- Musique

Morrissey “Make-Up Is a Lie” : un disque audacieux, aussi élégant que mélancolique !

Jean-Christophe Mary - 
Morrissey signe avec "Make-Up Is a Lie son" quatorzième album studio solo. Un album à l’atmosphère pesante et inquiétante, traversé de trouvailles artistiques, où l’ex-leader des Smiths explore de nouveaux territoires sonores sans renier sa mélancolie légendaire.

Avec Make-Up Is a Lie, son quatorzième album solo, Morrissey, ancien leader des Smiths, livre une œuvre dense, parfois déroutante, souvent fascinante, qui alterne entre ballades élégiaques, expérimentations pop et éclats de lyrisme dramatique. Un disque qui ne cherche jamais la facilité, mais qui confirme qu’après quatre décennies de carrière, Morrissey demeure un artiste profondément singulier.

Le morceau-titre, Make-Up Is a Lie, étonne particulièrement

Dès les premières secondes de You’re Right, It’s Time, aux belles envolées lyriques, le ton est donné. Le chant mélancolique de Morrissey s’impose immédiatement. Sur Make-Up Is a Lie, le chanteur explore de nouveaux horizons avec un rythme trip-hop et des percussions cinématographiques. Sa voix, intense et hyper-expressive sur le morceau-titre comme sur l’ensemble de l’album, reste fidèle à cette théâtralité romantique qui constitue sa marque de fabrique depuis les années 80. L’esprit de ses débuts en solo plane d’ailleurs sur plusieurs morceaux, notamment le dynamique et disco The Night Pop Dropped et Lester Bangs. Le premier, groove funky nourri d’un orgue qui swingue, évoque les grandes productions soul des années 70 et devrait sans peine soulever les foules en concert. Quant à Lester Bangs, il retrouve cette énergie alternative et nerveuse qui aurait parfaitement trouvé sa place sur les radios universitaires américaines du début des années 90.

Le retour du guitariste Alain Whyte, collaborateur essentiel de Morrissey entre 1991 et 2004, apporte un nouvel élan au disque. Plusieurs compositions témoignent ici d’un réel travail d’orfèvre. L’album contient ainsi de nombreuses ballades aux mélodies inspirantes, traversées de passages dramatiques qui rappellent l’indéniable talent d’auteur-compositeur du Britannique. Le morceau-titre, Make-Up Is a Lie, étonne particulièrement. Cette chanson trip-hop, lente et hypnotique, enveloppée de percussions sombres et de nappes inquiétantes, constitue l’une des expériences sonores les plus audacieuses de toute sa carrière solo. Plus controversé, Notre-Dame évoque l’incendie de la cathédrale parisienne dans un écrin disco-pop ultra-poli construit autour de trois accords hypnotiques joués en boucle.  Autre surprise : la reprise d’Amazona de Roxy Music, transformée ici en funk FM aux refrains planants. Le morceau se conclut par un solo de guitare apocalyptique et déchirant qui vient brusquement fissurer la douceur apparente du titre.

Morrissey reste fidèle à lui-même

Plus loin, Headache s’impose comme l’une des plus belles réussites du disque. Mais c’est sans doute Boulevard, signé Morrissey / Alain Whyte, qui résume le mieux l’âme de cet album. Le chanteur y exprime une mélancolie théâtrale intense dans une ballade piano-voix qui rappelle Life Is a Pigsty (2006).  À l’inverse, Zoom Zoom the Little Boy, duo psychédélique oriental avec Keren Ann, apporte une énergie plus lumineuse et devrait rapidement devenir l’un des moments forts des concerts du chanteur. Enfin, The Monsters of Pig Alley, qui clôt l’album, adopte un ton moins dramatique mais profondément mélancolique. Signé lui aussi avec Alain Whyte, le morceau déploie une douce lucidité sur la gloire passée et le temps qui s’efface. Une conclusion humble et émouvante qui apporte une profondeur inattendue au disque.

Avec Make-Up Is a Lie, Morrissey ne cherche ni à séduire à tout prix ni à reproduire les recettes de ses succès passés. Tout n’y est pas parfait, mais cette œuvre dense et singulière s’inscrit pleinement dans la continuité d’une carrière bâtie sur l’indépendance artistique et le refus du compromis. Quarante ans après ses débuts, Morrissey reste fidèle à lui-même : imprévisible, mélancolique et profondément à part.

jean-Christophe Mary pour www.micmag.net

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