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Myriam Gaume : "Pour ma part, admirer la silhouette du pays perdu, c'est le retrouver"

Marie Torres - 22 novembre 2018
Myriam Gaume, journaliste indépendante, est née en France de parents arméniens. A partir de 1989, elle fait des séjours en Arménie et observe et découvre ce peuple qu'elle ne connaissait pas et qui est le sien.

Micmag.net : C'est à partir de 1989, que vous avez commencé à vous rendre en Arménie ?

Myriam Gaume : Oui, j'ai fait plusieurs séjours en Arménie et au Caucase à partir de cette date. L'Arménie était alors la plus petite des 15 républiques de l'URSS. Sous l'effet de la perestroïka, conduite par Mikhaïl Gorbatchev au Kremlin, les frontières se sont ouvertes pour la première fois à l'aide internationale à la faveur du séisme de Léninakan le 7 décembre 1988.

M. : Comment s'est passée cette première rencontre avec le "pays perdu"?

M.G. : Passion journalistique et passion intime, familiale, ont pris corps : les noms, les visages aux sourcils arqués, les traditions, cette manière d'être autre est partout d'une ville à l'autre. C'est avant tout pour la documenter que j'ai photographié la guerre et les épisodes dont j'ai été le témoin direct.

M. : Avez-vous vécu là-bas ?

M.G. : Non, je n'ai pas vécu en Arménie mais j'y ai multiplié les séjours. Je précise que le livre "Les Invités de la Terre" recouvre la période 1988-1992, période qui a conduit à l'indépendance et qui a été couverte par mes reportages d'alors. J'ai ensuite séjourné très régulièrement en Arménie, en province, au Karabakh.

M. : Par ailleurs, vous avez publié un guide littéraire qui réunit les plus beaux textes écrits sur l'Arménie. On y trouve du "beau monde", arménien ou pas. Lamartine, Dumas, Sand, Pouchkine, Grossman, Simenon mais aussi Clémenceau ou Marco Polo.

M. G. : Ces écrivains voyageurs ont ennobli ma vision de l'Arménie : l'écrivain voit juste, célèbre l'Arménie heureuse, celle des traditions nobles ou surannées. Ce Guide littéraire consacre l'importance de l'Arménie, au verrou de deux continents, dans la culture des amoureux du voyage.

Quand Vassili Grossman compare à des cristaux la fraîcheur des herbes sur le pain lavache cuit au four creusé dans la terre, le 'tonir', quand il parle des syllabes de la langue arménienne avec lesquelles "on pourrait ferrer les chevaux", il nous offre un regard amoureux et sans concession. Alberto Moravia décrit l'Ararat comme "la montagne par excellence" et Ossip Mandelstam n'aura "pas voyagé en vain" d'avoir parcouru le monde jusqu'à cette étape de l'Ararat.

Pour ma part, admirer la silhouette du pays perdu, c'est le retrouver. Ce qui nous est cher nous appartient, dans notre ossature, et rien ne peut nous en défaire.

M. : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la littérature arménienne contemporaine ?

M. G. : Les auteurs arméniens d'Arménie restent inspirés par la fracture du génocide qui frappe les populations arméniennes en 1915 dans l'empire ottoman. L'histoire contemporaine est ancrée dans la mémoire et recouvre tous les autres thèmes. Qu'un récit se déroule à Erevan, Moscou, Los Angeles ou Paris, c'est toujours de mémoire que parlent les héros, les protagonistes de la fiction. Depuis 1988, la guerre au Karabakh lui fait écho : une lutte pour la terre et la survie de l'arménité a commencé il y a trente ans. En avril 2016, la reprise des hostilités sur le front a touché une nouvelle génération.

La communauté arménienne est présente aux quatre coins du monde russe au XXe siècle. Jusqu'en 1991, à la proclamation de l'indépendance de l'Arménie, des noms à consonance arménienne rayonnent dans l'univers culturel soviétique : le musicien Aram Khatchadourian, le poétesse Silva Kapoutikian, le peintre Aïvazovsky, le cinéaste Paradjanov, l'écrivain Yéghiché Tcharentz.

On peut citer, aussi, la poétesse Violet Grigoryan qui est née en Iran et vit, aujourd'hui, en Arménie. Cette jeune femme aborde les thèmes reliés à la tradition et au rôle des femmes. Elle a aussi créé la revue Inknaguir (Autographe) destinée à faire entendre les nouvelles voix contemporaines.

Pour en savoir plus sur Myriam Gaume, ici

Lire aussi, L'Arménie, un pays, une identité, une culture

Marie Torres pour www.micmag.net
Les Invités de la terre. Arménie, Karabagh (1988-1992)
Myriam Gaume
Editions du Seuil, 1993 (Broché)
20,90 euros

L'Arménie - Guide littéraire
Myriam Gaume
Editions Fabre, 2000
14,64 euros

Vivre en guerre
Myriam Gaume
Editions Phébus,2003(Broché)
19,50 euros
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