Rio : Des étrangers préfèrent vivre dans les favelas.

Vanessa BERNARD -lepetitjournalderio.com - 20 avril 2013
De plus en plus de jeunes étrangers, toutes nationalités confondues, viennent désormais habiter dans les favelas. Comment peut-on expliquer ce phénomène? Goût du risque? Économies?

C'est un très bon rapport qualité prix qui motive souvent ce choix. Ce fut le cas pour Guillaume et Pierre qui ont chacun trouvé une chambre à 500 reais dans la favela de Mangueira, près de Leme. Pour ce faible loyer, ils ont vue sur mer et sont à deux minutes de la plage. Cependant, il arrive que les prix soient excessivement élevés, à Santa Marta par exemple, certains logements peuvent atteindre les 1000 reais.  Vidigal, Babilônia, Cantagalo ou Santa Marta sont les favelas les plus prisées.

Alors comment expliquer que des jeunes soient parfois prêts à payer plus pour habiter dans une favela?

Bien que ces étrangers aient conscience que les favélas soient des lieux parfois dangereux, ils sont attirés par leur aspect authentique. Pour Estelle, jeune étudiante française, qui a vécu 6 mois à Santa Marta,  "cela permet de s’immerger réellement dans la culture populaire brésilienne." Ce phénomène est appelé romantismo do pobre (romantisme du pauvre) ou encore favela chique (favela chic).

D’autre part, certains ayant déjà vécu à Copacabana, préfèrent le côté plus tranquille de la favela, ou le fait d’avoir un petit jardin. Nombreux sont ceux qui ne s’attendaient pas à autant de confort.

C’est également l’esprit de communauté qui plaît énormément à ces jeunes. Pour Pierre “c’est agréable car c’est petit et donc cela permet de connaître tout le monde, par ailleurs, les gens sont vraiment charmants”. Selon André, qui vit à Vidigal, "l'ambiance est très familiale, cela fait penser à un petit village de campagne ". Comme dans toute communauté, il existe un réel respect entre les membres de la favéla, qu’ils soient  brésiliens ou étrangers. Ainsi, Mathilde, jeune étudiante en économie internationale, et vivant à Cantagalo depuis cinq mois, nous a expliqué qu'elle s'était déjà fait voler par un habitant de la favela. Ce n'était pas le vol en lui-même qui avait le plus exacerbé sa propriétaire, mais d'avantage le non respect de l'esprit communautaire. Les membres de la favéla sont fiers d'en faire partie, "même si tu m'offres un appartement à Leblon, mon lit restera toujours ici". La phrase "sou do bairro mesmo, sim" (je suis de ce quartier même, oui) traduit bien l'amour qu'ils portent à leur favela. Il est essentiel pour eux que chacun s'y sente bien.

De plus, les favelas sont surveillées par des policiers, et les rues sont souvent animées, de ce fait, les jeunes on le sentiment d'être en sécurité.

Le tableau est-il donc tout rose? Vivre dans une favela serait donc le plan idéal? Si l’on en croit certains, oui. Et si cela était à refaire, ils le referaient sans hésitation.

Cependant, ce type de vie comporte des risques qu’il ne faut pas négliger.

Tout d’abord, la situation varie en fonction des favelas. En effet, alors que Santa Marta paraît la plus paisible, les autres, même pacifiées, sont parfois des scènes de grande violence et d’un important trafic de drogue. Par ailleurs, à l’intérieur des favélas des quartiers sont plus dangereux que d’autres. À Cantagalo par exemple “la partie de derrière craint beaucoup plus.” Et les histoires lugubres ne manquent malheureusement pas : dépouillement, coups de feu, ou règlements de compte entre les gangs. Un étudiant nous a dit avoir déjà trouvé des douilles devant sa porte, il ajoute,« parfois nous patientons en bas de la favela en attendant que ça se calme là-haut », un autre jeune a déjà été victime d’une scène « pendant laquelle des hommes se sont battus à coup de hache» .

Si ces jeunes nous parlent de ces histoires très violentes, en font-ils part à leurs parents, leur famille, leur entourage ? Les informent-ils sur le fait qu’ils vivent dans une favela ?

Quand on leur pose la question certains sourient. En effet, en général leur entourage sait qu’ils vivent dans une favela, cependant ils ne donnent pas trop de détails et atténuent souvent la situation. Ils nous avouent ne pas raconter les dérapages auxquels ils sont parfois confrontés.

Un marché fructueux pour les propriétaires ?

Malgré ces possibles incidents, les propriétaires n’ont aucun mal à louer leurs chambres. Cela représente un réel business. Des propriétaires peuvent posséder jusqu’à une dizaine de republicas (maisons pour étudiants) dans une seule favela. En l’espace de quelques mois on assiste à une hausse rapide des prix, preuve que la demande ne cesse d’augmenter.



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