- Arts

A qui appartient l'oeuvre d'art ?

Marie Torres - 
Serge Schoffel est défenseur d’un patrimoine universel et, à ce titre, s’oppose à la restitution des œuvres à leur pays d’origine. Il explique son point de vue.
Serge Schoffel©Gaétan Miclotte

A la tête d’une galerie d’Art Premier à Bruxelles, Serge Schoffel s’oppose à la restitution des œuvres d’art à leurs pays d’origine qui, selon lui, va à l’encontre de l’intérêt de l’Humanité. Ses maîtres-mots : conserver, protéger, cultiver l’intérêt pour pouvoir transmettre.

Micmag.net : Depuis quelques années, les demandes de retours de bien culturels à leurs pays d’origine se multiplient et relancent le débat : faut-il ou non les restituer ?

Serge Schoffel : Mon point de vue est très clair, je suis contre. S’intéresser aux objets des civilisations du monde, quelles qu’elles soient, est un fait de notre culture occidentale. C’est cet héritage historique qui a permis de les étudier en profondeur, de les faire connaître, de les faire exister, de cultiver l’intérêt et aussi de les protéger. Ces objets auraient pu être mille fois détruits lors de conflits. Leur conservation permet, aujourd’hui encore, de les découvrir et de les admirer.

M. : Alors que penser lorsque le Bénin demande à la France la restitution de quelque 5000 pièces pillées lors de la colonisation de 1892 ?

S.S. : Ces objets ne sont la propriété ni du Bénin, ni de la France, ils appartiennent à la culture mondiale. Et je trouve désagréable de parler de pillage et d’oublier systématiquement que ces objets, qui auraient pu être détruits, méprisés, oubliés, ont été au contraire préservés, conservés, mis en valeur.  Oublier que c’est grâce à cela, qu’aujourd’hui, on en connaît l’existence et qu’on peut les réclamer…

Par ailleurs, recevoir favorablement ces restitutions serait ouvrir la boîte de Pandore et donnerait lieu à des aberrations. Je pense, par exemple, aux 20 têtes maories, tatouées et momifiées, remises par la France à la Nouvelle-Zélande. C’est une bêtise faite par des personnes qui veulent se donner bonne conscience et qui, en fait, vont à l’encontre de l’intérêt de l’Humanité. Ces têtes étaient les plus beaux restes humains jamais conservés, maintenant elles ont été inhumées. Elles ne sont plus que poussière. Personne ne pourra plus jamais les voir. Et, je voudrais préciser que ces crânes étaient ceux de gens qui avaient été assassinés car appartenant à un clan ennemi. Il parait plus justifié de vouloir inhumer correctement ses propres ancêtres que ceux d'ennemies même s'ils vivaient dans un contexte culturel similaire. Ces gens sont des anonymes ...

Aussi, à mon avis, il faut accepter les choses telles qu’elles sont et laisser les personnes compétentes s’en occuper mais ne pas entrer dans la polémique des restitutions.

M. : Peut-on envisager une autre solution ?

S.S. : Oui, on pourrait prêter les œuvres pour des expositions dans la mesure ou on aurait la garantie qu’elles nous seraient rendues.

M. :  La polémique autour de ces demandes peut-elle troubler le marché de l’art et particulièrement de l’Art Premier ?

S.S. : Plus il y aura d'obstruction et plus il sera difficile de le faire vivre. Mais, en tant que marchand, ce n’est pas à cela que je pense en priorité.  L’important c’est que, malgré tout, même si ce marché a des défauts, il stimule la passion, il crée l’émulation et augmente les recherches, les études et la connaissance générale de tous les peuples sur terre.

Pour en savoir plus sur Serge Schoffel

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Marie Torres pour www.micmag.fr

 

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