- Reportage

Neil Young & The Chrome Hearts : une grande messe païenne pour célébrer la Terre à l’Adidas Arena !

Jean-Christophe Mary - 19 juillet 2025
Entouré de sa nouvelle formation, The Chrome Hearts, Neil Young a livré à Paris le 13 juillet , un concert coup de poing, brut et viscéral. Dans un décor minimaliste, il a enchaîné sets électriques hypnotiques, solos furieux, groove tellurique avec en fond, un message d’amour à la planète.

Pas d’écrans géants, pas de vidéos, pas d’effets pyrotechniques. à l’Adidas Arena de Paris, ce 13 juillet 2025. Neil Young a choisi la sobriété radicale : un simple rideau en fond de scène, frappé en lettres capitales d’un “LOVE EARTH”. Tout est dit. À 78 ans, le Canadien reste ce prophète rugueux qui, guitare en main, prêche pour un monde plus juste, un message entre colère et tendresse.

Dès l’ouverture, Ambulance Blues, le ton est donné. Dans une première partie électrique, le son est rond, lourd, organique. Les morceaux, étirés sur plus de dix minutes, installent un tempo hypnotique. Le trio rythmique — le bassiste Rick Rosas, souple et bondissant comme un chat, le batteur Ralph Molina, métronomique et tellurique sur sa grosse caisse, et le guitariste Frank “Poncho” Sampedro, alternant guitare et synthé — forme un bloc compact, sur lequel Neil Young plaque ses accords et laisse filer des solos sauvages et branques, déchirant l’air comme une scie. Son harmonica résonne par à-coups, un cri rauque et mélodieux, pendant que Neil alterne les voix sur deux micros. L’un d’eux, relié à un haut-parleur qui oscille de gauche à droite, rend le propos du chanteur inquiétant, presque prophétique – un avertissement sonore autant qu’un effet dramatique.

Spooner Oldham s’arqueboute sur son clavier et envoie des accords qui épaississent le groove, comme sur Be the Rain et When You Dance, I Can Really Love, deux brûlots où le son combiné basse batterie vient nous enfoncer le plexus. Cowgirl in the Sand et Cinnamon Girl, tirés de Everybody Knows This Is Nowhere (1969), prennent des allures de rituels électriques. Neil Young, casquette vissée sur la tête, y envoie ses riffs abrasifs comme un vieux sorcier, pendant que le groupe fait tourner les mesures jusqu’à la transe. Sur Fuckin’ Up, le public reprend à l’unisson un refrain rageur, presque punk dans l’énergie.

La seconde partie offre une respiration. Seul, Neil Young revient à la guitare acoustique pour Southern Man, The Needle and the Damage Done et Harvest Moon, où le silence de la salle contraste avec la fureur précédente. Daddy Went Walkin’ apporte une légèreté country, avant que le maestro ne présente ses Chrome Hearts – et n’invite l’audience à un rare moment d’intimité. La dernière salve électrique repart de plus belle : Looking Forward (de l’époque CSNY) et Sun Green, hommage à la militante écologiste, sont autant de manifestes. Sur Like a Hurricane, un clavier descend lentement des cintres, opère un mouvement de balancier, tandis que Neil Young se jette dans un solo interminable, déchirant, qui se termine en duo basse-batterie. L’arène tremble.

Juste avant le rappel, Neil grimpe sur un podium où trône un orgue pour Name of Love (CSNY), murmure Can you do it in the name of love?, puis reprend la guitare pour Old Man, moment suspendu où le temps semble se figer. Pour le rappel, le songwritter empoigne sa Gibson noire. La salle explose : Hey Hey, My My (Into the Black). Rock and roll can never die. Le rideau "Love Earth" s’efface dans les esprits, remplacé par une certitude : Neil Young est toujours là, plus chamanique et incandescent que jamais.

jean-Christophe Mary pour www.micmag.net

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