06-08-2011 12:01:49

Márcio FARACO : "La musique brésilienne est complexe."

Márcio FARACO semble avoir conquis le public du Festival du Bout du monde. Sous le Chapiteau, le public fredonne en chœur des mélodies métissées entre foro et country music.
Interview Iris Sergent (Presqu'île de Crozon, Finistère)


"Je ne sais pas si c'est mon public, ce sont des gens qui viennent pour le festival. Il y a beaucoup de gens du festival qui viennent me voir sans savoir qui je suis car la musique brésilienne est très populaire. C'est une musique complexe, qui va très loin, nous sommes un pays fait de mélange. Les gens se reconnaissent dans cette musique parce qu'il y a un peu d'eux-mêmes là-dedans. C'est une musique qui voyage beaucoup dans des pays étrangers. Au début, je n'aurais jamais pensé aller en Macédoine, en Slovénie, en Thaïlande..."

Micmag : et le Brésil ?

Au Brésil aussi (rires), mais ça c'est normal. 

M : j'ai vraiment eu l'impression que tu avais ton public français. En général, les brésiliens qui jouent en France ont un public d'expatriés brésiliens. Là, les gens semblaient connaître tes morceaux...

J'ai fait six disques en France quand même : j'ai signé en 2000 avec Universal pour faire trois disques avec eux et ensuite trois disques avec Harmonia Mundi. Ils ont un pouvoir de divulgation... J'ai réellement commencé ma carrière ici, même si j'ai débuté la musique au Brésil. Mais je n'ai pas trouvé de producteurs là-bas. J'ai fini par signer ici. J'ai fait le chemin à l'envers, ce n'est qu'après que mon disque est sorti au Brésil.

M : ça a été une forme de tremplin pour toi la France ?

C'était simplement un endroit où les gens m'écoutaient.

M : alors, qu'est-ce qui a plu en France et pas au Brésil ?

Il y a plusieurs choses. Il y a une qualité française : désir d'accepter la différence que l'on ne retrouve pas dans les autres pays du monde. Quand je suis arrivé en Europe, je suis allé en Angleterre et il n'y avait pas beaucoup de nouvelles de la musique brésilienne là-bas. C'est le plus grand marché pop du monde mais il sont plutôt branchés musique anglophone. A l'époque, ils ne connaissaient pas vraiment cette musique là-bas, alors j'ai trouvé une ouverture ici. C'est un pays latin, c'est un pays d'accueil qui reçoit beaucoup de musiciens brésiliens. Après, pour la musique, il y a quand même un truc de charme : les Français trouvent que le brésilien c'est charmant et les Brésiliens que le français l'est aussi. Il y a une forme d'osmose.

M : pourtant, la musique que tu joues n'est pas celle que l'on s'attend à entendre d'un Brésilien, elle est très pop, très américaine. Quelles sont tes inspirations musicales ?

Je suis né au sud du Brésil et mon père voyageait beaucoup, j'ai donc dû le suivre. Quand je suis parti la première fois,  j'avais sept ans et j'ai dû à chaque fois m'adapter à des accents très différents. Lorsque je suis arrivé dans le Nord-Est du Brésil, les gens parlaient d'une façon extrêmement différente de ce que j'avais connu. Je n'ai jamais vraiment appris la guitare. J'ai appris à parler. La musique se retrouve dans la façon dont on parle ; cet accent très, très saccadé du Nord-Est brésilien, c'est "le bahiano", c'est exactement le même rythme. La façon nonchalante des Cariocas, c'est du sable. On retrouve les cellules musicales dans tout le pays. Et comme j'ai vécu un peu partout, j'ai musicalement cumulé les accents qui sont passés de ma bouche à ma main, à ma guitare.

M : et les textes, de quoi parlent-ils ?

Après, les sujets d'écriture sont très différents. Je ne les choisis pas en fait. Je suis dans l'attente de percevoir les choses de manière différente. Par exemple, je regarde tous les jours mon téléphone, j'essaie de le percevoir de manière différente et donc j'ai l'idée d'écrire sur ce sujet. Mes sujets d'inspiration, ça peut être les petites choses de la vie. Quand on veut faire quelque chose de personnel, on se parle à soi-même, on regarde son vécu. Ou alors on décrit la nature, les faits de la nature peuvent nous apparaître d'une façon qui n'est pas la même pour chacun d'entre nous. C'est un exercice dans un premier temps, puis tu trouves d'autres sujets avec l'expérience. Ce sont aussi des hasards : parfois tu as une idée folle qui va t'amener ailleurs. Ce que l'artiste fait, c'est de partager avec le public une surprise qu'il a eue. Et parfois, quand on se trompe, les réactions sont surprenantes : "tiens, qu'est-ce que c'est beau !".

M : et tu la perçois comment ta relation avec le public ?

Je ne suis pas un artiste. Je suis un musicien qui compose. Je ne suis pas un bon acteur, je préfère être moi-même si ça donne l'impression que tu fais ta cuisine lorsque tu joues devant quatre ou cinq mille personnes. De toute façon, il vaut mieux être soi-même. Si j'essayais d'être un acteur, je pourrais être très mauvais. Je raconte les choses que je vis.

M : tu ne joues pas seulement avec des musiciens brésiliens, puisqu'il y a ici un guitariste français. Tu les choisis comment tes musiciens ?

Je mets une annonce dans le journal..., ils font la queue, puis je prends celui qui demande le moins (rires). Non, je rigole. Non, le guitariste, je l'ai rencontré par Julio, un ami. Je l'ai invité chez moi pour jouer et le feeling est passé. Là aussi, c'est une question de hasard, de rencontres. 


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