Le Bout du monde - 

From Colombia - rythmes cumbia, façon Ondatropica.

Louise Logeart. - 22 octobre 20133
60/70’s. Deux producteurs en vue décident de faire enregistrer dans leur studio Disco Fuentes les stars de la musique colombienne. La renommée continentale est fulgurante. D’autant plus que les loulous ne veulent pas en rester à la cumbia

60/70’s. Deux producteurs en vue décident de faire enregistrer dans leur studio Disco Fuentes les stars de la musique colombienne (le producteur britannique Will Holland (Quantic) et son homologue de Bogota Mario Galeano). La renommée continentale est fulgurante. D’autant plus que les loulous ne veulent pas en rester à la cumbia. Tout le gratin de la musique latino américaine se retrouve peu à peu, pour livrer un véritable témoignage vivant et évoluant au fil des générations. Ils touchent à tout : latin soul, afro beat, champeta, beatbox.

"Les gens avaient l’habitude de rythmes fractionnés. Ils vont écouter un orchestre de boléro, ils s’attendent à entendre du boléro. Ils vont à un bal de cumbia, ils s’attendent à écouter de la cumbia. Mais nous aussi, on sait faire tout ça ! Alors on leur fait des rythmes cumbia, mais style ondatropica. Un peu après, on leur fait du boléro, mais pareil, à notre sauce. On invente de nouveaux rythmes, de nouveaux styles musicaux.


Pour l’image, on est comme l’orchestre du monde


On se dit : tiens, aujourd’hui on va se faire plaisir, on va jouer tel style. On va s’amuser avec tout ce que chacun sait faire. Quand on s’est attaqué au rock, qu’on a suivi la vague de la jeunesse, les gens ont dit : c’est quoi ça ? Et ça a super bien marché, ils ont suivi".


Il faut dire que le projet "all star" a réuni les meilleurs des années 60/70, et continue à bien s’entourer. Parce qu’au début, la logistique, c’était un peu galère.

"On avait l’habitude de jouer pour nos potes, pour divertir la famille, dans les bals populaires. On n’avait pas un statut de musicien. On ne vivait pas de la musique. Même si on montait un groupe, on ne pouvait pas partir en tournée car on ne pouvait pas payer tout le monde. Et surtout on bossait chacun de notre côté dans des boulots qui n’avaient rien à voir. Alors pour réunir tout ce monde… Et puis on n’était pas des musiciens académiques. Je dirais qu’on jouait d’oreille et de plaisir".


Jouer d'oreille et de plaisir


Sur les studios Fuentes, le groupe reconnaît le pouvoir de la "grosse industrie" qui a fait rayonner la musique colombienne dans les pays alentour.

"C’était une autre époque de l’industrie musicale de la Colombie. Maintenant, tout est digital ! Ce n’était pas le délire d’enregistrer dans les studios Fuentes, bon OK, il y a la symbolique, mais c’est juste un studio excellent donc rien qu’en tant qu’espace physique. Donc oui, c’était dément de participer à l’histoire de la musique colombienne en y enregistrant. Finalement, les studios Fuentes nous ont permis de laisser notre empreinte, notre trace sur la côte. Ca a été une sacrée source de diffusion, jusqu’au Pérou et en Argentine. En même temps, en gravant ces disques, on s’est rendu compte que la Colombie nous attendait. Enregistrer la musique du Pacifico, c’était super excitant". 


Un groupe qui allie les différences et en fait une richesse, une marque de fabrique

"Il y a beaucoup de différences entre nous. On vient de villes différentes, de styles et d’ambiances différents, de génération différente aussi. C’est un groupe hétérogène. La musique est notre trait d’union.

C’est la musique qui nous a permis de nous trouver

D’ailleurs, c’est magique de voir comment la musique a cette force de faire se rencontrer, faire dialoguer les générations. En même temps, on montre aussi le côté atemporel de la musique traditionnelle : pas besoin d'être de telle génération. Tous les Colombiens, on a ça en nous, donc c’est une façon de le réaffirmer".


Sur l’aspect politique de la musique,  le groupe n’est pas en reste

"On pourrait dire qu’on a une dimension politique. Parce que nous sommes en réaction face aux modèles commerciaux. On explore d’autres horizons musicaux. A la radio, on n’entend que du reggaeton, des trucs commerciaux internationaux. Les gens chantent des chansons dont ils ne comprennent pas forcément les paroles. Nous, on s’inscrit dans une démarche alternative dans le sens où on veut montrer autre chose de la musique colombienne.  OK, on est aussi influencés par le rock, le hip hop de l’étranger et ça nous plaît, ce sont aussi nos influences. Au final, on pourrait dire qu’on est un genre de son national colombianiste, enfin s’il vous faut une définition".


Un "son national colombianiste"


Des messagers de la Colombie ?

"Il y a cette dimension où tu voyages, tu tournes à l’international et tu fais danser des gens qui ne savent même pas où c’est, la Colombie. Je pense qu’on peut être fiers si, en touchant les gens par notre musique, ils se demandent, tiens, c’est où, la Colombie, et qu’après ils sachent la situer sur une carte ! On dit beaucoup de mauvaises choses sur la Colombie, beaucoup de préjugés circulent. Si, au travers de la musique, on peut traverser le mal et toucher le bien, on est tous gagnants. Pour nous, la musique ce serait la langue mondiale que tout le monde comprend".


Mais il y a le langage du corps, aussi

"Il faut se rendre compte que lorsque tu danses, tu te fous de savoir d’où ça vient : c’est le corps qui parle, qui bouge, qui s’exprime. Chez nous, enfin dans mon village, on dit toujours : vas-y, danses-le dans le style de ta région". Ca veut dire : vas-y, danses, n’importe comment si tu veux, mais danses, fais-toi plaisir... et après on s’imite les uns les autres. Personne ne reste assis, tout le monde danse. C’est ça notre langue : vendre le rythme de ce qu’on fait. On donne un rythme, et après chacun se l’approprie et met les mouvements qu’il veut".


Ondatropica, c’est un projet qui a déjà bien tourné et qui se transmet de génération en génération. Un projet atemporel, certes, mais aussi infini ?

"Oui, avec nos enfants ! (rires). On est toujours en évolution. En ce moment, on fait entrer des percussionnistes plus jeunes, plus dynamiques et ça va encore plus loin que ce qu’on pensait. Il y a aussi beaucoup de musiciens sur le disque, on ne peut pas faire jouer tout le monde tout le temps, et ça dépend aussi des disponibilités de chacun, on a tous nos carrières. Alors on s’adapte tout le temps ! Et puis les anciens, moi par exemple, je vais bientôt avoir 74 ans, est-ce que je dois prendre ma retraite ? Est-ce que je vais pouvoir jouer comme ça tout le temps ? (rires).  En tous cas, l’idée c’est de continuer le projet avec nous, les anciens, et après on verra combien de temps la vie nous accorde".

Des papys qui jouent de l’éléctro dansant tout en tâtant des rythmes traditionnels, avec chaque fois de nouvelles recrues, pas sûr qu’on puisse parler de gérontocratie. Avec un grand respect et une admiration du parcours musical de chacun, des valeurs communes et le partage comme moteur, la musique devient l’unique génération.


Traduction et transcription : Louise Logeart.

Transcription sonore (espagnol): Radio U, Canal B, Fréquence Mutine.



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