- Musique

Elliott Murphy "C'était étrange de monter sur scène et de voir une mer de masques bleus devant nous"

Marie Torres - 29 octobre 2020
Auteur, compositeur, chanteur et musicien américain, Elliott Murphy vit à Paris depuis 1989. A l'occasion de la sortie d'un nouvel album, The Middle Kingdom, il a bien voulu répondre aux questions de micmag.net. Rencontre.

Il est né aux Etats-Unis mais vit à Paris depuis 1989 et dit se sentir "plus français qu'américain". Car c'est lors d'un voyage en Europe, en 1971, qu'Elliot Murphy, guitariste à la base, commence à jouer dans la rue, les restaurants, le métro. Mais c'est dans notre métro, le métro parisien, qu'il se lance, qu'il chante. Il va alors jouer avec les plus grands, Bruce Springsteen, Mick Taylor, Ian Matthews, Phil Collins, Chris Spedding, Ernie Brooks, Doug Yule, Jerry Harrison...Mais Elliott reconnait aussi adorer la littérature. Celle de la "lost generation" américaine. Des auteurs comme Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, Gertrud Stein, Henry Miller... Devait-il faire un choix entre machine à écrire et guitare ? Pas forcément.  Il y a quelques années, il déclarait, sur les ondes de France Culture : " La littérature est ma religion, le rock and roll est mon addiction, et Bob Dylan lui, m'a ouvert la porte à la poésie." Tout comme son modèle, il a réussi à harmoniser ses deux passions. Pour son plus grand plaisir et pour le nôtre.

Micmag : Votre nouvel album, The Middle Kingdom, est composé de dix-huit de vos poèmes que vous récitez, accompagné de la musique de votre fidèle partenaire, Olivier Durand. Comment est-il est né ?

Elliott Murphy : Du désir d'Olivier et du mien de continuer à travailler ensemble malgré les restrictions de déplacements dues à l'épidémie de Covid-19 ; car Olivier vit au Havre et je vis à Paris. C'était donc problématique. Et bien sûr tous nos concerts de l'été étaient annulés.

Durant cette période, je me rendais au studio de mon fils Gaspard pour enregistrer un livre audio pour mes mémoires Just a Story From America [la version française sera publiée aux Editions du Layeur le 5 novembre]. C'est là que j'ai eu l'idée d'enregistrer une partie de mes poèmes et de demander à Olivier d'y ajouter de la musique car il avait récemment monté son propre studio à domicile.

M : Et il a accepté ?

E.M. : Bien sûr ! Je lui ai donc envoyé le manuscrit original de poésie The Middle Kingdom composé de 50 poèmes et il a choisi ceux avec lesquels il s'identifiait le mieux, à la fois poétiquement et musicalement. Il est revenu vers moi avec 18 titres que j'ai enregistrés.

J'ai ensuite envoyé les enregistrements à Olivier qui a composé et enregistré la musique d'accompagnement. Puis nous l'avons retravaillée ensemble afin qu'elle s'accorde et s'harmonise au mieux à chaque texte. Pour le poème The Middle Kingdom, qui dure plus de 9 minutes, Gaspard, mon fils, a également ajouté son style, sa patte et a mixé l'album dans son studio parisien.

M : Que se cache-t-il derrière les poèmes "Comme Gérard Depardieu" et "A la mort du Prince"?

E.M. : Eh bien, comme toute poésie, le contenu du poème et la relation avec le titre peuvent exister à de nombreux niveaux différents. Je suis un grand fan de Gérard Depardieu et il y a quelque temps, j’ai lu une interview dans laquelle il disait qu'il pouvait boire 14 bouteilles de bon vin rouge et ne pas se saouler ! C'est là, l'inspiration de base du poème. Mais ce n'est que le point de départ. Le poème a ensuite pris sa propre vie. Pour une raison que j'ignore, c'est le titre le plus populaire de l'album sur Spotify !

The Death of Prince est une sorte d'hommage shakespearien à l'incroyable musicien, interprète, auteur-compositeur et personnalité qu'était Prince. J'ai essayé de replacer sa mort prématurée dans le contexte de notre époque et du monde isolé qu'il s'était créé à Minneapolis.

M : Avez-vous un poème préféré ?

E.M. : Eh bien, ce serait probablement The Middle Kingdom qui est l'œuvre la plus autobiographique de l'album et je dois dire que lors de son enregistrement j'étais en état de catharsis émotionnelle. J'ai écrit ce poème alors que j'étais assis dans un café parisien un après-midi de décembre. Il est très long mais les mots ont coulé comme une rivière. Pour un écrivain, lorsque cela se produit, c'est un moment complètement magique et spirituel, vous vous sentez transporté dans une autre monde.

M : Récemment vous avez donné deux concerts en Bretagne et un en banlieue parisienne, quelles ont été vos impressions devant un public masqué?

E.M. : C'était étrange de monter sur scène et de voir une mer de masques bleus devant nous, mais nous nous y sommes habitués et avons même réussi à les faire se lever mais je n'ai pas pu voir les sourires sur leurs visages ...

M : Quelle musique aimez-vous écouter ?

E.M. : Dernièrement, j’ai écouté "The Köln Concerts" de Keith Jarret, une œuvre monumentale sur l’improvisation et le disque de jazz solo le plus vendu de l’histoire. Et, bien sûr, j’ai écouté le nouvel album de mon ami Bruce Springsteen, Letter to you, qui est tout simplement merveilleux, puissant et réconfortant à bien des égards.

M : Avez-vous quelques projets en tête ... pour un futur confinement ?

E.M. : En fait, je coécris un roman avec mon traducteur espagnol, Peter Redwhite, dont l'intrigue alterne entre le temps et l’espace actuels de notre ère Covid et la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Le prochain projet musical sera, espérons-le, un nouvel album sorti à temps pour mes concerts de mars au New Morning à Paris. Et peut-être un autre projet de poésie avec musique avec la contribution de ma très talentueuse violoniste Melissa Cox. Étant donné que je ne peux pas me déplacer, ni donner de concerts - ce sont les plus longues vacances que j’ai passées depuis plus de 40 ans -, il est très important pour moi d’organiser mes journées. Pendant le confinement, j'ai donné 56  Concerts Corona Couch sur Instagram / Facebook et la réaction des fans a été incroyable. Certaines nuits, nous avons eu plus de 1 000 téléspectateurs. Donc, comme tout le monde sur la planète, j'essaie juste de rester occupé et d'attendre que cette période sombre passe…

Pour en savoir plus sur :
Elliott Murphy, ici
Olivier Durand, ici
Gaspard Murphy, ici

Version en anglais, ici

Lire aussi, 

De New York à Paris, Elliott Murphy raconte...

 

Propos recueillis par Marie Torres www.micmag.net
L'album est disponible en ligne sur iTunes, Spotify et d'autres services de streaming. Les commandes anticipées pour le CD peuvent être passées dès maintenant dans la boutique officielle Elliott Murphy (https://elliottmurphy.com/shop/). Tous les CD seront signés par lui.

JUST A STORY FROM AMERICA
Elliott Murphy
Editions Layeur, 5 novembre 2020
1

  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • linkedin
  • Mixx
  • MySpace
  • netvibes
  • Twitter
 

Events

Vintage world (Click on the title)

A la rencontre des placomusophiles
Qu'est-ce que la placomusophilie ? Le fait de collectionner les capsules de champagne et certains en possèdent jusqu'à 90 000... Car cette "petite plaque métallique" a une longue histoire. Découverte.

Going out in Paris

Homosexuels et Lesbiennes dans l'Europe nazie.

Cette exposition entend rendre compte, grâce à de nombreux documents originaux, du sort des homosexuels et des lesbiennes sous le régime nazi,entre stigmatisation, persécution et lutte pour la reconnaissance. Lire la suite, ici.

News flash

La vie de Brian Jones
Un documentaire de Patrick Bouder (2020) sur la vie de Brian Jones, le fondateur et guitariste des Stones, sera diffusé le vendredi 22 janvier à 22 h 40 sur Arte. Avis aux fans...
 
Cri d'alarme de la Sacem
La société musicale d'auteurs (Sacem) pousse un cri d'alarme autour des auteurs compositeurs, les laissé pour compte de la grave crise en 2021. Certains sont sans aucun revenus. 
 
Les cathos homophobes filmés dans la partouze
A Bruxelles, un eurodéputé du parti d'Orbán de Hongrie (anti avortement & anti couple gay) pris dans une «lockdown partouze» gay
 
La dernière dédicace de John Lennon aux enchères

Le site Goldin Auctions propose une mise à prix minimale de 400 000 dollars du dernier album dédicacé par John Lennon, à celui qui allait l'assassiner. Les enchères sont prévues sur 18 jours.

 
Du fric dans le slip du sénateur brésilien
De l'argent destiné à la lutte pour la pandémie détourné par un sénateur brésilien caché dans son slip. Un proche de mister Bolsonaro !

Record of the week

Au coeur de la France rurale- Bistro picard - 2016 - ©HM

Send your picture to be published at  : contact@micmag.net