France - Lectures

L’Elysée dans tous ses états… d’âme !

Marie Torres - 19 décembre 2012
L’Elysée n’a jamais fait l’unanimité. Le général de Gaulle ne l’aimait pas. Claude Pompidou ne songeait qu’à le fuir. Bernadette Chirac s’y sentait « comme chez elle »… Mais le palais est avant tout un théâtre où, au fil du temps, se sont déroulées comédies, tragédies et tragi-comédies…

L’Elysée ?  Un palais. Le summum pour un homme politique. « La place n’est pas mauvaise mais il n’y a pas d’avancement » disait Armand Fallières. Cependant la « Maison » ne fait pas l’unanimité.  Si Napoléon 1er l’adorait, le général de Gaulle ne l’aimait pas. Et si Claude Pompidou ne songeait qu’à la fuir,  Bernadette Chirac s’y sentait « comme chez elle »

Mais l’Elysée est aussi le théâtre de nombreuses anecdotes. Plus ou moins drôles. Plus ou moins tragiques. Ce sont toutes ces histoires que Patrice Duhamel et Jacques Santamaria relatent dans leur ouvrage « L’Elysée, coulisses et secrets d’un palais ».

« La main du Président était crispée dans
la chevelure de Mme Steinheil et il fallut une paire de ciseaux pour dégager la malheureuse »

Côté « tragi-comédie », on trouve la mort de Félix Faure, le seul Président mort à l’Elysée. « Le 16 février 1890, il déroge à ses habitudes. Se sentant les « jambes molles », il renonce à monter à cheval, comme il le fait chaque matin. Mais à 17 h, il se rend dans le Salon d’Argent pour s’entretenir avec Mme Marguerite Steinheil, qu’il reçoit régulièrement au Palais, et toujours entre 17 et 19 heures. (...) Au bout d’une vingtaine de minutes, un cri de femme s’échappe du salon. Le secrétaire accouru découvre sur le canapé le président agonisant, et Mme Steinheil, en partie dévêtue, à ses pieds. Une version des faits non vérifiée mais terriblement réaliste nous précise que la main du Président était crispée dans la chevelure de Mme Steinheil, et qu’il fallut une paire de ciseaux pour dégager la malheureuse. » Et la presse annonça «  Le Président de la République s’est éteint dans les bras de sa chère épouse »…

Plus tragique est le suicide de François de Grossouvre*, l’un des meilleurs amis et confidents du Président Mitterrand, au courant notamment de sa double vie et de l’existence de Mazarine dont il est le parrain.

« Tu verras, nous ferons mieux que
Marilyn et Kennedy »

« Le 7 avril 1994  en début de soirée, au premier étage de l’aile ouest du Palais, dans un bureau donnant sur l’Avenu Marigny, un coup de feu retentit. François de Grossouvre vient de se tirer une balle dans la tête. (...) Devant quelques collaborateurs, ce 7 avril 1994, François Mitterrand, très touché, met en avant la fatigue et les rages de la vieillesse (…) Les vraies raisons de ce drame n’ont jamais été réellement élucidées. C’est en tout cas le seul cas de suicide que le Palais a connu dans sa pourtant longue histoire. »

Côté comique, les auteurs reviennent sur les débuts de « l’idylle Nicolas/Carla ».Morceaux choisis. Nicolas à Carla : - « Tu verras, nous ferons mieux que Marilyn et Kennedy… Le 1er juin, tu va chanter au Casino de Paris. Ce soir-là, je serai au premier rang et nous annoncerons nos fiançailles. » Carla : « Des fiançailles ? Jamais. Je ne vivrai désormais avec un homme que s’il me fait un enfant. » Nicolas : « Question enfants, j’en ai déjà élevé cinq. Pourquoi pas six. Je suis le Français le mieux placé pour cela : j’ai un médecin de garde à mes côtés vingt quatre heures sur vingt-quatre. » …

« Ah c’est vous ! De loin je vous avais prise pour un militaire ! »

Les anecdotes les plus comiques viennent souvent, on s’en doute un peu, du Général de Gaulle. « Bardot apparaît à l’Elysée dans une tenue de soirée qui fait voler en éclats tous les codes des réceptions officielle, où la robe longue est de rigueur. Elle porte un pantalon noir surmonté d’une tunique ornée de brandebourgs ( Malraux parlera d’un pyjama à brandebourgs). Ainsi vêtue, BB séduit les uns et choque les aures. Le Général, lui, ne s’offusque pas, qui l’accueille en ses termes « Ah c’est vous ! De loin je vous avais prise pour un militaire ! ». Et à propos de son film « Babette s’en va en guerre » : « Si la réalité et la fiction n’avaient fait qu’une, j’aurais effectivement aimé vous avoir dans mon régiment ! ».

Et, pour finir, l’histoire dite des « vacances de l’aide de camp du Général ». Selon les habitués de l’Elysée dans les années 1960, elle est absolument authentique. « Un vendredi de juillet,  le colonel de Bonneval, l’un des aides de camp du Général, demande à prendre quelques jours de congés pour emmener sa famille sur son lieu de vacances. Avec un argument solide : il y a des mois qu’il n’a pas pu quitter Paris. De Gaulle qui déteste les vacances, les siennes et celles des autres, accepte mais avec réticence. Bonneval prend la route. Au premier péage un CRS  l’arrête : « Mon colonel, le président de la République vous demande d’urgence. » Demi tour, arrivée à vive allure au Palais qu’il a quitté quelques heures plutôt. L’huissier introduit l’aide de camp essoufflé dans le Salon Doré. Le Général l’observe et lui lance, goguenard « Alors Bonneval, c’est vacances ? »  Un ouvrage à lire pour apprendre et pour rire…


Marie Torres
* Sur ce sujet lire « Le Dernier mort de Mitterrand » de Raphaëlle Bacqué.
L’Elysée, coulisses et secrets d’un palais
Patrice Duhamel et Jacques Santamaria
Editions Plon
22,50 euros

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