Lyon - Voix Libre

Champagne à gogos… et art contemporain. J'adore!

Nicole Esterolle - 22 décembre 2012
Ainsi donc, après avoir dessiné des carrés de soie pour Hermès, conçu une ligne de tasses à café pour tel fameux porcelainier, fait des petits carreaux pour le nouveau design des sacs Vuitton, notre anartiste des années 70, rêve-il aujourd’hui d’éternité ?

Je vous ai placé en pièce jointe (voir bas de page) l’image de la dernière de couverture du numéro du Figaro Magazine daté du 30 novembre 2012. Il s’agit d’une publicité pour une célèbre marque de breuvage d’effervescent où l’on distingue, en arrière plan, un bas–relief de 2007 de Daniel Buren, « travail in-situ », intitulé « Ecrire la craie ». L’artiste a fait pour l’occasion creuser ses célèbres bandes verticales dans la paroi même de la cave, pour une œuvre qui doit défier l’éternité, parce qu’elle possède, selon l’artiste, tout comme les gravures rupestres des grottes de Lascaux, valeur de message
à destination des générations futures…

« Ainsi donc, notre vieux band’art, an’art et maoiste, fait-il opportunément dans le produit pour richissimes »

Ainsi donc, après avoir dessiné des carrés de soie pour Hermès, conçu une ligne de tasses à café pour tel fameux porcelainier, fait des petits carreaux pour le nouveau design des sacs Vuitton, notre anartiste des années 70, rêve-il aujourd’hui d’éternité
en plaçant sa force de subversivité dans un art pariétal au service d’une prestigieuse marque de pétillant.

Ainsi donc, notre vieux band’art, an’art et maoiste, fait-il opportunément dans le produit pour richissimes, chinois, russes et autres, à un moment où les valeurs boursières des entreprises du luxe flambent comme jamais, et où les ventes du business art international battent des records… Comme cela se passe toujours quand la récession et la misère s’installent et que l’on assiste à l’appauvrissement de tout le monde y compris de la majorité des artistes.




Ainsi donc, notre « outilleur  visuel » national, non content d’avoir amassé des montagnes d’argent public comme prestataire de « visibilisation » auprès du dispositif culturel d’Etat, ramasse aussi de l’argent de la même façon avec de grandes entreprises capitalistiques.

Ainsi donc, ce  produit de pur in-situ de la gauche – caviar- Mitterrand-Mollard-Lang – culture - paillettes  et  plumes dans la raie verticale, ne répugne-t-il  pas non plus à œuvrer toujours in situ avec la droite Champagne – Rolleix - Fouquet’s – Figaro - Sarko  et Carla chansonnette…

Mais ce qui ne manque  pas d’être extrêmement émouvant, dans cette rencontre fortuite de la bouteille de bulleux avec la raie buréneuse dans un caveau de maturation vineuse, c’est que nous avons là, la preuve tangible de cette vertueuse collusion qui existe de nos jours entre l’appareil institutionnel, dont Buren est le produit  emblématique, et la grande finance  dont la bulle de Champagne est le symbole d’autant plus festif, exultant  et triomphant, qu’il se place  sur fond de désenchantement social généralisé.

Si je possédais son adresse mail directe, j’enverrais bien cette chronique à notre pétillant Jean-Luc Mélenchon, avec le document joint pour le soumettre à sa bouillonnante sagacité politique, lui qui a pris en mains un parti qui a toujours benoitement pensé que la culture de classe devait aussi profiter aux masses laborieuses et qui n’a jamais imaginé que  l’esthétique cynique des dominants puisse être un moyen parmi d’autres de mieux endoctriner, assujétir et exploiter les dominés.

Je l’enverrais aussi aux représentants du parti écologiste vert et décroissant, en essayant de leur expliquer que Buren, c’est un peu comme le Round-up de Monsanto, ça nettoie radicalement le champ de l’art de toutes les floraisons sensibles, imaginatives, poétiques, ancrées dans une personne, un vécu, un lieu, un terroir, une culture… libres en quelque sorte et donc non conformes à la norme fixée par les multinationales du business-art.

NB : L’abus de Buren, comme d’alcool, est dangereux pour la santé.
À consommer avec modération : d’où la brièveté de cette chronique… Mais, pour compenser cela, je vous ajoute une image d’une peinture sympathique intitulée « Monsanto, mon amour », que j’ai découverte sur le magazine Artension et qui a été réalisée par Tof Vanmarque, jeune artiste vivant et travaillant sur une petite île au large d’Ouessant, parmi les troupeaux de moutons.



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