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Au nom du père

Marie Torres - 13 juillet 2015
Barcelone, 2002. Moscou, 1933… Víctor del Árbol bouscule le temps et les lieux. Croise le présent et le passé, les entrechoque pour mieux les assembler dans une grande fresque qui tient à la fois du roman historique et du thriller. Le résultat est superbe.

Toutes les vagues de l’océan,  le dernier roman de Víctor del Árbol, s’ouvre sur une scène tragique, le meurtre d’un enfant :  le jeune Roberto est froidement exécuté. Quelques mois plus tard, son assassin est « dépecé vivant, par petits bouts » et sa mère, Laura, une sous-inspectrice de police, se suicide.

Cette succession de morts a-t-elle un rapport avec la guerre que menait la policière contre la maltraitance des enfants ?  Qu’avait-elle découvert ? Ce sont les questions que se pose son frère,  Gonzalo, un avocat sans ambition. Un homme terne. Éteint. Et si cette « affaire » était sa chance ? Si elle lui permettait de reprendre les rênes de sa vie ? De s’affirmer ? Gonzalo se lance à corps perdu dans l’aventure. Au péril de sa vie et de celles de sa famille, il veut comprendre pourquoi son neveu et sa sœur sont morts. Mais pour atteindre la vérité, il devra emprunter le chemin du passé.  Remonter le passé de son père, Elias Gil. Qui était cet homme  disparu une nuit de juin 1967 ? Était-il le héros de la résistance contre le fascisme comme le soutient encore sa mère ? Ou un homme sombre, voire noir, comme le voyait sa sœur ?

Quid de l'enthousiasme d'Elias, après son séjour sur l'île aux cannibales ?

Il est vrai qu’en janvier 1933, dans le train qui le menait à Moscou, le jeune Elias était un  idéaliste qui « savait que c’était un privilège de finir ses études d’ingénieur dans la patrie de Gorki et de Dostoïevski ». Vrai aussi qu’Elias était ce jeune homme qui écrivait à son père : « En dehors d’ici, on croit que tout le monde vit agenouillé, un fait que je ne suis pas encore en mesure de confirmer ou d’infirmer. Certes, il y a des policiers partout et quand les gens doivent citer Staline, ils l’appellent Vozhd, et ils baissent la voix s’ils se méfient des oreilles inconnues. […] Mais tu connais beaucoup de civils capables de jouer une fugue de Bach, chez nous ? Ou de déclamer quelques-uns de nos poètes comme un pêcheur d’ici récite Maïakovski, par exemple ?

Il paraît que Staline est un grand mélomane, en tout cas c’est un esprit éclairé qui partage ses goûts : la musique classique est une matière obligatoire dès l’école primaire. Pas de doute, père, ce qui se construit ici ne peut être comparé à rien de ce que l’humanité a construit jusqu’à présent. Je suis réellement ému, impatient de me mettre au travail ».

Mais que restera-t-il de cet enthousiasme après sa rencontre avec le diabolique Igor Stern ? Après  son séjour à Nazino, l’île aux cannibales ? Après la guerre civile espagnole et son incarcération dans le camp de réfugiés d’Argelès ? Quel prix devra-t-il payer pour conserver sa liberté et sa vie ?

Avec le talent qu’on lui connaît, Víctor del Árbol fait de cette grande fresque un roman magnifique où se mêlent Histoire et suspense, amour et haine. Et surtout ne vous arrêtez pas devant ses « 596 pages »…  elles glisseront entre vos doigts avec une rapidité surprenante.

Lire aussi : Víctor del Árbol : "L'existence est un acte de rébellion"

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Marie Torres pour www.micmag.net
Toutes les vagues de l'océan
Víctor del Árbol
Traduction Claude Bleton
Éditions Actes Sud, 2015
23,80 euros

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