- Musique

Flea Honora : l’échappée jazz du bassiste des RHCP !

Jean-Christophe Mary - 13 mai 2026
Flea, bassiste des Red Hot Chili Peppers, réalise son rêve d’enfant : devenir un véritable trompettiste de jazz. Résultat ? Un album contemplatif, élégant et personnel, où fusion, jazz atmosphérique et groove hypnotique dialoguent avec une rare sincérité.

Depuis plus de quarante ans, Michael Balzary, alias Flea, incarne l’énergie volcanique des Red Hot Chili Peppers. Bassiste bondissant, showman survolté, compagnon de route de Anthony Kiedis, Chad Smith et John Frusciante, il a aussi participé à plusieurs projets en dehors du groupe californien, collaborant avec Thom Yorke au sein d’Atoms for Peace, avec Janet Jackson ou encore LL Cool J. Pourtant, malgré cette carrière tentaculaire, « Honora » constitue son premier véritable album solo, une œuvre habitée, un disque de jazz contemporain nourri de fusion, de funk et d’échappées atmosphériques, où Flea puise des éléments rock dans l’ombre portée par le jazz.


l’enthousiasme débordant de Flea

Pour enregistrer cet album, Flea a bénéficié des conseils précieux de Rickey Washington, flûtiste et saxophoniste de légende. Autour de lui, le musicien a réuni une constellation d’artistes issus de la scène jazz de Los Angeles : le guitariste Jeff Parker, les membres du ETA IV Quartet ainsi que le batteur Deantoni Parks. Parmi les invités figurent également Thom Yorke, Nick Cave, Warren Ellis, mais aussi les Red Hot Chili Peppers, John Frusciante et Chad Smith. Flea compose six des dix morceaux ; quatre reprises complètent ce disque aux contours mouvants. Car « Honora » est avant tout un disque de fusion : Flea y puise des éléments funk et rock dans l’ombre portée du jazz.

Le fil conducteur de l’album reste l’enthousiasme débordant de Flea à interpréter ces dix titres. Le disque s’ouvre sur le court instrumental « Golden Wingship », comme une mise en apesanteur avant « A Plea », morceau jazz-funk fluide porté par Mauro Refosco aux percussions, Vikram Devasthal au trombone et Rickey Washington à la flûte.

Le superbe « Traffic Lights » a été coécrit avec Josh Johnson et Thom Yorke, qui y joue du piano, du synthétiseur et chante d’une voix presque murmurée. Avec ses onze minutes, « Frailed » est le morceau le plus long du disque et probablement le plus ambitieux. L’atmosphère sombre et la trame rythmique chatoyante mettent en valeur le jeu intuitif et subtil de la trompette de Flea ainsi que la guitare de Jeff Parker.

L’admiration de Flea pour Miles Davis
traverse tout l’album

« Morning Cry » poursuit cette exploration avec un néo-bop à la mélodie complexe et incisive, porté par une attaque rythmique ample et syncopée. L’admiration de Flea pour Miles Davis traverse tout l’album : « Traffic Lights » et « Frailed » reposent d’ailleurs sur le même principe que « In a Silent Way », ce fameux gyroscope sonore où le mouvement semble se confondre avec l’immobilité.

Le sommet émotionnel du disque arrive peut-être avec « Maggot Brain », reprise du classique de « Funkadelic » signé George Clinton et Eddie Hazel. Flea y brille de mille feux. Introduit par quelques mots parlés, le morceau devient une véritable ballade jazz portée par la flûte de Derek Davis, la trompette de Flea, le vibraphone ample de Sasha Berliner et les clarinettes de Brian Walsh.

Autre moment de grâce : « Wichita Lineman », interprétation magistrale et vibrante du classique de Jimmy Webb popularisé par Glen Campbell. Nick Cave y apporte une gravité vocale bouleversante, s’investissant corps et âme dans les paroles. Parker, Butterss, Parks et Refosco optent pour une instrumentation minimaliste qui laisse toute la place au chant et au magnifique solo de « flumpet » de Flea —un hybride entre bugle et trompette — d’une élégance folk crépusculaire et jazz de chambre remarquable.

A noter que Flea sera en concert à l’Alhambra les 28 et 29 mai

La magnifique interprétation instrumentale de « Thinkin’ About You » de Frank Ocean offre quant à elle une parenthèse suspendue. Le classique d’Ann Ronell, « Willow Weep for Me », devient quant à lui un bel exercice de jazz mélodique électro, où les textures modernes dialoguent avec une écriture héritée des standards américains. Enfin, le morceau de clôture « Free as I Want to Be » réunit Flea, Parker, Parks et Johnson au piano, accompagnés d’un chœur de dix voix dans une procession jazz-funk spirituelle qui referme l’album comme une cérémonie collective.

Avec« Honora », Flea signe plutôt une œuvre profondément personnelle, née d’un désir ancien enfin accompli. Un disque habité, profondément humain, qui pourrait bien compter parmi les plus belles surprises musicales de l’année. A noter que Flea sera en concert à l’Alhambra les 28 et 29 mai. Qu’on se le dise !


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