Paris - salle de concert : le Grand Rex

Bruno Blanckaert, l'homme qui fait briller les étoiles du Grand Rex

interview Jean-Christophe Mary - 
Bob Dylan, Tom Petty, Tom Waits, Crosby Still Nash and Young, Bashung…Tous les grands artistes du XXe siècle sont passés au Grand Rex de Paris. Bruno Blanckaert, son directeur général, évoque l’histoire de ce théâtre mythique, fondé dans les années 30.

C’est au début des années 30, que Jacques Haïk, producteur et distributeur cinéma, et propriétaire de l’Olympia, se lance dans la construction de la grande et belle salle du Grand Rex. Un lieu extravagant qui accueille 2 700 spectateurs sur une superficie de 2 000 m2, avec un plafond culminant à plus de 30 m, représentant une voûte étoilée lumineuse. Bruno Blanchaert, son directeur général, nous en dit un peu plus sur l’histoire de ce théâtre mythique.

Micmag.net : La grande salle située en plein air avec ses parois colorées restitue l'ambiance Art déco des villas de la « French Riviera » …Tout est resté dans son jus, rien n’a changé depuis 1932 ?

Jacques Haïk : C’est notre travail et c’est une lutte permanente. La semaine dernière, par exemple, on devait changer un luminaire. On me propose de mettre du cristal de Venise. C’était hors de question. J’ai dit vous allez trouver le verre d’origine – un verre Mika - même si vous devez parcourir le monde entier. Ici, chaque élément est respecté, c’est fondamental. Vous en changez un, et c’est foutu.

M. : Le Rex est un complexe à lui tout seul : salles de cinéma, de concerts, de spectacles, Club, Musée…

J.H. : Aujourd’hui on a six et le Grand Rex soit sept salles. On peut ainsi répondre à la demande du public qui réclame de la diversité. 

Quant au musée, il a été créé dans les années 2000. A cette époque, nous avions été voir ce qui se passait au radio City hall de New York, la grande sœur du Grand Rex. Là, on découvre qu’ils organisaient des visites du cinéma avec de jeunes étudiants, habillés en costume des années 30. De notre côté, nous avions déjà une forte demande de la part du public pour des visites. On décide donc d’utiliser les parties dont on ne servait pas et de créer un parcours de 45 minutes qui raconte l’histoire magique de la salle : les célébrités, les événements qui s’y sont passés, comment on fait un film, les effets spéciaux … pour aboutir à la projection du film depuis la cabine.

M. : Chaque année, pendant les fêtes de Noël il y a la traditionnelle Féérie des Eaux…

J.H.: L’idée est née dans les années 70. Philippe Hellmann* s’était rapproché des studios Disney et avait révolutionné la date des sorties des dessins animés en les positionnant à Noël. Cela a été un succès incroyable, le Grand Rex alternait 5 à 6 séances par jour. Je crois que le record a été de 7000 spectateurs dans la même journée. Bien sûr, il faut aussi remettre les choses dans leur contexte. A cette époque, les spectateurs n’avaient pas la télévision et le cinéma était encore un spectacle à part entière. Mais on a conservé cette tradition que l’on a agrémenté de la Féérie des Eaux. Aujourd’hui, les spectateurs viennent voir la Féérie comme un spectacle à part entière avec ses lasers, ses jets d’eau. L’an dernier, ils se sont déplacés pour le spectacle et, accessoirement, le film. Notre rêve, maintenant, serait de faire ici comme avec le Christmas Celebrate au radio City Hall, un vrai spectacle de Noël.

M. : C’est vous qui avez lancé les concerts…

J.H : J’ai intégré l’équipe du Grand Rex dans les années 80 et j’ai d’abord renouvelé la « partie » cinéma avec des avant-premières prestigieuses, les premiers épisodes de la saga Star Wars, des choses plutôt amusantes. Et puis je me suis dit que ce n’était pas possible d’avoir une salle d’une telle qualité sans pouvoir y faire de concerts. J’ai eu carte blanche pour débuter avec un concert le mardi soir. Comme ça marchait, j’ai récupéré le jeudi et de fil en aiguille, j’ai fait les programmations musicales comme je l’entendais.

M. : Un vrai bonheur…

J.H. : La chance de ma vie car j’adore la musique, le rock des 70’s et des 80’s. J’avais une salle de 3000 places et la chance de pouvoir programmer qui je voulais ! Chaque lundi, je faisais le tour des disquaires et je surveillais ce qui arrivait des Etats-Unis et d’Angleterre. J’allais voir des organisateurs comme KCP qui programme les Rolling Stones mais à l’époque le rock était un peu « ghetto ». Il y avait l’Olympia mais là c’était du rock déjà consacré qui y passait, comme les Beatles dans les années 60. Le Palais des Sports commençait, lui aussi, à ouvrir ses portes mais à l’époque, quand Pink Floyd était sur scène les CRS étaient à l’entrée. Donc je me suis fait plaisir avec des artistes anglo-saxons, les premiers étant les Pointer Sisters en 1985. Ensuite, Al Di Meola, le canadien Daniel Lavoie qui triomphait à l’Olympia et devait trouver en catastrophe une autre salle. J’ai enchainé avec Matt Bianco, Madness, James Taylor, Sonny Rollins, Bashung en 1986, Crosby Still Nash and Young, Echo and The Bunnyman, Suzanne Vega, Leonard Cohe…Le jazz aussi, avec Michel Petrucciani, Herbie Hancock, Phil Colins avec son big band...

Après la musique world est arrivée avec Marisa Monte, Paco De Lucia… Bjork, un concert là encore incroyable, un des plus beaux de ma vie. Puis, les Français ont suivi : Brigitte Fontaine, Mathieu Chedid, Bénabar. La 2eme femme de ma vie artistique arrive en 2004 c’est Césaria Evora. Je lui fais tellement de déclarations d’amour que, jusqu’à sa disparition, elle n’ira plus chanter ailleurs !

M. : L’Olympia, le Rex, la jauge est la même. Quelle offre différente apportez-vous ?

J.H : J’ai pris des risques de parier sur une nouvelle génération d’artistes et j’en ai refusés d’autres dont je tairai le nom préférant un Bénabar qui commençait, par exemple. J’ai aussi fait venir Higelin avec les Zap Mama. En fait, tout mon travail a été non pas de concurrencer l’Olympia, mais de trouver un angle différent pour attirer les artistes et le public. Et, parmi les moments les plus extraordinaires, il y a le concert de Bjork, ou celui de Bob Dylan qui nous a fait la surprise, pour la première partie de son show, de venir habillé de blanc pour chanter que des titres du répertoire d’Elvis Presley.

M. : La partie « cinéma » est chargée d’histoire, Hitchcock est venu présenter les Oiseaux, Gary Cooper a inauguré l’escalier mécanique…

J.C.M. : Oui c’était le premier cinéma, après le radio City Hall, à avoir un escalator et Jean Hellmann avait fait une soirée d’inauguration avec Gary Cooper et Mylène de Mongeot. Il avait aussi organisé La Nuit des Césars et fait venir le tout Paris, qui ne se déplaçait qu’en voiture et en métro. Aussi, il obtint de la RATP que la ligne Invalides/ Bonne Nouvelle soit privatisée ce soir-là ! Un grand moment de l’histoire du cinéma.

M. : Un événement qui vous a particulièrement marqué ?

J.H: Le concert de Tom Waits. Il arrive seul sur scène dans le noir avec, sur la tête, un chapeau melon couvert d’étoiles. On aperçoit un faisceau de lumière sur ses mains, il commence un morceau au piano en battant le rythme avec le pied. Au sol, se trouve de la farine et à chaque battement de pied elle remonte et l’entoure d’une espèce de voile blanc. Le faisceau de lumière se détache de ses mains pour aller frapper les étoiles sur le chapeau. Dans la salle, nous sommes 2500 personnes à penser qu’un ange céleste est en train de jouer pour nous. Silence jusqu’à la fin du morceau. Puis, la salle devient folle. Un souvenir magique.

M. : Des concerts, de l’humour, du music-hall, de la comédie musicale, vos activités sont polyvalentes…

J.H. : On réalise autour de 120 événements chaque année. Aujourd’hui, je m’oriente vers des productions de plus longue durée même si je continue d’accueillir des concerts.  La concurrence dans Paris est devenue plus forte, l’offre se diversifie, il y a de plus en plus de salles de spectacles ; Pleyel va être programmée en variété, la Philharmonie s’amuse aussi à faire des cartes blanches en variétés, les théâtres, le Casino de Paris, les Folies Bergères offrent aussi une programmation variée…

M. : Quel artiste aimeriez-vous voir figurer à votre palmarès ?

J.H. : Grégory Porter en jazz et le groupe Angus et Julia Stone que je ne lâcherai pas tant qu’ils ne seront pas venus ici ! Pour moi, c’est le groupe de ces dix prochaines années.

M. : Les cachets de certains artistes s’envolent. Dernièrement, à l’Olympia, les billets étaient proposés entre 100 à 249 euros pour Elton John. Jusqu’où le spectateur peut aller pour s’offrir un artiste aujourd’hui ?

J.H. : La question du prix juste est éternelle. Au Grand Rex, nous avons toujours veillé à maintenir des prix raisonnables, Tom Waits excepté car c’était une seule représentation pour l’Europe. Mais j’essaie de limiter la casse. Nous avons le balcon où le tarif des places oscille entre 40 et 90 euros soit 800 places dans des catégories de prix abordables et bien placées.

M. : Ressentez-vous les effets de la crise ?

J.H. : Non, absolument pas. Le Grand Rex est une salle prestigieuse, bien située au centre de Paris, un vivier de 10 millions d’habitants. Quand on est une salle indépendante, on n’a pas d’autres contraintes que de faire en sorte que le public vienne. Et, je n’ai pas de comptes à rendre au niveau national ou international. Je ne suis pas dépendant d’un groupe d’investisseurs, je n’ai pas de pression financière. On est dans un schéma de rentabilité et d’équilibre mais pas dans une course au profit avec des ratios de rentabilité…c’est ma chance. Une chance que j’ai dû forger en disant « non » à certains moments, ce qui a été considéré comme un refus de vente et m’a parfois valu des procès mais peu importe. J’ai refusé dernièrement une grande comédie musicale très populaire, qui m’aurait valu une belle recette, mais qui ne correspondait pas à l’image de marque de la salle. Je préfère renoncer pour garder cette ligne éditoriale. Cette indépendance est la source et la clé du succès du Grand Rex. Et c’est du boulot mais, après tant d’années, je me surprends à le faire avec toujours autant de plaisir.

M. : En quelques mots, quelle est l’image de marque du Grand Rex ?

J.H. : Le Grand Rex est une salle populaire mais de grande qualité cela vaut pour la salle en elle-même jusqu’aux toilettes que nous avons refaites dernièrement avec une déco 1930. Plus on tire les gens vers le haut plus, ils respectent le lieu. Et le Grand Rex est surtout la salle la plus mode de Paris.

M. : Une anecdote à raconter ?

J.H. : Dans les années 80, durant un concert de Madness, nous voyons, avec Alain Lahana, leur producteur, un groupe de spectateurs, chaussés de grosses Doc Marteens, se mettre à danser sur les fauteuils. Nous étions, tous les deux, derrière la scène en train de compter les fauteuils qui volaient. Au total, 25 ont été cassés. Le lendemain, j’envoie un fauteuil à Alain et lui m’adresse une paire de Doc Marteens.

M. : Des souhaits pour le futur ?

J.H. : Continuer à faire notre métier le plus longtemps possible de manière indépendante. A moins de faire de grosses bêtises, la salle continuera. Son atout, aujourd’hui, est sa capacité : 2500 places, c’est vraiment une bonne jauge.

Propos recueillis par Jean-Christophe Mary pour www.micmag.net

* Propriétaire du Grand Rex de 1967 jusqu'à sa mort en 2010

Jean-Christophe Mary
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