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Kiko Amat : « La musique m’a sauvé et me sauve encore »

Marie Torres - 12 juin 2015
« Tout ce qui fait BOUM » c’est l’embarquement immédiat pour l’univers du Barcelonais Kiko Amat : un monde drôle, complètement déjanté, un peu grinçant et où la musique est omniprésente. Rencontre.

Né à Londres, d’une mère catalane et d’un père anglais, Pànic a huit ans lorsque ses parents disparaissent dans un accident d’avion. Il est alors envoyé en Espagne, à Sant Boi, une petite ville près de Barcelone où sa grand-tante, Angels, entreprend son éducation.

« Écoute-moi bien : tu n’iras pas à l’école. Tu ne mettras pas les pieds dans une prison de l’intellect pour qu’on te ramollisse les neurones. Les écoles sont des cimetières de la pensée libre, les tombeaux de l’indépendance d’esprit et les fours crématoires de l’insurrection ».

Le décor est posé. Pànic grandit sans grands repères sociaux ni véritables amis.  S’enthousiasmant pour toutes idées ou philosophies nouvelles qui passent à sa portée. Se cherchant désespérément. Et quelques années plus tard, c’est un jeune homme solitaire, un peu étrange mais possédant une belle culture littéraire, musicale et cinématographique, qui s’installe à Barcelone, chez Lola, une autre tante.

C’est là, au hasard des vias et des ramblas, dans le petit bar de La Costa Bravaqu’il remarque une bande de jeunes. Leur apparence et leurs habitudes étranges vont d’abord l’intriguer puis, petit à petit, combler le grand vide de sa vie. Mais à quel prix ?

Drôle, triste, émouvant et tellement humain, Pànic est un personnage attachant. Tout en sachant que le chemin qu’il a pris est en pente, et que la chute n’est pas loin. C’est beau, truffé de références littéraires, musicales et cinématographiques, et si ça fait « BOUM » de temps en temps, on n’en ressort pas explosé mais enrichi.


Micmag : Dans votre roman Tout ce qui fait BOUM, le héros, Pànic, a lu L’Unique et sa propriété de Max Stirner, un livre qui, en résumé, dit : « Rien n’est au-dessus de moi ». Pensez-vous qu’il soit d’actualité ?

Kiko Amat : Depuis que j’ai écrit BOUM, j’ai changé d’idée au sujet de Stirner et de son « Unique ». Son « anarchisme individualiste » me paraît du baratin pour justifier la fainéantise et le manque d’activisme. Bien sûr, pour un type comme moi, vaguement politique et avec peu d’activité physique, Stirmer était la parfaite excuse pour ne pas en foutre une rame. « L’anarchisme au jour le jour », « la révolution de la vie quotidienne » et tout le toutim en réalité c’est l’anarchisme en te saoulant et en te masturbant, pas en faisant des grèves sauvages, ni des manifestations.

Stiner n’est pas du tout d’actualité. Son livre est ennuyeux mais il a certaines « grandes » phrases qui conviennent lorsque Pànic panique. Les anarchistes individualistes étaient des héros à leur époque mais maintenant c’est un prétexte pour être égoïste et puéril.

M. : La musique a un rôle important dans le roman.

K.A. : Oui, la musique m’a sauvé et me sauve encore. Le message de rédemption de la soul,  ajouté à son peu de sensiblerie (à défaut d’être sentimentale) et à sa façon de décrire des chagrins quotidiens avec beaucoup de réalisme m’apaisent. Aujourd’hui, alors que je me sens vidé et abattu et quelque peu suicidaire,  je suis en train de faire ce qu’il ne faut jamais faire dans ces cas-là : écouter de la musique triste et mélancolique.  Par exemple,  The Problem with me  de Seam. Plutôt pessimiste, non ? Il y a de quoi aller se pendre.

M. : Vous parlez beaucoup d’obsessions dans votre roman : philosophie, littérature, musique et amphétamines.

K.A. : Ces folies ne sont pas recommandables pour les jeunes même si ce sont celles que j’ai expérimentées dans mon adolescence. Pas la philosophie, bien sûr.

La jeunesse doit être rebelle, rompre avec la génération précédente, par tradition et obligation. Mais l’obsession, si elle est inspiratrice et recommandée occasionnellement, est aussi potentiellement fatale. C’est le « mauvais compagnon de la passion », comme je l'écris dans BOUM. À choisir, mieux vaut la passion. L’obsession est une réelle maladie.

M. : Tout ce qui fait BOUM est un roman avec des scènes de théâtre et aussi beaucoup d’explications comme des liens hypertextes  sur Internet.

K.A. : Je déteste le théâtre, mais j’aime le lire. Et j’aime les romans qui intègrent de petites digressions sous forme de lettres ou de notes, ou de conversations téléphoniques. Pour l’Internet  je ne sais pas  mais oui  j’ai cherché à donner une touche didactique et encyclopédique à certaines scènes du livre. J’aime bien ce style purement informatif :« Le suspect est un homme de race blanche, 1 m 70. »

M. : Dans le roman, on rencontre… Kiko Amat !

K.A. : J’espère que personne ne va dire qu'il y a là un truc postmoderne ! En fait, j’ai pris l'idée de Martin Amis. Dans son roman Money, il apparaît lui-même  dans quelques pages. Mais je me suis trompé : dans BOUM, Kiko Amat est un gars sobre et intelligent, qui sait se tenir, et qui emploie de grandes expressions. Alors que le vrai Kiko Amat ressemble beaucoup plus comme à Pànic Orfila : un pauvre hère sujet à l'engouement, l'obsession. Peut-être est-ce là la véritable raison de son apparition dans le roman : l’authentique Kiko est caché derrière son alter ego, Pànic !

J’étais très mal quand j’ai écrit BOUM. Une mauvaise époque de ma vie. Je suis heureux de la traduction française, mais elle me rappelle de mauvais souvenirs. Et je changerais la moitié du texte.


Une playlist se trouve à la fin de l’ouvrage…  En voici deux titres.



Marie Torres pour www.micmag.net
"Tout ce qui fait BOUM"
Kiko Amat
Éditions Asphaltes, 2015
22 euros

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