Saint-Jacques-de-Compostelle, Espagne - Enquête

Womex : on passe à la caisse

Stephane de Langenhagen & Hélios Molina - 7 octobre 2016
Rendez-vous automnal et mondial des professionnels de la musique, le Womex a ouvert ses portes à Saint-Jacques-de-Compostelle du 19 au 23 octobre. Dans un marché en débandade, où tous les espoirs reposent désormais sur le live, ce salon incontournable coûte de plus en plus cher. Enquête.

Le groupe colombien Tribu Baharu à Saint-Jacques-de-Compostelle en 2014 © Jacob Crawfurd/Creative Commons/Flickr.

Fondé en 1994 à Berlin par le musicien et producteur anglais Ben Mandelson et par l'ethnomusicologue allemand Christoph Barkowsky, le Womex (pour World Music Expo) attire désormais chaque année plusieurs milliers de participants venus d’une centaine de pays du globe.

Salon itinérant, qui oscille entre empreinte allemande et influence française, il est surtout destiné aux professionnels, dont tous les espoirs semblent désormais tournés vers l’industrie du live et de l’évènementiel. Pour les tourneurs, les bookers, les agents d’artistes comme pour les programmateurs de salles et de festivals de toute taille, le rendez-vous est devenu incontournable.

L’occasion de retrouver son réseau et de faire de nouvelles rencontres a un coût, de plus en plus élevé, surtout lorsqu’il s’agit d’accompagner des artistes en showcase : frais d’inscription permettant de figurer dans le guide de l’année, stands, transport, hébergement, repas et cachets constituent un investissement conséquent, même s’il est atténué par des aides aux tournées octroyés par le Bureau Exportla Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) ou le Centre National Chanson variétés Jazz (CNV), ou si des organismes comme Zone Franche (1) proposent à leurs adhérents des tarifs négociés.

Alors que le marché de la musique poursuit sa chute vertigineuse, les prix des prestations du salon, eux, ne cessent de grimper d’une année sur l’autre : en 2005, le ticket de base d’entrée au Womex, coûtait entre 195 et 280 € HT, suivant la date d’achat, à rajouter si besoin au prix d’un stand, entre 515 et 715 €. En 2016, il aura fallu débourser entre 275 et 395 € pour obtenir le précieux pass et 860 € de plus pour un stand seul de 2x3m. Toujours HT.

En 2014, le Womex a été marqué par la fin du tarif « company » pour trois personnes et par l’apparition d’un tarif étudiant, passée de 80 à 100 € pour l’édition 2016. Enfin, l’entrée des journalistes au salon a subi elle aussi une sérieuse augmentation : en 2005 leur accréditation coûtait entre 135 et 195 € HT ; en 2016, leurs rédactions ont dû s'acquitter d'une somme allant de 195 à 285 €.

Au Womex, tout se paye, particulièrement la visibilité. Vous souhaitez faire connaître votre artiste ? Le salon met à votre disposition des showcases (il y en a 44 sur trois jours) auquel il faudra postuler via une application, auparavant payante, dorénavant gratuite. Le Womex reçoit chaque année plus de 1000 propositions et en retient 400, dans un premier temps. Pour opérer la sélection finale, un jury international de sept professionnels de la musique, dont la liste est publiée à l’avance, s’enferme trois jours et trois nuits dans un hôtel à Berlin. En contrepartie du travail accompli, chacun de ceux qu'on appelle les samouraïs reçoit deux, voire trois ans d’accréditation offerts, soit environ 1000 €.

Une fois sélectionné et acheminé sur place à vos frais, votre artiste aura 45 minutes pour convaincre et trouver sa place dans une future programmation. Peut-être même sera-t-il repéré par un des agents américains du très professionnel et très efficace salon du GlobalFest, dont les retombées sont quasi assurées. Une perspective qui pousse les artistes les moins connus mais les plus fortunés à financer leur déplacement avec leurs propres deniers.

Tout est à la charge du tourneur ou de l’agent 

Corinne Serres, responsable du booking international chez Mad Minute Music, est une assidue du Womex où elle se rend depuis sa création, accompagnée d’au moins une personne. Elle était présente lors de l’édition 2015 qui a eu lieu fin octobre à Budapest. Son statut de membre du Bureau Export, qui reçoit des subventions d'Ubifrance, l’agence française pour le développement international des entreprises, lui a permis, pour 576 €, de partager un stand dans l’allée France, une des plus fréquentée du salon. Accréditations comprises, dont une offerte en tant qu’accompagnatrice d’artistes.

La présence de ses délégués au Womex a coûté à Mad Minute Music près de 1200 € en 2015, auxquels elle a dû rajouter 3000 € de frais pour les artistes qu’elle accompagnait. Le Womex n’offrant que le strict minimum (transfert aéroport, une nuit d’hôtel et backline pour les concerts), pratiquement tout est à la charge du tourneur ou de l’agent, qui souvent doivent faire appel à la générosité d’un label. « Amener un groupe au Womex représente en gros une dépense de 600 € par personne du groupe », confirme Valentin Langlois d’Hélico Productions, label, éditeur, mais aussi booker et tourneur. « Et lorsque je dis 600 €, c’est parce que nous avons des aides françaises qui viennent amoindrir les charges », rajoute-t-il.

« Selon la destination, c’est un investissement plus ou moins important pour la structure », admet Corinne Serres, qui se rend aussi régulièrement aux BIS (Biennales Internationales du Spectacle) de Nantes, à Marseille pour le Babel Med, au IOMMA (Indian Océan Music Market) sur l’île de la Réunion, au Porto Musical de Recife au Brésil et bien sûr au GlobalFest de New York, chaque premier weekend de janvier. « Mais pour les montages de tournées, les retombées sont immédiates, surtout si vous présentez un bon showcase », ajoute-t-elle, en plein préparatifs du MaMA, la convention parisienne, dernière étape avant Saint-Jacques-de-Compostelle. Une sélection par le haut, donc, qui lui permet à elle aussi de faire son marché.

Un sentiment partagé par le responsable du label Buda, qui se rend au Womex pour soutenir ses artistes : « C’est un peu coûteux, surtout si comme moi vous vous y prenez au dernier moment ; mais le Womex, malgré des conditions techniques fluctuantes et des stands régionaux qui diluent l’efficacité du salon, est devenu incontournable pour la promo », constate Gilles Fruchaux. « Le réseau des musiques du monde est un réseau qui tient et qui est tourné vers l’export », explique-t-il.

Lorsque le budget ne permet pas d’effectuer le voyage, reste la solution du virtualWOMEX, l’inscription en ligne des structures, de leurs délégués et des artistes qu’elles représentent. En 2016, ce service, gratuit pour les participants au salon, a été facturé 48 € HT pour le premier inscrit par structure et 24 € HT pour les suivants. Un moindre coût, mais dont les retombées sont pratiquement nulles : le Womex, comme tous les salons autour des musiques du monde qui ont fleuri un peu partout depuis les années 1990 a pour vocation le renforcement et le développement d’un réseau de plus en plus fermé sur lui-même où la présence physique est encore de mise.

(1) : Interrogé sur ses relations avec le Womex, le réseau des musiques du monde Zone Franche n'a pas répondu à nos questions.

Retrouvez l’interview de Valentin Langlois, samouraï en 2013, ICI, ainsi que l’interview d’Anna Poetzsch, directrice de la communication du Womex, en 2012 : 

Les villes qui accueillent le Womex passent d’abord par la caisse !

C’est une élue de Séville qui s’interrogeait sur les retombées du Womex en 2009 et les trois millions de bénéfices annoncés par l’organisateur pour la ville. La responsable à la Culture de Séville, Maribel Montaño, affirmait déjà que les 400 000 euros que payait la ville pour le Womex « était une somme considérable pour Séville » (1) et estimait que « le départ du Womex n’était pas considéré comme négatif ».  Un accord avait conclu auparavant entre les deux parties pour que la manifestation reste dans la ville deux ans de plus. Il n’en fut rien.

Pour l’édition 2016, Santiago de Compostelle (une ville à présent représentée par un maire du mouvement Podemos) a déboursé 500 000 euros en deux fois, 110 000 euros en 2015 et 390 000 euros en 2016. « Le montant a été fixé par la mairie et le propriétaire du Womex », nous apprend le journal de la région ABC Galicia dans son numéro du 31/03/2015.

Constatation : en sept ans, le coût d’accueil du Womex est passé de 400 000 euros à 500 000 euros.

(1) El Correo de Andalusia du 15/09/2009

Enquête Stephane de Langenhagen & Hélios Molina pour www.micmag.net

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