Martinique-Fort de France - 

Carnet de voyage mexicain d'un Martiniquais d'adoption

Nemo (Fort de France) - 27 mars 2012
Ceci n'est que la première partie d'un récit de voyage truculent de notre correspondant martiniquais, parti sur les traces de sa jeunesse vers un pays qu'il connaissait si bien pour l'avoir parcouru de long en large dans une période de militant internationaliste.

Vendredi 17 février - MARIGOT

L’originalité de ce voyage au Mexique tient déjà en son départ. Je ne viens pas d’Europe ni d’Amérique du Nord mais d’une petite île isolée, la Martinique. Isolée car ce périple qui passe par San Juan à Puerto Rico et Panama en est l’illustration. Il représente pour moi la solution la plus économique. Pour quitter la Martinique, il vaut mieux être riche et un aller-retour pour Mexico coûte toujours moins cher depuis Paris, malgré la distance, qu’à partir de Fort de France.

Cette originalité n’est pas sans susciter des difficultés imprévues. Ainsi mon avion n’atterrit pas à Juliana Airport, l’aéroport international d’où je dois repartir, mais à Grand Case, dans la partie française de l’île, près de Marigot. C’est un petit aérodrome surmonté par ce qui ressemble à un hangar aménagé. Une fois dehors, on est attendu par une file de taxi. J’avais prévu cette logique arnaque possible, et, au risque de faire de la peine à tous ces braves chauffeurs en mal de gibier, j’accélère le pas vers l’arrêt de bus que l’on m’a indiqué. Je n’ai pas attendu longtemps car ledit arrêt se trouve devant la maison du docteur Cheng. Celui-ci décide alors de sortir en voiture et a la bonté de s’arrêter en passant pour me proposer un lift. Pas vraiment gratuit. "Vous donnez ce que vous voulez", laisse-t-il tomber d’un air détaché. Le bus coûtant un dollar et demi, je lui propose deux euros qu’il accepte. Et le docteur Cheng, plutôt pessimiste sur le devenir de notre société, qui souhaite bien sûr que Saint-Martin ne vive pas ce qui arrive en Grèce, me dépose au centre de Marigot.

"Juliana Airport, c’est de là que le vrai périple vers le Mexique devrait commencer"

J’ai tout mon temps -du moins c’est ce que je crois alors- et je déambule à la recherche d’un bureau de change dans les quelques rues de ce carré de  maisons qui se veut bourg. J’ai compris que j’allais avoir besoin de monnaie de l’Empire, de petits billets verts.

Marigot paraît calme, plutôt assoupie. Seuls les prix, en dollars, affichés aux devantures des restaurants et des cafés font bondir. J’achète un appareil photo jetable à un prix raisonnable et j’ai même le droit de payer en euros.

Muni de quelques dollars je peux me mettre en quête d’un bus se rendant à Juliana Airport, puisque c’est de là que le vrai périple vers le Mexique devrait commencer. Hormis une certaine atmosphère d’animation et un nombre de boutiques qui jurent avec Marigot l’assoupie, je ne connaîtrai pas grand-chose de Philipsburg, la vraie capitale économique de l’île, que je traverse ainsi en minibus.

JULIANA international AIRPORT

Là, c’est autre chose que Grand Case ! Visiblement, on a mis le paquet et c’est un "vrai" aéroport international aussi grand que celui de Fort de France.

Saint-Martin est une petite île divisée en deux territoires distincts. Deux flibustiers, l’un français, l’autre hollandais, se sont partagés l’île à l’issue d’une course. Doit-on admettre que les Hollandais ont le sens du commerce et des affaires ? Car c’est bien dans cette partie hollandaise que les plus gros investissements ont été faits. Tout le monde parle anglais et le dollar est roi. Mais tout le monde est-il si prospère ?

Arrivé au guichet d’enregistrement des bagages, une mauvaise surprise m’attend. Je n'ai pas de carte ESTA, document permettant de rentrer aux Etats-Unis. Eh oui : je devais passer, à l'aller, par San Juan à Puerto Rico et c'est une colonie… euh pardon, un territoire américain.

Ledit document ne peut être obtenu que par téléchargement et avec une carte bleue. Impossible de faire tout ça dans l'aéroport ! On est alors à deux heures de mon départ. Je sors de l'aéroport en coup de vent et je rentre dans le premier bureau de l'avenue que j'ai empruntée. Et là, je tombe sur Jane, une femme très smart et très sympa qui veut bien effectuer la démarche à partir de son ordinateur. Cela met un certain temps mais je suis sauvé. J’accours triomphant avec mon sésame à la main. Les employés de la Copa Airlines, derrière le guichet, applaudissent. Celui qui m’avait refoulé me sourit en me disant que je dois être content de ne plus avoir affaire à lui. Il a quand même fait durer sadiquement le suspense jusqu’à la dernière seconde…

Ultime stress avant le départ : le paiement d'une taxe de 35 dollars pour quitter Saint-Martin. Il ne faut jamais oublier en effet que Saint-Martin est une création de pirates français et hollandais... Comme je n'avais pas de dollars, je dois encore cavaler de tous côtés. Enfin, déboulant sans ceinture et les chaussures délacées, je peux être dans les temps pour embarquer pour ce foutu San Juan... Mais tout le monde est gentil avec moi, surtout le personnel de Copa Airlines.



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