finale.

Dominique Blanc réalise, elle, un beau tour de force en incarnant successivement six personnages féminins et masculins (le Rabbin, le dernier communiste, la mère de Joe, Hannah Pitt et Ethel Rosenberg qui revient hanter Roy Cohn). Florence Viala qui incarne tour à tour l’Ange de l’Amérique, une clocharde et une infirmière, s’amuse et prend un réel plaisir sur le plateau. Citons aussi Christophe Montenez dans le rôle de Joe l’avocat républicain qui au départ refuse de reconnaître ses pulsions homosexuelles va faire son coming out, Jérémy Lopez l’amant de Prior, trop amoureux de la vie pour rester en couple avec un malade condamné à mort.

Mentions spéciales à Jennifer Decker dans le rôle d'Harper l’épouse qui se console au Valium et l'étonnant Gaël Kamilindi en Bélize, l’émigré noir afro caribéen, ancien travesti devenu infirmier. Cette intrigue où se mêlent corruption de la justice, la condition des homosexuels et des Noirs, le sida, l’écologie, la religion juive, les mormons, la trahison amoureuse, la désertion de Dieu maintient la tension de bout en bout. La mise en scène nerveuse et le montage serré vont aussi dans ce sens. C’est joué avec une telle précision que l’on ne peut que saluer ce merveilleux travail collectif.

Jean-Christophe Mary pour www.micmag.net
Angels in America"
Tony Kushner
Mise en scène de Arnaud Desplechin
Comédie-Française
Place Colette, Paris 1er
Jusqu'au 14 mai 2023

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