Lyon - voz libre

Lettre ouverte et parfumée à Madame la Ministre de l’art contemporain

Nicole Esterolle - 29 octobre
Une image très odorante -Madame la Ministre- Je vous joins cette image parue dans le Monde du 13 10 2012, pour accompagner un article intitulé « l’art n’a pas d’odeur »…
un paquet-cadeau du genre patate chaude très malodorante…

Une image très odorante

Madame la Ministre,

Je vous joins cette image parue dans le Monde du 13 10 2012, pour accompagner  un article intitulé « l’art n’a pas d’odeur »… C’est une image qui pourrait en effet figurer en couverture du dossier brûlant intitulé Art  Contemporain , que vous ont transmis vos  prédécesseurs : un paquet-cadeau du genre patate chaude  très malodorante…


Alors, que voit –on sur cette image et keskiypudontan (*) ?

1- Le jeune Adel Abdessmed
Artiste récemment « émergé » sur la scène  des grands produits artistico-financiers internationaux. Un modèle pour tous les petits artistes « émergents » frais émoulus des écoles de formatage artistique et perfusés à l’argent public. Une fierté nationale, que l’institutionalité que vous dirigez, (mais qui est également dépendante des grandes galeries et collectionneurs milliardaires) vient d’honorer comme elle le mérite, en lui organisant une rétrospective au Centre Pompidou. Cette exposition s’ouvre avec une croupe de cheval émettant son inévitable pet plus ou moins puant. Il y a aussi la video d’un petit cochon qui ne sent pas non plus l’eau de Cologne en train de téter goulument le sein d’une femme voilée : une stigmatisation blasphématoire de la race  porcine, avec  en perspective un scandale mondial qui va bien sûr doubler la cote des œuvres du dit Abdessemed. Parmi celles-ci on notera une sculpture de 3 mètres de haut, en résine noire, figurant exactement Zinédine Zidane administrant son fameux « coup de boule » au méchant italien. Cette œuvre majeure orne   l’entrée du centre Beaubourg. On remarquera  aussi  un squelette en plastique de diplodocus de 25 m de long, un Boing 707 transformé en hamburger , une vidéo d’un serpent dévorant une grenouille et celle d’un couple forniquant parmi la foule d’une sortie de messe, etc. Autant d’œuvres dont la saveur et la forte odeur de contemporanéité artistique sont  aisément  détectables  par les narines expertes des agents de votre ministère en étroite liaison olfactive avec les grands marchands d’art.

2- François Pinault
Le collectionneur milliardaire bien connu, 67e fortune mondiale,  l’un de 10 hommes  les plus riches de France et qui , pour cela , est reconnu  comme  le meilleur expert français en art contemporain. Un art, qui, comme tous les produits de luxe dont il a fait sa spécialité, voit sa valeur  boursière flamber à mesure que les gens s’appauvrissent, que les artistes s’inscrivent au RSA, que les galeries prospectives ferment  et que la récession économique s’installe. Grand prédateur cynique devant l’Eternel, il sait, à travers des artistes tels qu’Abdessemed, transmuter l’angoisse existentielle, la violence, la souffrance sociale, le questionnement sociétal en produits financiers à haute valeur spéculative… Un recyclage en boucle, parfaitement vicieux, qui a  obtenu l’agrément des Ministres de la Culture qui vous on précédée, puisque l’un d’eux, Jean-Jacques Aillagon, fut son dévoué serviteur à la direction de sa Fondation Vénitienne et a mis ensuite à sa disposition le Château de Versailles pour valoriser un peu plus ses produits tels que Koons et Murakami. Je vous conseille d’ailleurs de rester en bons termes avec François Pinault, qui pourra vous procurer, comme pour Aillagon, quand vous ne serez plus ministre, un bon job dans ses entreprises. Mais je doute pas qu’il soit déjà content de vous, quand il vous voit présider la remise du Prix Marcel Duchamp (voir photo jointe 02 avec de gauche à droite, Alfred Pacquement, conservateur du Musée Pompidou ; Gille Fuchs, président de l’ADIAF ; Mircea Kantor, lauréat 2011; Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture, Alain Seban, Directeur du Centre Pompidou)) , décerné par l’ADIAF, qui est une association de riches collectionneurs dont le but est de fabriquer et valoriser les  nouveaux titres  artistico-financiers qu’ils ont créés et possèdent. Je ne doute pas non plus que vous ayez apprécié à sa juste valeur l’œuvre lauréate du couple Dewar et Gicquel, artistes qui  « adorent faire voler en éclats le répertoire usuel des thèmes de la sculpture. ils manifestent une prédilection pour le kitsch et le grotesque à la limite du mauvais goût » : une sculpture toute noire, longue de près de deux mètres, représentant  un plongeur avec ses palmes et qui était  à l'origine, un projet de stèle mortuaire…

3- Le Christ en fil de fer barbelé
Cette  œuvre, grossièrement symbolique et  lourdement tautologique (les épines) , juste une idée simplette sans aucune invention formelle (et réalisée probablement par les assistants de l’artiste sur indication sommaire de celui-ci et qui s’y sont piqué les doigts),  dont on aperçoit deux éléments sur quatre, baptisée laconiquement « Décor » a été achetée 2 millions d’euros  par François Pinault. Il est écrit à son propos : « Adel Abdessemed y  pose la question sans réponse de la souffrance humaine (…) un corps constitué de fils de fer barbelé acéré et tranchant, instrument et symbole contemporain de la violence et de la souffrance. L’artiste figure le crucifié comme une immense blessure, concentrant en un seul corps à la fois la torture et la cruauté. »… Ainsi, comme je vous le disais plus haut, torture, violence et cruauté sont ici, par une cynique, grossière et odieuse instrumentalisation  à la fois de l’art et de la religion, transformées en gros paquet d’argent…lavé bien entendu de toute saleté malodorante par la bénédiction conjointe des Affaires Culturelles et des Affaires Religieuses.…  et qu’importe si ici, la mémoire de Germaine Richier, dont l’artiste n’a évidemment jamais entendu parler, est foulée au pieds.

4- Le Retable d’Issenheim
Derrrière François Pinault on peut apercevoir le chef-d’œuvre de Matthias Grünenvald qui est au Musée Unterlinden de Colmar et qui a aujourd’hui 500 ans.
Et c’est justement pour commémorer le 500 ème anniversaire du fameux retable, que Jean-Jacques Aillagon, toujours en embuscade derrière son Pinault préféré, a eu cette idée de génie du prêt des 4 paquets de fil de fer , pour les confronter au trésor de l’humanité : "J'ai appelé la conservation du musée d’Unterlinden, ça s'est fait très rapidement, j'adore monter des coups comme ça » (extrait du Monde du 27 avril article de Florence Evin)… Et voilà, Madame la Ministre, comment, avec ce magistral coup de com’, d’une impudence et d’un irrespect record, votre distingué prédécesseur a fait passer le prix de la ferraille, de 2 millions d’euros à 4 ou 6 millions au profit du milliardaire Pinault.

C’est beau , c’est grand, c’est sublime,  l’art et la culture, ne trouvez-vous pas, quand on arrive à ces sommets d’ineptie, d’impudence , de cynisme, de corruption, de perversité, de grossièreté, d’ignominie,(les mots me manquent), de mépris  total pour notre patrimoine et pour toutes valeurs autant morales qu’esthétiques…Est-ce ça, l’exception culturelle française ?

Alors, je vous pose une question, Madame la Ministre : qu’allez-vous bien pouvoir faire de ce tas d’immondices qu’on vous a légué? Comment allez-vous vous y prendre pour arrêter ce délire, mettre fin à cette gigantesque,  odieuse et sinistre farce ? Comment arrêter ce massacre ?

Allez-vous vous contenter, comme vos prédécesseurs, de nier farouchement les évidences ? Continuerez vous d’affirmer qu’il n’y a pas de problème avec les collections des FRAC, du  FNAC des Musées et Centres d’art contemporain, qu’il n’y a pas d’art officiel, pas d’esthétique d’Etat, pas de formatage des élèves en écoles d’art, pas de collusion entre l’appareil institutionnel  et le grand marché ? Continuerez-vous de penser que des artistes comme Paul Rebeyrolle, Velickovic, Antonio Segui, Pat Andrea, par exemple, ne méritent pas une rétrospective à Beaubourg et reconnaissance nationale. Continuerez – vous de dire sans honte que vos « inspecteurs de la création », commissaires et conseillers divers sont les garants de la diversité ? Continuerez vous d’ignorer que l’action institutionnelle ne bénéficie qu’aux  5% d’artistes agréés et conformes à l’esthétique officielle ? Et qu’ainsi, 95% des plasticiens de ce pays sont ringardisés, disqualifiés, oubliés, on nom de critères de sélection  imposés par le réseaux quasi mafieux dominants? Que 35% des artistes déclarés  sont inscrits au RSA ? Que les galeries proposant des produits spéculatifs, des valeurs confirmées et du signe d’appartenance de classe,  prospèrent  au détriment des galeries prospectives ? Qu’on assiste à une déconstruction systématique des valeurs patrimoniales et du patrimoine lui-même ?… et enfin, continuerez vous d’affirmer que  ceux qui révèlent, dénoncent et proposent des analyses de toutes ces aberrations, ne  sont qu’une bande de ringards, aigris, populistes et réactionnaires avec , à sa tête, des gens aussi peu recommandables que   Jean Clair, Jean Baudrillard, Bernard Noel, Edouard Glissant, Luc Ferry, André Comte Sponville, Alberto Moravia, François Chevallier, Pierre Gaudibert, Jean-Philippe Domecq, Claude Levi Strauss et j’en passe ?

Votre tâche est certes herculéenne, puisqu’il s’agit rien de moins que d’assainir le champ de l’art contemporain qui pue encore plus fort que les Ecuries d’Augias. Et pour cela , vous n’êtes pas aidée, semble-t-il par notre gentil président, qui n’a rien trouvé de mieux, pour affirmer son attachement prioritaire à la culture, que d’aller visiter le monumental et notoire fiasco burénien au Grand Palais, et honorer un artiste on ne peut plus anti-culturel, puisque se revendiquant, dès le départ, avec ses bandes verticales, comme anartiste conchiant la culture et l’art bourgeois…Lesquelles bandes verticales sont devenues aujourd’hui signe de reconnaissance et de distinction  pour les  dits bourgeois, depuis que Vuitton en a décoré ses sacs à main (voir supplément du Monde du 21-10-12)…

Il est pourtant permis de ne pas désespérer totalement de vous, quand on apprend que vous avez annulé le projet FrédéricoMittérandesque, particulièrement stupide  et démagogique de construire une Villa Médicis en banlieue défavorisée, quand on sait que vous avez écouté les élèves de l’école des Beaux-Arts d’Avignon et viré leur directeur, quand on apprend aussi que vous avez décidé d’arrêter cette énorme foutaise de Monumenta, tout à fait contre-productive en termes de « rayonnement culturel français à l’international », et de consacrer l’argent ainsi économisé, à l’amélioration de la vie et des conditions de travail du plus grand nombre possible d’artistes… Bravo pour cela , Madame la Ministre,  car c’est une preuve de votre bonne volonté!

Mais malgré cela, la question reste entière : par quel bout allez-vous commencer  cet énorme  chantier ? Car il s’agit rien de moins que de faire accomplir à l’appareil institutionnel, un retournement complet sur lui-même de 180 °, pour qu’il retrouve le sens de la marche, le « bon sens » en quelque sorte. Quelles consultations ? Comment réintroduire l’expertise des artistes eux-mêmes ? Quels audits ? Quelles enquêtes ? Quelles commissions pour quelles évaluations ? A qui faire confiance ? Qui sortir des placards ? Qui passer à la trappe ? Quelles personnes, quelles instances pour la désignation de quelles autres instances de réflexion, de nomination? Quelles  réformes structurelles, proposées par quels experts nécessairement  extérieurs à l’appareil à réformer?... Un vrai casse-tête !

Un vrai casse-tête , oui, mais mêmesi vous ne faites qu’amorcer ce chantier, ce sera déjà ça de fait, et l’histoire de l’art vous en saura gré, Madame la Ministre,  et sera fière de vous,(ceci compensant la honte qu’elle a déjà  de vos prédécesseurs ), car enfin : Fluxus fête ses 50 ans ; Marcel Duchamp, cela fait 90 ans que cela dure ; Buren cela va faire  50 ans, etc… Un demi siècle  donc au moins  que ces références poisseuses bloquent votre appareil, empoisonnent l’enseignement de l’art et verrouillent la pensée artistique institutionnelle, et tout cela au nom de la contemporanéité avant-gardiste ! Un comble, ne trouvez-vous pas ?

Alors oui, il faudrait passer à autre chose, permettre la libre éclosion de nouvelles formes pour le 21e siècle, qui ne soient pas celles imposées par la collusion fonctionnaires et spéculateurs de l’art. Et pour cela nous comptons sur votre contribution,  Madame la Ministre. Aussi, merci de nous tenir au  courant de tous projets de votre ministère qui iraient dans ce sens.


A lire absolument
Permettez moi de vous faire une autre suggestion, Madame la Ministre : c’est de lire vous même et d’obliger votre personnel art contemporain à lire les écrits de Nathalie Heinich sur la question (c’est une sociologue française). Lire également les livres de Aude de Kerros et son récent texte sur la FIAC que je vous joins en 04.

(Et vous Kro - niqueurs d’art à la solde du Kran - Kapital, lisez cela aussi… cela améliorera votre transit cérébral)

Les GérARTs de la FIAC 2012
En marge du Prix Marcel Duchamp cité plus haut, voici un lien vers des photos d’œuvres encore plus tarées,
http://elolang.tumblr.com/post/34114100963/les-gerart-de-la-fiac

qui  ont obtenu les GérARTs 2012 pour leur magistrale débilité. (Le Ministère qui fait chaque année pour 800 mille euros d’achats à la FIAC pour soutenir le cours de l’inepte, n’a acheté aucun de ces GérARTs… c’est tout à fait surprenant de sa part !)


Signez la pétition :

LES ARTISTES CONTEMPORAINS PLASTICIENS SONT EN DANGER
http://www.wwpas.org/petition2011.asp

* Ceci est un clin d’œil amical à Raymond Queneau.

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