Paris - portrait

Lenine (musicien) - l'interview vintage d'un artiste aux 80 000 fans !

Stephane de Langenhagen - 17 juillet 2012
Premiers disques, premières scènes, premières radios, premiers fans, l'interview vintage de Lenine est une approche Micmag de l'artiste brésilien dont nous avons apprécié ses propos dans nos colonnes. (Lenine part II)

Micmag : quel a été le premier disque que tu as acheté ?

Lenine : School’s out d’Alice Cooper. J’étais fasciné par la pochette, en forme de pupitre d’écolier. Je l’ai acheté en import, car les disques fabriqués au Brésil à l’époque étaient de très mauvaise qualité. Oui, il y avait bien la petite culotte autour du vinyl. Je m’intéressais déjà à la quadriphonie, j’avais l’équipement, le matériel, la platine Garrard. A Recife, je travaillais dans un magasin de disques imports, et j’empruntais tous les mois des dizaines d’albums.

M : de quels groupes de rock as-tu été fan pour la première fois ?

Led Zeppelin et Franck Zappa. Zappa est génial. Tout comme Hermeto Pascoal, avec qui il a beaucoup d’affinités. Zappa est rock, mais pas que. Il est jazz, mais pas que. Il est académique. C’est un immense compositeur, arrangeur, son groupe a accueilli les plus grands musiciens, Jean-Luc Ponty, Georges Duke, comme une espèce de spécialisation, de doctorat de la musique, comme Hermeto, Miles Davis, ou James Brown. Ce sont des chamans.

M : quand es-tu monté sur scène pour la première fois ?

Très tôt. J’étais choriste de mon école, un collège de frères, et dès l’âge de 8 ans, je chantais à la messe, et dans les fêtes. La scène a toujours été très présente dans ma vie. Je ne me rappelle pas de la première fois, mais j’ai de très nombreux souvenirs. A partir de 10/11 ans, ma voix a mué, et j’ai commencé à jouer de la batterie.

M : te rappelles-tu de la première fois où tu t’es entendu à la radio ?

Oui, c’était en 1997, je conduisais et j’ai entendu "Hoje eu quero sair só", de l’album "O dia que faremos contato", sur une grande station FM. C’était la première fois que je m’entendais chanter à la radio, parce qu’avant, de nombreux artistes avaient déjà enregistré mes chansons, Elba Ramalho, Fátima Guedes…. La première fois que cette chanson est entrée dans la playlist des morceaux les plus joués par cette station, ça m’a beaucoup marqué. C’est mon premier tube. Le fait de m’entendre avec l’amplitude du micro de la radio m’a paru génial, mais un peu bizarre aussi.

M : était-ce difficile à l’époque de passer à la radio ? Il fallait payer un droit de passage ?

Oui, même distribué par un gros label, j’étais toujours quelqu’un d’anachronique, car les majors ne voulaient pas produire mes albums, ce que je fus obligé de faire moi-même. Avec l’intime conviction dès le début que j’allais y arriver.

M : qu’as-tu ressenti lorsque tu as reçu ta première lettre de fan ?

Beaucoup de respect. Mes fans ont tout de suite compris que mon travail n’était pas évident. Il y a beaucoup de solidarité de leur part, d’identification, et une énorme preuve de confiance. Je reçois 30 à 40 CDs par mois, des lettres, des cadeaux, je rentre de tournée avec des sacs entiers, je garde tout. La seule chose que je n’accepte pas, ce sont les paroles de chanson. Ou alors si, à travers mon site officiel. J’ai 3 grands fans-clubs qui, chaque année pour mon anniversaire, me confectionnent un livre avec des écrits, des photos, j’en ai 12 !  Au départ, mes fans étaient 800, maintenant ils sont plus de 80 000 à travers le monde.

M : quels souvenirs gardes-tu de ton premier voyage à Rio ?

Je venais d’entrer à la fac à l’âge de 16/17 ans. Je n’ai jamais étudié beaucoup, car j’ai une mémoire photographique, ce qui fait qu’à partir de septembre, à l’école, je savais déjà que j’allais passer. Pour me récompenser, mes parents m’ont offert un voyage en cadeau, et m’ont demandé où je voulais aller. A Rio bien sûr ! Je n’étais jamais sorti de Recife, et j’avais des cousins qui y habitaient. Ah! Rio… A Recife, il n’y avait aucune place pour la musique, pour l’art, pour rien. J’avais déjà fait tout ce que j’avais à y faire. Il n’y avait que deux possibilités, ou São Paulo, ou Rio…. Pour moi qui ai grandi dans l’eau, le choix a été évident. Quand je suis arrivé à Rio, je suis vraiment tombé amoureux de cette ville. La géographie, le relief, l’exubérance de la nature avec en contrepartie la ville qui s’étend à flanc de coteau. Tout cela m’a profondément marqué. J’y suis resté 2 mois avec mes cousins, et avec la certitude que j’allais y vivre. J’ai repris mes études 3 ans durant, et alors qu’il ne me restait plus qu’un an pour obtenir mon diplôme, j’ai quitté la fac pour participer à un grand festival qui avait lieu à Rio. Avec l’intention d’y rester 2 ans. J’y suis encore aujourd’hui, 33 ans plus tard.

M : dans le spectacle "Chão", tu as 2 guitares incroyables. Quelles sont- elles ?

Sur scène, je joue avec 2 guitares, une Gretsch de 1961, fabriquée spécialement pour le groupe des Monkees, que j’ai achetée par Internet sur les conseils de mon fils, et que je suis allé chercher moi-même à New York. L’autre, c’est une Taylor T5, un instrument totalement hybride électrique acoustique, car une partie de la captation sonore se fait par un pré-ampli, grâce à 3 micros couplés à 3 poters. Elle est vraiment spéciale ! J’ai aussi une Stratocaster et une Telecaster. En fait, je m’approprie des instruments déterminés en fonction de chacun de mes projets.

M : te rappelles-tu de ta première interview ?

Ah oui ! C’était à la radio à Recife, en direct, dans l’émission de Samir Abou Hana, avec mon groupe Flor de Cactus, on venait de sortir notre unique 45t. Il a présenté les musiciens, puis moi, le nouveau grand compositeur pernambucano, Leline. J’ai dit non, je ne m’appelle pas Leline, mais Lenine, en épelant mon nom. Et lui, qui savait à peine lire ni écrire, a rétorqué : "Ben c’est ce que je viens de dire, L-E-L-E-LÊ-LÊ-Lelinho !". Je n’ai jamais oublié ce moment.

Merci à Jacques Denis




Interview : Stephane de Langenhagen

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