Paris - Reportage

Paris-Champs Elysées : "Mon dépôt de bilan chez Virgin Mégastore !"

Stephane de Langenhagen - 17 janvier 2013
Comment, peu prévoyant et coincé dans un ascenseur en plein mouvement social, j’ai vécu la manifestation de colère des employés du Mégastore des Champs-Elysées, réagissant à l’annonce d’une probable fermeture des magasins du groupe.

Mercredi 9 janvier 2013, Paris, premier jour des soldes, l’occasion d’aller soutenir mes petits camarades du Virgin Mégastore en grève, dont la menace de dépôt de bilan fait la une des journaux depuis quelques jours. La vente des produits culturels est plus que jamais en péril. La foule des gilets rouges venue des 4 coins de France se presse devant l’entrée de ce haut lieu des Champs-Elysées, entourée par les micros et caméras, puis tout d’un coup s’engouffre dans le hall, investissant le célèbre grand escalier.

"En bas, les flashs crépitent, il y a dix fois plus de journalistes que de clients, c’est surement ce qui pousse soudain une confrère du journal Métro à se ruer vers moi pour…m’interviewer !"

Entré juste avant l’invasion, j’assiste ébahi, des cds à la main, à ce sitting historique. Des mégaphones au Mégastore pour dénoncer une gestion calamiteuse, c’est ce qu’on retiendra de cette journée de colère plus que justifiée. En bas, les flashs crépitent, il y a dix fois plus de journalistes que de clients, c’est surement ce qui pousse soudain une confrère du journal Métro à se ruer vers moi pour…m’interviewer ! Son article, dans lequel j’apparais bien, sera en ligne quelques heures plus tard. Intervieweur interviewé, n’ayant même pas pensé deux secondes à emmener avec moi mon matériel, je finis par réaliser combien il va me falloir améliorer mon expérience de journaliste de terrain.

Mais une fois l’accès par l’escalier devenu impossible, seul m’intéresse le fait de savoir comment je vais bien pouvoir faire pour aller saluer mes connaissances du 1er étage. Heureusement, le magasin possède un petit ascenseur, eh ben voilà la solution ! Nous sommes 6 à avoir eu cette idée judicieuse, et nous voilà partis. Zut, pour le sous-sol d’abord, en fait la librairie, où nous chargeons 3 nouvelles têtes intrépides, puis les portes du rez-de-chaussée s’ouvrent à nouveau, laissant s’engouffrer 4 passagers supplémentaires, heureux eux aussi d’avoir découvert ce moyen de contourner le joyeux chaos ambiant. Si vous avez bien compté, nous sommes donc 13 maintenant (eh oui..), compressés dans quelques m3, la limite autorisée, d’après les inscriptions.

"entre malaises, inquiétude, bouffées de chaleurs, exaspération, plaintes infondées et manifestations agressives, le groupe passe un sacré mauvais quart d’heure"

Effectivement, l’ascenseur, qui a très vite intégré le fait que nous sommes au bord de la surcharge, se met en branle, hoquette de quelques cm, une fois, deux fois, trois fois, puis s’immobilise dans un grand silence augurant le pire. Nous allons en fait rester pas loin de 15 minutes confinés et suspendus dans cet espace minimal et étouffant, portes closes, sans que l’extérieur, pourtant prévenu, et par le système vidéo, et par téléphone, ne communique avec nous, à attendre d’éventuels secours, que nous ne verrons finalement jamais : ni PC sécurité contacté pourtant par l’une d’entre nous, employée au Virgin Café,  dont le sang froid et le professionnalisme a été déterminant, ni maintenance, soit disant appelée en urgence, ni pompiers, dont nous avions demandé l’intervention, car à bord, ça commence à être un peu la panique : entre malaises, inquiétude, bouffées de chaleurs, exaspération, plaintes infondées et manifestations agressives, le groupe passe un sacré mauvais quart d’heure. Soudain, alors que personne ne s’y attend plus, c’est la délivrance, l’ascenseur se remet en marche et file direct….au – 1, où nous sortons tous extrêmement soulagés, sans rencontrer personne venu s’enquérir de notre état de santé, comme s’il ne s’était rien passé.

J’ai toujours mes cds en solde à 3 € à la main, je vais passer dans Métro, j’ai survécu à une deuxième attaque d’ascenseur en moins de 6 mois (je vous raconterai une autre fois la première qui mérite elle aussi son pesant de cacahuètes), voilà, c’était mon dépôt de bilan chez Virgin. Du coup, je vais peut-être attendre un peu avant d’aller à la Fnac….

Depuis, double soulagement, la chaine de distribution de produits culturels, dernière détentrice de la marque des magasins de disques créés en Angleterre par Richard Branson en 1971, a évité de justesse la faillite et bénéficie d’un nouveau sursis, dans l’attente d’un éventuel repreneur.


Stephane de Langenhagen

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