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Marilyn : la légende de l'Olympia- Témoignage cru de la grande période de la salle de concerts

Hélios Molina - 
Archives Micmag- Dans les coulisses de la mythique salle l’Olympia, juste après la loge des stars, Marilyn a présidé depuis 1963, aux destinées d’un lieu magique : son bar où se retrouve tout le show business. Témoignage vivifiant !

Comme son homonyme, elle est blonde et côtoie les plus grandes stars. La seule différence, c’est qu’elle œuvre derrière un comptoir. « Je suis arrivée au bar de l’Olympia en 1963. J’entame ma 31e année, alors des stars, j’en ai vu et servi ! Si je devais écrire mes souvenirs, un livre n’y suffirait pas, il faudrait une encyclopédie ! » Le bar, c’est chez elle, un écriteau portant son prénom vous l’annonce. Là, entre deux clients imperturbables, elle allume son cigare : « Je n ’ai jamais fumé autre chose », déclare-t-elle de sa voix rauque, en ajustant ses lunettes. Depuis qu’elle est là, rares sont les célébrités qui ne viennent pas lui faire un petit «coucou». D’ailleurs, la plupart ont apposé leur signature dans ses livres d’or. « J’en suis à mon huitième, le premier est né en 1963. » Sa collection ferait baver d’envie tous les chasseurs d’autographes ! Jacques Brel, Joséphine Baker, Marlène Dietrich, Jean Marais, Michel Simon, Jacques Tati. Bernard Buffet, Philippe Clay, Johnny Hallyday, Fernand Raynaud, les Beatles... et bien d’autres encore. Son seul regret : elle est arrivée trop tard pour Edith Piaf.

 "Jacques Brel venait en peignoir et chaussettes"

Lorsqu’elle se penche sur ses souvenirs, son regard accentué par son fard à paupière bleu s'efface de tristesse. «Au début, quand une star mourrait, j’inscrivais en rouge sous la signature «décédé». Ensuite, j’ai mis «parti». Puis une croix rouge qui a été remplacée par un simple point rouge. Aujourd’hui je ne mets plus rien, c’est trop dur. » Parmi ses souvenirs, une collection de photos dont certaines (Brel, Tachan, Hallyday, Dassin, Le Forestier, Julien Clerc...) sont accrochées entre les bouteilles de son bar à la décoration coquine. De son air bourru qui ne trompe personne sur son cœur d’or, elle parle de ses «verres» qu’elle garde chez elle précieusement, où étaient reproduits les programmes de l’époque. « On m'en a cassé quelques uns alors maintenant ils sont soigneusement emballés, je ne les sors plus ! Sur ses verres, on a tout le monde, les vedettes, les musiciens, les jongleurs, enfin le programme de tout un spectacle... Avant il y avait beaucoup de monde. Le bar ne désemplissait pas. La vedette, pendant la première partie, stationnait plus souvent ici. L’ambiance n ’était pas la même. Ce n'est pas comparable. Il y avait des ballets, l’orchestre de l’Olympia (environ trente musiciens)... Et quand il y avait une générale, les hommes étaient en smoking, les femmes avaient de belles robes. Maintenant c’est fini, les premières s’étalent sur plusieurs jours et les gens peuvent arriver en jeans ! Le patron, M. Coquatrix, organisait des programmes d’été. Il faisait venir des Russes, des Israéliens, des artistes de partout. Les samedis, je me souviens qu ’on partait avec des gens de la troupe (au moins vingt personnes) au cinéma, à la séance de minuit. Pendant la projection on faisait tellement de bruit que la salle se vidait et on restait entre nous, c’était formidable ! »

"il ouvrait sa braguette et les billets étaient enroulés avec un élastique autour de son «tchipidou»


Marilyn se souvient du jour où «le patron», la voyant jeter du sel sur le sol de son bar et dans les coulisses, parce qu’elle était superstitieuse, s’empressa de l’imiter : il l’était lui aussi ! « J’ai toujours sa boîte à sel dans le bar. Quand il est mort en 1974, je n’ai pas continué. » Elle se rappelle de Joséphine Baker, en 1968, qui venait boire sans perruque, les cheveux protégés par un filet, vêtue d’une blouse. « Il fallait la voir ensuite sur scène ! » Ou encore du secrétaire de Salvador Dali. « C’était lui qui réglait les notes. Au moment.de payer sa consommation, payer sa consommation, il ouvrait sa braguette et les billets étaient enroulés avec un élastique autour de son «tchipidou» ! » Et il faut l’écouter parler de Brel ! « Il venait en peignoir et en chaussettes. Un jour, il m'a demandé un coca, et je n’avais pas eu le temps de laver des verres, il en a pris un de sale. Je n’étais pas contente, il a alors répondu : « Tu as assez travaillé». Il m’a écrit des lettres. Elles ne me quittent jamais. A sa mort, j’ai acheté des bonbons, je voulais les mettre dans son cercueil, pour son dernier voyage, mais je n’ai pas pu. Ils sont encore à la maison. Personne n 'y touche. Le music- hall de ce temps là, c’est aujourd’hui une époque révolue. On vivra autre chose. C’est comme la guerre de 14, à la baïonnette : on ne revient jamais en arrière. » 

Original Publié en mars 1994 -Hélios Molina  www.micmag.net




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